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------------------------------------------------------------------------ Le débat sur l'intégration de la femme divise les Marocains

Le débat sur l'intégration de la femme divise les Marocains
LA DECHIRURE
Abdelkébir M'daghri Alaoui et Said Saâdi
En entreprenant d'une manière solitaire et unilatérale la refonte du statut de la femme marocaine sur les plans culturel, social, économique et religieux, Said Saâdi a marginalisé ou court-circuité toutes les instances de médiations institutionnelles, politiques et religieuses du pays dans ce domaine précis. Des instances qui ont garanti à ce jour la stabilité sociale et l'identité culturelle et religieuse de la nation. Elles ont également permis des évolutions remarquables du statut des personnes.
La tournure que prend le débat sur le plan d'intégration de la femme au développement est inquiétante à plus d'un titre pour la jeune et fragile démocratie marocaine. Le projet de Saïd Saâdi, Secrétaire d'Etat au près du ministre du Développement social chargé de la Protection sociale, de la Famille et de l'Enfance a libéré des énergies négatives et divise violemment la société marocaine. En guise de débat, nous nous trouvons face à l'exclusion, l'anathème, la violence verbale, l'invective, ou l'excommunication. C'est tout. Les termes d'un débat serein, tranquille, apaisé et démocratique ne sont pas réunis.
Une caricature : les progressistes sont contre les rétrogrades. Les modernistes sont contre les obscurantistes. Les démocrates sont contre les fascistes. Les musulmans sont contre les laïcs. Tout le monde est contre tout le monde sans que l'on sache vraiment de quoi il s'agit. Et chacun s'attribue les qualités qu'il veut et se pare des valeurs ou des vertus qu'il souhaite. Une véritable transe dans laquelle la question de la femme n'est qu'un marqueur exploité abusivement par les protagonistes. Le fond du problème étant idéologique, politique voire tout simplement politicien.
Clivage
Saïd Saâdi, le chercheur universitaire et membre éminent du Parti du progrès et du socialisme (PPS) a offert, avec son plan, depuis l'avènement de l'alternance en février 1998, la meilleure occasion de division radicale, de déchirure profonde et de clivage violent à la société marocaine.
En entreprenant d'une manière solitaire et unilatérale la refonte du statut de la femme marocaine sur les plans culturel, social, économique et religieux, le secrétaire d'Etat a marginalisé ou court-circuité toutes les instances de médiations institutionnelles, politiques et religieuses du pays dans ce domaine précis.
Des instances qui ont garanti à ce jour la stabilité sociale et l'identité culturelle et religieuse de la nation. Elles ont également permis des évolutions remarquables du statut des personnes.
Aujourd'hui, le plan d'intégration de la femme de Saïd Saâdi met tout le monde devant le fait accompli. Les gens sont obligés de se compter. Les positions se radicalisent. La violence jaillit. La cause de la femme est dévoyée. Et la régression s'installe. Les premières victimes de la méthodologie frontale retenue par le ministre pour faire passer son plan sont les femmes elles-mêmes.
Au lieu de participer par le débat, l'échange et le respect de l'autre à une réflexion de fond sur la place de la femme dans notre société, les femmes sont devenues des otages des fractions les plus excessives, les plus radicales, les plus outrancières et les plus démesurées de notre vie associative et politique.
Saïd Saâdi assume aujourd'hui la responsabilité politique de ce dérapage. Nous allons expliquer pourquoi.
Confrontation
D'abord personne n'a demandé à ce modeste département ministériel de produire un document aussi total, mettant justement à jour des pulsions totalitaires, sur le statut de la femme. Un document de cette nature ayant la prétention de régler la vie sociale, culturelle, juridique, économique et religieuse de la femme devait pouvoir bénéficier de la concertation la plus large. Y compris sur le plan gouvernemental.
L'onction d'un secrétariat d'Etat est insuffisante à elle seule pour générer un consensus sur cette question problématique et explosive.
Sur un autre volet, Saïd Saâdi a cru bon, certainement de bonne foi, s'érigeant en instance religieuse suprême, proposer des modifications de la Moudouwana qui sont en rapport direct avec la chariaâ islamique sans que ce travail ne soit entouré de toutes les mesures prudentielles d'usage. Dans ce domaine, toutes les modifications qui ont eu lieu, par le passé, ont été préparées par le ministre des Habous, mandaté par le gouvernement, en concertation avec les oulémas du pays et sous le contrôle direct de Amir Al mouminine.
Ce schéma a été contourné par Saïd Saâdi qui a préféré passer en force en s'appuyant sur la frange la plus moderniste de la société civile, la moins attachée à la culture du consensus, et la moins disposée à une refonte graduelle et négociée de ce statut.
Nous savons aujourd'hui que ce schéma produit la confrontation avec les associations islamistes et réveillent leurs tendances les plus radicales et les plus violentes. Entre ces deux extrêmes, Saïd Saâdi a malencontreusement placé la femme, et l'opinion publique, dans le rôle de l'otage. Certainement, encore, de bonne foi.
Sur le plan strictement politique, Saïd Saâdi a commis une double faute. Installer la division au sein même du gouvernement. Et gêner la coalition politique qui constitue le fondement de la majorité parlementaire de Abderrahmane Youssoufi.
Le conflit entre Saïd Saâdi et Abdelkébir M'daghri Alaoui, le ministre des Habous au sein du gouvernement est aujourd'hui à l'état paroxystique. Leur opposition est totale au point que le ministre des Habous comprend devant le Parlement que le plan Saâdi soit attaqué par des prédicateurs dans les mosquées. C'est tout dire. Saïd Saâdi de son côté ne répugne pas à entretenir un rapport de force serré avec Abdelkébir M'daghri Alaoui.
Ce dossier sulfureux échoit bien sûr au Premier ministre qui est invité, à son corps défendant, à un arbitrage sur une affaire dont il n'a fixé ni le timing, ni la méthodologie, ni l'opportunité immédiate. Un problème de plus pour Abderrahmane Youssoufi qui n'en peut mais.
Riposte
Leur soutien " compréhensif " au gouvernement de Abderrahmane Youssoufi s'arrête là où commence le plan de Saïd Saâdi. Abdelkébir M'daghri Alaoui, le ministre des Habous a abondé dans leur sens. La riposte des députés USFP Badia Skali et Fatima Belmouden a été honorable mais symbolique. Pas plus.
Le Mouvement national populaire (MNP) de Mahjoubi Aherdane, membre de la coalition gouvernementale, s'est allié au PJD dans la lutte contre le plan de Saïd Saâdi. Mahjoubi Aherdane et Abdelkrim Khatib, leader du PJD islamiste, ont même écrit une lettre ouverte commune, tonitruante, pour combattre la manière dont le plan veut imposer la vision d'une minorité " agissante " à une majorité " pieuse ". De son côté l'Istiqlal de Abbas El Fassi observe goguenard, du haut de son soutien critique, ce qu'il peut tirer de cette agitation. L'Istiqlal a évité jusqu'à présent de tomber dans le piège de ceux qui veulent l'enfermer dans la mouvance islamiste en lui prêtant d'emblée une attitude hostile au plan de Saïd Saâdi.
Schisme
Il est certain qu'Abbès El Fassi aura à cur de critiquer la méthodologie suivie et se passera soigneusement de se prononcer sur le fond. Ce parti se laisse rarement dicter les causes qu'il défend.
Le plan de Saïd Saâdi, on le voit bien maintenant, est politiquement contre-productif. Il met à mal le Premier ministre et l'action du gouvernement à un moment où celui-ci cherche un second souffle.
Toutes les dispositions de ce plan sont en rapport effectivement avec le programme du gouvernement et sont amenées à être réalisées par différents départements ministériels.
On ne voit pas pourquoi Saïd Saâdi consigne tout cela dans un document unique et exhaustif dans lequel il s'arroge ostensiblement, et à des fins conflictuelles et polémiques, des réformes prises en charge par d'autres ministères. Et dont la réalisation est l'objet du projet global de Abderrahmane Youssoufi.
Ce n'est pas le secrétaire d'Etat auprès du ministre du Développement social chargé de la Protection sociale, de la Famille et de l'Enfance qui va réussir à lui tout seul l'alternance, voire le développement durable du pays. Tout cela est un peu surdimensionné.
La société algérienne s'est déchirée, d'abord, sur le statut de la femme. Les islamistes et les laïcs sur ce dossier ont créé un schisme qui a été à l'origine de toutes les violences, de toutes les douleurs et de toutes les larmes. Le reste a suivi. Le FIS, le GIA, les éradicateurs fous, le sang Au début, eux aussi, appelaient ça un débat. Non, merci.