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Une femme sur trois dans le monde est victime de violence. Au Maroc, ce phénomène prend des proportions alarmantes. Les femmes mariées sont les plus exposées. Le calvaire des femmes battues
Publié dans MarocHebdo le 11 - 11 - 2005

Une femme sur trois dans le monde est victime de violence. Au Maroc, ce phénomène prend des proportions alarmantes. Les femmes mariées sont les plus exposées.
Le calvaire des femmes battues
Il est six heures moins quart. C'est l'heure de l'appel de la prière d'el maghreb. En ce mois de ramadan, les rues du quartier Gauthier à Casablanca sont désertes. Aucune âme ne circule. Tout d'un coup, une jeune femme en pyjama, pieds nus, sort en courant d'un immeuble de la rue Jean Jaurès en poussant des hurlements. Tout le voisinage est alarmé. Des têtes se penchent par les fenêtres. Les gardiens de voitures et les concierges se précipitent vers elle pour avoir de ses nouvelles. À peine ont-ils eu le temps d'arriver à son niveau qu'un homme, surgi du même immeuble qu'elle, la rattrape. Il la tire par les cheveux et la met à terre tout en la rouant de coup. Tout le monde autour d'eux se fige. Personne n'essaye de s'interposer. Ils semblent insensibles à ses cris. En spectateurs, ils la regardent sans rien faire. Avec indifférence, l'un des gardiens lance un regard vers l'une des voisines, affolée, avant de lui annoncer : «Il n'y a rien à faire. C'est entre mari et femme.»
Après avoir senti ses forces faiblir, l'homme, un jeune d'une trentaine d'années, arrête de taper sur son épouse. Il se relève en réajustant son tee-shirt avant de s'adresser d'une manière théâtrale à la foule: «Elle a voulu le scandale. Eh bien, elle l'a eu.» Comme si de rien n'était, il a allumé sa cigarette et a continué son chemin. À ce moment-là, deux jeunes garçons se sont approchés de la femme gisant par terre, inanimée, pour la soulever. Non loin de là, une fille de quatre ans, les yeux hagards, encore sous le choc, pleurait sa mère en silence. Elle a assisté à toute la scène sans broncher. Et ce n'est pas la première scène de ménage violente dont elle est témoin. En effet, ses parents ont l'habitude de s'entredéchirer sous ses yeux. Les voisins l'ont confirmé. Ils craignent même que ça finisse un jour par un crime passionnel. Ce jeune couple, Maria et Mohamed Senhaji, ne sont qu'un exemple parmi tant d'autres illustrant la violence conjugale.
Ce phénomène mondial ne touche pas seulement les pays en voie de développement, mais aussi les pays développés. Selon le Fonds de développement des Nations Unies pour la femme, une femme sur trois dans le monde entier sera, au cours de sa vie, soit battue, soit forcée à avoir des rapports sexuels, soit soumise à des sévices.
Au Royaume-Uni, 30 % des femmes font l'objet de sévices de la part de leurs époux ou partenaires ou de leurs anciens époux ou partenaires. Ce pourcentage est de 52 % en Cisjordanie, 21 % au Nicaragua, 29 % au Canada et 22 % aux Etats-Unis. Au Maroc, les chiffres officiels ne sont pas disponibles, mais les statistiques des associations féminines et les centres d'écoute luttant contre la violence conjugale sont révélateurs. Pour l'Association marocaine de lutte contre la violence à l'égard des femmes, les femmes mariées sont les plus exposées à la violence. Elles représentent 76,99% des femmes battues, contre 11, 23% pour les femmes divorcées. À 85,93% l'agresseur est l'époux, ou l'ex-mari en cas de divorce. La forme de violence la plus répandue est de type psychologique (insultes, menaces, dénigrement systématique) avec 47,80%, suivie par la violence économique (privation d'autonomie financière) 30,78%, physique (sévices corporels) 17,35% et sexuelle (viol et sévices sexuels) 4,07%.
La violence conjugale est pourtant punie par la loi. Ainsi, l'article 404 du code pénal, amendé en 2003, pénalise quiconque a volontairement porté des coups à son père, à sa mère, à son conjoint ou à tout autre ascendant. La peine est proportionnelle à la gravité de la violence. En dépit de ce texte juridique, les femmes agressées ont tendance à ne pas porter plainte contre leurs bourreaux. Devant la lourdeur des démarches administratives, elles peinent à aller jusqu'au bout. Bien souvent, leur initiative s'arrête au poste de police où leur cas est traité avec légèreté, voire avec indifférence. Si la plainte arrive au tribunal, la femme, pour prouver ses dires, doit réunir douze témoins. Chose pratiquement impossible étant donné que la violence s'exerce la plupart du temps dans un cadre privé. Nombreuses sont celles qui n'imaginent même pas d'entreprendre une action en justice. Le poids des mentalités oblige.
Certaines femmes élevées dans une famille marquée par la violence tolèrent, une fois mariées, d'être maltraitées. Pour elles, c'est leur destin. Elles acceptent passivement. D'ailleurs, elles ne cherchent pas d'issue à cette situation, vécue comme une fatalité. D'autres, conscientes de leur malheur, sont contraintes de vivre avec, car elles n'ont pas les moyens de lutter. Analphabètes, dépendant matériellement de leur conjoint, elles se sentent incapables de s'assumer et de gagner leur liberté. Loin de cette grande majorité, il y a la femme active et instruite affichant une relative réussite sociale et professionnelle qui préfère préserver le cocon familial, soit pour éviter le scandale, soit par rejet du divorce, vu par la société comme un échec de sa vie. Sous prétexte de vouloir épargner l'épreuve de la séparation à ses enfants, elle leur impose un environnement traumatisant. Encore plus déstabilisant est le cas de celles pour qui la violence conjugale est une preuve d'amour. Le témoignage de Kenza, 19 ans, femme au foyer, mariée à Omar, 25 ans, chef d'orchestre, est troublant. «Si mon mari me frappe, c'est parce qu'il est jaloux. Donc, il m'aime.»
Bien heureusement, de plus en plus de femmes sont conscientes de l'anormalité de leurs douloureuses expériences et n'hésitent pas à se diriger vers les associations de lutte contre la violence à l'égard des femmes. Celles-ci, très actives, leur apportent un soutien moral et juridique et une aide pratique dans leurs démarches administratives. En outre, les victimes anonymes sont encouragées par des personnalités médiatiques ayant brisé le silence. Le dernier exemple en date est celui de Rania Al Baz. Cette jeune présentatrice de télévision saoudienne raconte dans un livre témoignage, Défigurée, publié chez Michel Laffont, comment elle a été frappée par son mari.
Une grande première en Arabie saoudite quand on sait que la violence conjugale est un sujet tabou parmi tant d'autres dans ce pays. Son action a trouvé un écho favorable. Son ex-époux a été condamné à plusieurs mois de prison et à 300 coups de fouet. D'autres ont servi d'exemple d'une manière plus dramatique, comme l'actrice française Marie Trintignant décédée en août 2003 suite aux coups et blessures portés par son compagnon, le chanteur du groupe rock Noir Désir, Bertrand Cantat. Espérons que le couple, Maria et Mohamed Senhaji, échappe à cette fin tragique.