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Au bout de la polémique, le changement


Search for Common Ground Le : 2008-02-26
Copenhague – Il y a une dizaine d'années, dans une exposition intitulée "Ecce Homo", une photographe suédoise avait présenté une série de photos provocantes où Jésus était dépeint comme homosexuel. La réponse de certains ecclésiastiques conservateurs fut prompte et énergique. “C'est de la barbarie, ce n'est pas la Bible”, a-t-on pu lire dans un titre de presse, et un chaud débat s'en est suivi.
Selon la photographe, la série lui avait été inspirée par la mort de beaucoup de ses amis victimes du sida, et par des publications religieuses affirmant que cette maladie était une punition infligée par Dieu. Cet ensemble artistique “offensif”, expliqua l'artiste, n'avait pas été créé pour heurter les gens, mais plutôt pour susciter le dialogue et éclairer l'opinion publique sur le sida et l'homosexualité.
Les homosexuels suédois finirent par obtenir le droit de contracter un mariage civil et de demander que leur union fût célébrée à l'église; d'autre part les malades du sida peuvent désormais parler librement de leur maladie.
De même, les caricatures danoises représentant le prophète Mahomet étaient certainement une provocation. Les médias, à leur tour, ont surtout insisté sur les réactions émanant de musulmans ultraconservateurs, parmi lesquels beaucoup de religieux autodidactes. Comme le débat entre les deux parties a cherché surtout le sensationnel, rien de constructif n'en est sorti.
On aurait mieux fait - c'eût été plus productif – d'explorer le contexte où s'est produit cet événement, en particulier à la lumière de l'arrestation récente des individus soupçonnés d'avoir comploté pour tuer le dessinateur danois Kurt Westergaard. Et l'étape suivante aurait pu être de traiter la frustration de musulmans marginalisés, qui se sentent incapables d'exprimer leur colère et leur déception par les voies appropriées, comme les médias et les structures de l'Etat.
Avant les années 80, la société danoise ne faisait pas de discrimination entre les groupes immigrants. Plus récemment, toutefois, la nationalité et la croyance religieuse ont été de plus en plus utilisées pour identifier les nouveaux venus, peut-être parce que ces derniers se sont mis à affirmer plus nettement que par le passé leur identité dans leur nouvelle patrie. Dans les années qui ont précédé la polémique sur les caricatures, on a utilisé le terme collectif de “musulmans” pour désigner les principales communautés immigrées du Pakistan et du Moyen-Orient, sans se soucier de leur pays d'origine – et c'est ainsi qu'ils ont été distingués des autres nouveaux Danois.
Après le 11 septembre 2001, et à la suite des efforts déployés par le président Bush contre Al-Qaeda, le gouvernement danois est devenu un des plus fidèles alliés dans le soutien aux guerres menées en Irak et en Afghanistan. Bientôt, les musulmans se sentirent assiégés dans les grands journaux danois et par le gouvernement en place, qui fit adopter des lois plus sévères sur l'immigration. Ce n'était pas là le résultat direct du durcissement planétaire à l'égard du terrorisme, mais plutôt le point culminant de nombreuses années de débats sur l'immigration – et cela, coïncidant avec le 11 septembre 2001, a marginalisé encore davantage la minorité musulmane du Danemark. La polémique des caricatures aurait pu déclencher un large dialogue national sur ces questions importantes; ce ne fut, au contraire, qu'une occasion manquée.
Les musulmans danois, déjà marginalisés, ont ressenti les caricatures comme une agression brutale, tant intellectuelle qu'émotionnelle, Et les musulmans ultraconservateurs dans le reste du monde ont utilisé l'incident pour faire avancer leurs propres priorités.
Les réactions violentes qui ont suivi dans certains pays musulmans auraient pu s'apaiser si le premier ministre danois avait choisi la voie du dialogue, au lieu de refuser, comme il a fait, de rencontrer une délégation d'ambassadeurs de divers pays du Moyen-Orient. Peut-être bien qu'une discussion engagée à ce moment-là aurait évité l'extension de la polémique, réduit la violence qui s'en est suivie et produit un dialogue interculturel constructif.
Quelques années avant la publication des dessins provocants, une société danoise avait mis sur le marché des sandales où était représentée la Vierge Marie. Cela a donné lieu à d'énergiques protestations, si bien que les sandales furent très vite retirées du marché. Cette fois-là, la société s'était autocensurée pour éviter de blesser les sensibilités et ne pas susciter d'autres protestations.
Il a fallu plusieurs initiatives, prises par des associations tant nationales qu'internationales, pour calmer l'atmosphère d'après les caricatures, et cela a eu des conséquences positives. En fin de compte, la publication des caricatures a suscité au Danemark des débats animés et vivants, ainsi qu'un intérêt croissant de la population danoise pour l'islam. Les yeux du peuple danois se sont ouverts aux questions sur les musulmans et sur la population immigrée. Mieux encore, les musulmans ordinaires, à l'intérieur de la communauté danoise, ont acquis la conviction qu'il leur fallait accéder à la politique, non seulement pour parler au nom des musulmans, mais aussi pour instruire les autres sur les musulmans dans leur nouvelle patrie. Lorsqu'on bloque l'accès aux canaux médiatiques ou politiques au moyen desquels les gens peuvent donner libre cours à leurs frustrations, des individus privés du droit de vote peuvent parfois employer des moyens violents ou destructeurs pour faire connaître leurs opinions. Plutôt que de souligner les incidents spectaculaires, les médias devraient au contraire s'attacher à réduire cette faille, en mettant en place des forums pour une discussion rationnelle des événements ou des productions artistiques sujets à polémique.
Le droit de s'exprimer librement n'entraîne pas automatiquement l'usage de ce droit. Le dialogue seul peut conduire à des débats intéressants et stimulants entre les censeurs et leurs cibles et inspirer une réflexion approfondie et, éventuellement, une meilleure compréhension. Il arrive cependant, à l'occasion, que nous ayons besoin de l'avant-garde, celle qui nous provoque et qui, par l'art, l'écriture ou la musique nous oblige à réfléchir, à penser, déclenchant un débat constructif dans des échanges d'idées vigoureux, à une époque où l'on a désespérément besoin, pour la compréhension interculturelle, de changement et de hauteur d'esprit.


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