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La lente agonie du cèdre de l'Atlas
Publié dans MarocHebdo le 14 - 05 - 2014

Le cèdre de l'Atlas, patrimoine universel, menacé de disparition
La lente agonie du cèdre de l'Atlas
Le Cedrus Atlantica, de son nom scientifique, représente une richesse inestimable pour la région de Khénifra et pour tout le Maroc. Il est sérieusement menacé de disparition par toutes sortes de dangers, mais surtout par les braconniers.
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Plus rien n'arrête les braconniers du cèdre. Les huit gardes forestiers de la commune d'Agdir qu'ils ont attaqués à la fin du mois de mai 2009 gardent toujours sur leurs corps les séquelles de leur dernière agression. Cela fait plusieurs années déjà que ces pilleurs des sous-bois sévissent en toute impunité sur les hauteurs de Khénifra, dans les montagnes du Moyen-Atlas.
Munis de téléphones portables pour communiquer avec leurs parrains et de scies électriques, mais plus souvent de haches, pour éviter d'attirer l'attention des agents des Eaux et Forêts, ils abattent en quatre minutes des cèdres vieux de deux, cinq, voire huit siècles et pouvant atteindre 50 mètres de haut et 700 centimètres de circonférence.
Cela fait plusieurs années déjà que les écologistes, les amoureux de la nature et autres militants associatifs, tentent, avec leurs dérisoires moyens de bord, de lutter contre le carnage organisé du cèdre de l'Atlas, classé patrimoine mondial par l'UNESCO. Et cette poignée d'irréductibles a toutes les raisons du monde de s'inquiéter.
Le Cedrus Atlantica, de son nom scientifique, représente une richesse inestimable pour la région de Khénifra et pour tout le Maroc, première réserve mondiale de cet arbre. Occupant une surface de 65.150 hectares, soit 50% de la cédraie nationale et 12% du domaine forestier de la province, dans une forêt marocaine de 526.000 hectares, le cèdre, aux côtés du chêne vert, du caroubier, du genévrier ou encore du thuya, constitue non seulement un patrimoine naturel, réserve d'oxygène et refuge de 300 espèces d'oiseaux migrateurs ou sédentaires (perdrix, lièvre, palombe, tourterelle, etc) et d'animaux (sanglier, singe, renard,etc), mais aussi l'une sinon la principale source de revenu de la Province de Khénifra ( relevant de la région de Meknès Tafilalet), ses 38 communes, dont 3 urbaines.
Essence
Ainsi, ce sont plus de 50 milliards de centimes de recettes que font entrer les communes rurales de la région grâce à la seule vente des coupes organisées chaque année par les services concernés. Pour les 523.000 habitants de Khénifra, essentiellement pour ses 250.000 ruraux, le cèdre constitue une précieuse réserve de bois de chauffe, mais aussi d'alimentation pour son bétail, sans compter les substances et essences naturelles extraites de cet arbre. Le cèdre du Maroc, plus élancé mais aux branches plus courtes que celles du cèdre du Liban, pousse uniquement dans les chaînes montagneuses du Rif, du Moyen et du Haut Atlas oriental, entre 1.500 et 2.500 mètres d'altitude. Dans la région de Khénifra, cet arbre, qui pousse essentiellement dans les forêts d'Agdir, Senoual, Itzer, Tounfite, Agoudim, Sidi Mguild, Tirghiste et Sidi Yahia ou-Youssef, trouve un milieu fortement favorable à sa croissance.
Du fait de l'humidité du sol (le fleuve Oum Errabii, d'un débit de 114m3/s, prend naissance à 40 km de Khénifra), du climat continental (la pluviométrie atteint jusqu'à 1.200mm/an et les températures varient de -6 à 29°C) et de la faible densité démographique. Essence forestière noble par excellence, ce conifère robuste mais néanmoins facile à travailler, ennemi des vers et des insectes, est utilisé comme bois d'œuvre dans la fabrication des meubles (gravé, peint ou sculpté) mais aussi dans le bâtiment, dans la construction de maisons et l'industrie. La variété la plus prisée, le Cedrus Atlantica Glauca, d'une couleur bleu à turquoise, peut s'écouler chez un pépiniériste à 4.000 dirhams pour un spécimen de 300 centimètres et le mètre carré jusqu'à 1.5000 dirhams. Un trésor qui attise l'appétit insatiable des rapaces de l'or vert. Des notes d'émotion dans la voix, Aziz Akkaoui, président du bureau régional de l'Association marocaine des Droits de l'Homme (AMDH) à Khénifra, ne cache pas sa colère à l'égard de ceux que lui et ses pairs qualifient de mafia du cèdre: «Il s'agit d'une véritable mafia dans le sens où cette industrie coupable implique plusieurs parties, dont des agents sans scrupules de la direction des Eaux et Forêts et de la Gendarmerie qui ferment les yeux sur ce trafic illégal moyennant une partie du butin».
Déforestation
Des gardes forestiers qui craignent légitimement pour leur vie face à des mafias armées, comme en témoignent l'incident d'Agdir, ou, en septembre 2008, l'agression sévère à l'arme blanche du chef du centre d'Aguelmam Azegza, auquel des contrebandiers ont coupé les tendons du bras et du poignet lors d'une opération de ratissage.
Au pillage des bandes organisées et au surpâturage vient s'ajouter l'œuvre inexorable et destructrice des éléments. Les champignons (comme le processionnaire, la tordeuse du cèdre ou les scolytes), l'érosion des sols, la sécheresse et les changements climatiques représentent en effet l'autre menace pesant sur la survie de cet arbre séculaire. Les conséquences de cette déforestation pourraient, à terme, se révéler dramatiques, aussi bien sur le plan humain qu'environnemental: paupérisation et exode rurale des habitants vers les villes avoisinantes, chute des revenus des communes concernées, déforestation, avancée du sable et extinction de centaines d'espèces animales (comme cela a été le cas pour le Lion de l'Atlas en 1922) et végétales. En attendant une collaboration réelle et étroite des parties concernées (population, société civile, Eaux et Forêts, Gendarmerie royale et autorités locales) à même de stopper cette terrible hémorragie, le cèdre de Gouraud, 800 ans, le plus vieil arbre du Moyen Atlas, baptisé ainsi du nom d'un général français "manchot" en poste au Maroc durant le Protectorat, à l'agonie, s'accroche tant bien que mal à sa branche latérale orpheline. Peut-être sera-t-il le dernier témoin de l'âge d'or de l'or vert…