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Le sort du Lifeline suspendu à la solidarité européenne
Publié dans Libération le 28 - 06 - 2018

Le navire humanitaire Lifeline attendait toujours mercredi matin d'être autorisé à accoster sur l'île de Malte, en l'absence du feu vert de certains pays européens pour accueillir les 233 migrants qu'il transporte à son bord depuis une semaine.
Le temps presse pour le navire de l'ONG allemande, battant pavillon néerlandais, en quête d'un port d'accueil depuis six jours en Méditerranée. Il a renouvelé dans la nuit sa demande d'entrer à Malte et fait savoir que "de nombreuses personnes à bord souffrent de mal de mer" et que trois se trouvent dans son hôpital.
Naviguant jusqu'ici dans les eaux internationales, le Lifeline a été autorisé "à entrer dans les eaux maltaises pour se protéger du vent", a indiqué l'ONG Mission Lifeline dans un tweet posté peu avant 09H00 GMT.
Le Premier ministre maltais Joseph Muscat devait tenir une conférence de presse en fin de matinée.
La décision de faire accoster à Malte le navire humanitaire a été annoncée mardi par l'Italie et la France, les deux pays se disant prêts à accueillir une partie des personnes secourues.
Une solution décidée, selon la presse italienne, lors de la rencontre discrète, lundi soir à Rome, du président français Emmanuel Macron avec le chef du gouvernement italien Giuseppe Conte, le tout en concertation avec diverses chancelleries européennes.
Mais si cinq pays --Italie, Malte, France, Portugal, Espagne-- ont fait part de leur disponibilité pour accueillir des migrants du Lifeline, d'autres manquent à l'appel comme l'Allemagne, selon les médias italiens.
Une attitude que le co-fondateur de Mission Lifeline, Axel Steier, a attribuée mercredi au ministre allemand de l'Intérieur Horst Seehofer.
"Si la situation sur le bateau se dégrade dans les prochaines heures avec des personnes secourues de plus en plus faibles, et des conditions météos qui se dégradent, ce sera à M. Seehofer d'en supporter entièrement les conséquences", a-t-il déclaré dans un communiqué. Alors que le dossier des migrants empoisonne les relations entre Paris et Rome, M. Macron, venu mardi rencontrer le pape au Vatican, a semblé jouer l'apaisement en acceptant que son pays accueille une partie des migrants du Lifeline.
M. Macron a même rejoint mardi certaines critiques de Rome sur le rôle des ONG en Méditerranée. Pour lui, l'ONG allemande Lifeline "est intervenue en contravention de toutes les règles", en refusant d'accepter de remettre aux garde-côtes libyens les migrants secourus. A la fin, "on fait le jeu des passeurs (...). C'est d'un cynisme terrible", a poursuivi le président français.
"Il est important de souligner que le seul ordre auquel le bateau a refusé d'obéir est celui de remettre ces personnes aux prétendus garde-côtes libyens car cela aurait été en contravention avec la Convention de Genève sur les réfugiés et donc criminel," a régi l'ONG dans un communiqué.
Selon elle, obéir à l'ordre reçu de "désembarquer à Tripoli aurait constitué une violation du principe de non-refoulement".
Le ministre italien de l'Intérieur, Matteo Salvini, qui est aussi le chef de file de la Ligue (extrême droite), s'est de son côté réjoui de ce qu'il considère comme une nouvelle victoire.
"Et de deux ! Après l'Aquarius envoyé en Espagne, c'est désormais au tour du navire de l'ONG Lifeline d'aller à Malte avec ce navire hors-la-loi qui en définitive sera séquestré", s'est réjoui sur Twitter celui qui est également vice-Premier ministre de Giuseppe Conte.
Le gouvernement maltais a annoncé que si le Lifeline arrivait sur l'île, il enquêterait et prendrait des mesures contre le navire "qui a ignoré les instructions données conformément aux règles internationales par les autorités italiennes".
L'Italie, qui a vu débarquer quelque 700.000 migrants sur ses côtes depuis 2013, estime ne pas avoir été suffisamment soutenu par ses partenaires européens sur la question migratoire. M. Conte a confirmé mercredi devant les députés qu'il présenterait jeudi au Conseil européen de Bruxelles une série de propositions.
Parmi elles figurent le renforcement des frontières extérieures européennes, l'affirmation du principe selon lequel les navires qui abordent sur les côtes italiennes arrivent dans l'UE, la création de centres de protection dans les pays de transit.
L'obligation de sauvetage qui répond au droit de la mer et au droit international ne peut pas devenir une obligation de gérer les demandes d'asile pour le compte de tous", les Etats membres, a estimé M. Conte devant les députés italiens.


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