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Entretien : «J'ai toujours gardé une naïveté d'enfant et une partie de moi refuse toujours de grandir»
Publié dans Finances news le 19 - 05 - 2011

Le producteur et réalisateur marocain, Nabil Ayouch, nous fait part de son parcours professionnel et de sa nouvelle nomination au Conseil économique et social. -Finances News Hebdo : Vous êtes entré dans le monde de la réalisation vers les années 90, plus précisément en 1992 ; pourquoi vous êtes-vous orienté vers la mise en scène?
-Nabil Ayouch : Mon premier court métrage, «Les Pierres bleues du désert» avec Jamal Debbouze, a été effectivement tourné en 1992, mais je suis entré réellement dans le métier en 1986-1987. C'est durant cette période que j'ai commencé à travailler en tant qu'assistant réalisateur, machiniste… pour me mettre après à réaliser des spots publicitaires vers la fin des années 80. En parallèle, j'avais commencé le théâtre, comme acteur, mais je ne me trouvais pas très bon. Au cours des dernières années de théâtre, je me suis plus orienté vers la mise en scène.
Cette conjonction de la pub, que j'ai pu côtoyer grâce à mon père qui dirigeait l'agence Shem's, des plateaux de tournage et du théâtre, a éveillé en moi une envie de fiction. Car très vite, je me suis rendu compte que ce n'était pas le théâtre qui allait m'ouvrir les plus grands horizons.
-F.N.H. : Petit, quel était votre rêve ?
-N.A. : Mon rêve était de devenir architecte, j'ai toujours été fasciné par l'architecture. Surtout les grands travaux. Bâtir.
-F.N.H. : Vous êtes l'un des réalisateurs les plus en vogue avec des films qui ont marqué le cinéma marocain. D'où puisez-vous vos sources d'inspiration ?
-N.A. : Mon inspiration, je la puise dans mon histoire personnelle, dans mes racines, ma double identité qui n'a pas toujours été facile à porter, du fait que j'ai grandi entre deux pays, deux mondes. Je n'ai jamais vraiment senti d'ancrage total, que ce soit au Maroc ou en France. Pendant longtemps, j'ai senti que cette double identité était plus un handicap pour moi, du moins jusqu'au moment où j'ai commencé à raconter des histoires à travers des films. Et c'est à partir de ce moment-là, et grâce à ce sentiment de pouvoir exprimer ce que j'avais au fond de moi, que j'ai pu me libérer.
Mon autre grande source d'inspiration est l'humain, qui parfois m'effraie, mais que j'aime observer, rencontrer.
-F.N.H. : Vous êtes né à Paris, qu'est-ce qui vous a motivé à rentrer au Maroc ?
-N.A. : L'envie de construire. Au bout d'un moment, j'ai eu l'impression d'étouffer en France. Tout simplement parce que c'était devenu un environnement beaucoup plus sclérosant. C'est un pays où tout a déjà été construit, voire trop construit et parfois mal construit. Ce qui, à mon sens, ne laissait plus de place à la créativité, le rêve, l'inventivité.
Au Maroc, c'est l'inverse. J'ai eu l'impression d'un formidable appel d'air. D'un pays qui m'attire, où tout est possible, où les idées nouvelles ont leur place. Le cinéma pour moi est un art collectif qui nécessite une énergie de groupe. Je suis une personne qui aime l'idée de mise en danger en permanence et j'aime le risque qui est une sensation que je n'éprouvais plus en France au bout d'un moment.
-F.N.H. : C'est ce risque qui vous pousse à choisir des sujets qui sont tabous pour la société marocaine ?
-N.A. : Je ne sais pas, mais je crois que j'ai une grande dose d'inconscience en moi, que je revendique. C'est une inconscience qui, bizarrement, me protège parce que si j'avais été conscient à l'époque où j'ai fait «Mektoub», je n'aurais jamais pu réaliser ce film du seul fait qu'il ne fallait parler ni de la corruption dans la police, ni de l'affaire Tabet, ni encore du trafic de drogue dans le Rif, ni donner un rôle à Malika Oufkir. Idem pour Ali Zaoua.
w F.N.H. : Cette inconscience, vous la gardez même aujourd'hui avec votre expérience ?
w N.A. : Oui, parce que j'ai toujours gardé une naïveté d'enfant et parce que je pense qu'une partie de moi refuse toujours de grandir. Il m'arrive de penser que le jour où je deviendrai complètement lucide envers les êtres humains, je n'aurai plus envie de les côtoyer.
-F.N.H. : Est-ce que pour votre dernier film «My Land», vous vous êtes inspiré de votre propre expérience ?
-N.A. : Non, pas du tout. Au début, j'avais le choix de faire un film autobiographique. J'avais d'ailleurs fait un enregistrement de ma grand-mère que j'ai retiré lors du montage final pour ne pas tomber dans l'autobiographie. En fin de compte, j'ai opté pour un autre choix, celui d'introduire mon lien avec le conflit au Proche-Orient en expliquant pourquoi ce conflit est devenu le mien au fil des années, puis en m'effaçant complètement pour donner la parole aux différents protagonistes du film.
-F.N.H. : Racontez-nous comment s'est déroulé le tournage au Proche-Orient ?
-N.A. : Le processus du film a démarré en 2003. Nous avons tourné en Israël et en Palestine et c'était pour moi l'occasion de visiter Israël, un pays que j'ai toujours boycotté pour des raisons politiques et idéologiques. Bien que ma mère soit juive, je n'ai jamais voulu connaître ni l'histoire du peuple israélien, ni sa langue, car je n'arrivais pas à admettre l'injustice faite au peuple palestinien. Ce qui est toujours le cas.
Malgré tout, mon passage en Israël a été un choc pour moi lorsque j'ai commencé à côtoyer des Israéliens qui sont contre la politique de leur Etat, qui veulent la paix et qui veulent surtout la fin de l'occupation de la terre palestinienne. J'ai découvert une mosaïque d'opinons et d'engagements.
C'est pour cette raison que j'ai voulu donner la parole à une grande diversité de la population israélienne, à savoir des gens de l'extrême droite et des gens qui sont pour la paix. Tous les points de vue doivent être entendus, même si on ne les partage pas. On ne peut pas faire la paix avec quelqu'un qu'on diabolise.
Du côté palestinien, j'ai rencontré des gens qui ont une mémoire figée dans le temps, en 48. Depuis cette date tragique, ces gens n'ont plus de perspectives, ni mentales, ni physiques. Ils vivent entre les murs des camps de réfugiés, avec devant leurs yeux, des rêves éteints et du béton. Leur seul souhait, c'est qu'on les reconnaisse, qu'on reconnaisse l'injustice qu'ils ont subie et qu'ils aient droit à la dignité. C'est de cette reconnaissance dont parle « My Land ».
Cette expérience a été pour moi d'une richesse inestimable sur le plan humain.
-F.N.H. : Vous venez d'être nommé par SM le Roi pour faire partie du Conseil économique et social. Comment avez-vous perçu cette nomination ?
-N.A. : J'ai perçu cette nomination avant tout comme un honneur, mais aussi comme une chance. Une chance de pouvoir participer, à mon petit niveau, au développement de ce pays.
-F.N.H. : Quelle est votre valeur ajoutée en tant que producteur et réalisateur au sein du CES ?
-N.A. : La culture a toujours joué un rôle de liens extrêmement forts au sein d'une population, a fortiori de nos jours. Elle lui permet de se reconnaître et de se définir tels que nous sommes tous, Marocains, dans notre diversité et d'accepter nos différences. La culture a donc un rôle identitaire très fort à jouer. J'estime qu'en tant qu'artiste, en tant qu'homme engagé dans la société dans laquelle j'ai choisi de vivre et de construire mon avenir et celui de mes enfants, en tant que militant et également entrepreneur culturel, j'ai des choses à faire valoir au sein de ce Conseil dans lequel une des cinq commissions est dédiée à la culture et aux nouvelles technologies. Reconsidérer la place de la culture au sein de notre société, faciliter son accès aux jeunes, montre que tout le monde a pris conscience de son rôle extrêmement important comme lien entre les différentes composantes de la population et avec la jeunesse en particulier. Il ne faut pas oublier également que la culture est un vrai levier de développement économique et humain.
De plus, le CES est constitué de gens venus de différents horizons, rassemblés dans le but de relever un défi. Celui d'être une véritable force de propositions au sein d'une intelligence collective. C'est à la fois nouveau, ambitieux et très intéressant à vivre.
-F.N.H. : Vos projets ?
-N.A. : Je prépare un film adapté du roman de Mahi Binebine, «Les Etoiles de Sidi Moumen». Ce film raconte la vie des auteurs des attentats du 16 mai 2003. C'est un projet que j'ai entamé il y a deux ans. Je raconte le destin de 5 enfants des bidonvilles qui, à un moment de leur vie, se sont trouvés pris dans le tourbillon de leur destin pour devenir des kamikazes.
Propos recueillis par L. Boumahrou


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