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Quads et buggys : Ces engins qui transforment les vacances d'été en drame !
Publié dans L'opinion le 08 - 08 - 2022

Au Maroc, les dispositions légales qui doivent s'appliquer aux quadricycles à moteur sont mal connues, peu contrôlées et souvent pas respectées. Une situation à rectifier, pour plus de sécurité.
Il est 19 heures à la plage David, pas loin de Bouznika, de jeunes estivants se préparent à faire leur habituelle randonnée en quad. Mais si ces passionnés des quadricycles et des bruits de leurs pots d'échappement trouvent un plaisir dans cette activité, d'autres y voient un danger.
En effet, en l'absence d'un encadrement strict, ces activités peuvent s'avérer dangereuses et parfois mortelles. C'était malheureusement le cas en fin avril dernier, quand deux jeunes à bord d'un quad ont vécu un accident dramatique au niveau de la plage de « Jaouhara » à Skhirat. Après avoir percuté un obstacle dur, l'un des jeunes a trouvé la mort alors que le deuxième a été gravement blessé. Un autre accident, plus récent, s'est déroulé mercredi dernier dans la région de Taznakht, lorsque trois touristes français (un couple et un enfant) ont trouvé la mort (brûlés vifs) dans un accident de buggy.
Des conduites dangereuses
Une riveraine de la plage « Jaouhara » nous confie qu'en plus des risques d'accidents, les activités de quads génèrent souvent des nuisances pour le voisinage. Les accidents qui ont lieu sont tragiques, certes, néanmoins, il faut s'y attendre au vu des comportements parfois irresponsables dont font preuve certains conducteurs, nous indique notre interlocuteur, notant qu'à chaque saison estivale les engins motorisés refont surface. D'aucuns sont des conducteurs de passage qui ont loué un quad alors que d'autres sont des résidents qui possèdent leurs propres engins.
Généralement bruyants, le passage de quads ne manque pas de se faire remarquer. « Quand c'est une ou deux personnes qui se baladent, ce n'est pas un problème. Mais quand c'est un rodéo de quads ou encore un conducteur qui conduit à grande vitesse et tente de franchir des pistes difficiles, cela devient intolérable », poursuit notre interlocutrice.
Entre théorie et pratique
Pourtant, la loi marocaine pose plusieurs garde-fous pour garantir une utilisation sécurisée des quadricycles. L'article 33 de la loi n°81-12 relative au littoral (promulguée en 2015) interdit la circulation et le stationnement des véhicules à moteurs sur les littoraux. Théoriquement, conduire un engin motorisé sur une plage est strictement interdit (sauf pour les agents d'autorité et les véhicules qui ont reçu une autorisation dans ce sens).
Pourtant, l'application de cette loi ne semble pas toujours au rendez-vous au vu des engins qui défilent souvent sur les plages. L'autre point, où la loi semble diverger de la réalité sur le terrain, est l'assujettissement de la conduite d'un quad à un permis spécial. Nous avons contacté une entreprise de location de quads qui nous a affirmé qu'il était possible de conduire un de leurs engins sans permis. Cependant, si certains pays n'imposent pas de contrainte de permis pour conduire certaines catégories de quadricycles à moteurs, la loi au Maroc est, pour sa part, claire : il est obligatoire d'obtenir un permis spécifique pour pouvoir le faire en toute légalité.
Limitation de vitesse
La vitesse des quadricycles à moteur est également réglementée puisque l'article 19 de la loi n° 52-05 portant code de la route, relative aux règles de la circulation routière, précise que « tout conducteur d'un cyclomoteur ou d'un tricycle ou quadricycle à moteur est tenu de ne pas dépasser la vitesse maximale fixée à : 1 - 40 Km/h à l'intérieur des agglomérations ; 2 - 60 Km/h en dehors des agglomérations ».
Pour minimiser les risques liés à la conduite parfois irresponsable des quadricycles et autres engins tout-terrain, la connaissance et l'application de la loi apparaissent comme un préalable qu'il conviendrait de renforcer en plus d'améliorer l'encadrement des intervenants qui offrent des services de location d'engins dans des conditions parfois douteuses. Il suffit de voir les avis publiés sur Internet pour constater que beaucoup d'entre eux proposent des quadricycles mal entretenus ou en mauvais état, ce qui augmente logiquement les risques de défaillances et d'accidents pendant leur utilisation.
Souhail AMRABI
Repères
Une conduite très technique
Conduire un quadricycle à moteur peut sembler plus facile que la conduite d'une moto. Les spécialistes soulignent cependant qu'un minimum d'entraînement est nécessaire afin de bien contrôler l'engin surtout en terrains accidentés. Un mauvais transfert de poids dans les courbes ou les pentes abruptes peut par exemple mener à de gravissimes accidents. La circulation sur des pistes boueuses ou glissantes est également déconseillée aux personnes qui n'ont pas une expérience suffisante dans ce genre de conduite.

Des accidents très fréquents
Les accidents de quadricycles à moteur sont souvent aussi dangereux que les accidents de moto. Même les personnes qui manient bien ces engins ne sont pas épargnées par ce risque. En France, où la conduite de quad fait l'objet d'un processus de qualification, au moins 4 accidents dangereux de quads ont eu lieu ces derniers jours : un homme a été tué samedi soir au niveau de la commune de Langonnet (Bretagne) alors que deux policiers se sont retrouvés blessés après que leur quad se soit retourné dans les Dunes de la Slack.
L'info...Graphie
Réglementation
Âge légal et permis obligatoire pour conduire un quadricycle

Le buggy ressemble plus à une petite voiture légère avec deux places côte à côte, mais n'en est pas moins considéré comme un quadricycle à moteurs.
Les quads et les buggys font donc partie de la même famille de véhicules qui est, selon la loi marocaine, scindée en deux grandes catégories : celle du quadricycle léger à moteur, défini comme un « quadricycle dont le poids à vide n'excède pas 350 kilogrammes pourvu d'un moteur d'une puissance au plus égale à 4 kilowatts ou d'un moteur thermique dont la cylindrée n'excède pas 50 cm3 », et la catégorie « quadricycle lourd à moteur » définie dans la loi n° 52-05 portant code de la route comme un « quadricycle dont le poids à vide n'excède pas 550 kilogrammes pourvu d'un moteur d'une puissance égale à 15 kilowatts au plus ou d'un moteur thermique dont la cylindrée n'excède pas 125 cm3 ».
Légalement, il faut un permis de catégorie AM pour pouvoir conduire un quad léger (à partir de l'âge de 14 ans), et un permis de catégorie B pour conduire un quad lourd (à partir de 18 ans).

Sécurité
Ces quads de location qui échappent à la visite technique

En contactant des entreprises de location de quads, il est facile de toucher le gap qui existe entre la loi et les réalités sur le terrain. Alors que tous les véhicules motorisés qui circulent sur le sol marocain sont tenus d'avoir des cartes d'immatriculation, les quads sans papiers sont légion. « La majorité de nos quads n'ont pas de papiers et sont donc interdits de circuler dans la ville ou sur des routes goudronnées », admet Jamal, chef de Parc d'une entreprise spécialisée dans la location de véhicules touristiques.
Si la loi n'interdit pas aux quads de circuler dans les villes marocaines du moment qu'ils ne dépassent pas 40km/h, « seuls sont tolérés sur la voie publique les véhicules qui disposent d'une carte grise, d'une assurance et de plaques d'immatriculation », précise un policier de la circulation interrogé. Pourquoi donc certains quads sont dûment enregistrés alors que d'autres ne le sont pas ? La réponse se justifierait par l'absence d'homologation de certains quadricycles qui, pourtant, circulent et sont loués au vu et au su de tous.
« Nous sommes autorisés par les autorités locales qui viennent chaque année vérifier notre parc. Cela dit, il n'existe aucune exigence légale en termes de maintenance ou de visite technique pour les quads de location. Nous nous chargeons bien sûr de les maintenir correctement, mais d'autres parties qui louent également ce genre de véhicules rognent sur les frais de maintenance, ce qui peut mettre les clients en danger », confie Jamal.

3 questions à Brahim Bakass
Des pratiques à multiples effets négatifs

Guide des milieux naturels et président du groupe ornithologique du Maroc (GOMAC), Brahim Bakass répond à nos questions sur l'impact environnemental des quadricycles à moteur.
- La circulation des quadricycles à moteurs dans les espaces naturels est-elle encadrée au Maroc ?
- Je veux tout d'abord préciser que les activités qui se font à travers ce type de tourisme motorisé sont tout à fait légitimes. On peut comprendre l'intérêt de découvrir une région à travers un quad ou un buggy.
Cela dit, contrairement à d'autres pays où ce genre d'activités est strictement contrôlé, nous constatons régulièrement que des conducteurs d'engins motorisés tout-terrain investissent des espaces naturels, dans diverses régions du Royaume, où ils ne devraient pas être autorisés à pénétrer au vu de l'impact négatif qu'ils peuvent générer.
- Quels sont justement les impacts négatifs qui peuvent être engendrés par ces « intrusions » ?
- Il en existe plusieurs. D'abord, un impact négatif sur d'autres types de tourisme où il est plus question de chercher la quiétude et de communier avec la Nature. Imaginez quelqu'un qui a fait des centaines de kilomètres pour goûter à la tranquillité de la nature et qui se retrouve obligé de subir le boucan d'engins motorisés... Il y a également l'impact négatif sur l'environnement causé par l'effarouchement de la faune et la destruction de la flore qui peut parfois être très fragile, surtout dans les zones arides et semi-arides.
- Quelles sont, selon vous, les solutions qui s'imposent ?
- Je pense qu'il faut tout simplement appliquer la loi et améliorer l'encadrement de ce genre de pratiques. Certains sites naturels fragiles devraient être fermés à ce genre d'activités. Il est possible de voir ce que d'autres pays ont pu faire dans ce domaine et s'en inspirer. Il est bien sûr important de favoriser le tourisme sous toutes ses formes, mais pas au détriment du voisinage, de la sécurité et de l'environnement.
Recueillis par S. A.


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