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Entretien avec le Dr Mohamed Yacoubi, président de la Fédération Marocaine de Reproduction Humaine : Espoirs et risques de dérives du génie génétique
Publié dans L'opinion le 04 - 12 - 2015

Le Dr Mohamed Yacoubi fait partie des premières générations des gynécologues obstétriciens marocains. Il a créé, il y a plus de 30 ans, l'une des premières sociétés savantes de formation médicale continue dans le domaine de la fertilité et de la contraception. Il est un des pionniers de la promotion dans le secteur médical libéral au Maroc, de la procréation médicalement assistée (PMA), comme technique médicale pour le traitement de certaines formes de stérilité. Il est actuellement le président de la Fédération Marocaine de Reproduction Humaine.
Il est à l'origine de la création de plusieurs sociétés savantes de formation médicale continue, notamment la société marocaine d'étude de la ménopause ou celles œuvrant pour la promotion des techniques endoscopiques dans le traitement d'affections gynécologiques et obstétricales. Et il est un des précurseurs de la loi sur la PMA, qui va bientôt être adoptée en Conseil de gouvernement en cette fin 2015 ou en début 2016.
Dans cet entretien, Dr Mohamed Yacoubi lance un cri d'alarme, par la voix d'un médecin des pays du Sud, pour attirer l'attention sur certaines manipulations génétiques, qui risquent d'hypothéquer l'avenir de l'humanité tout entière.
L'Opinion : On parle beaucoup ces derniers temps d'une nouvelle technique révolutionnaire de génie génétique, qui risque de bouleverser le devenir de l'humanité. De quoi s'agit-il ?
Dr Mohamed Yacoubi : Depuis 2012, le CRISPR-Cas9 (CRISPR associated protein 9*) se répand comme une traînée de poudre dans les laboratoires de biologie, les revues scientifiques, les offices de brevets. Ce n'est pas une molécule, c'est une nouvelle technique révolutionnaire de génie génétique. Elle permet d'apporter des modifications précises et ciblées à un génome, et ce, bien plus rapidement et simplement que les méthodes utilisées jusqu'à présent.
Les espoirs, immenses, concernent d'abord la santé et la recherche biomédicale. Très rapidement, CRISPR-Cas9 a permis des avancées spectaculaires – pour l'heure sur des animaux. Récemment, des chercheurs sont parvenus, grâce à cette technique, à guérir des souris adultes touchées par une maladie génétique du foie, en corrigeant le gène défaillant. Fantastique !
L'Opinion: Depuis des mois, les perspectives environnementales ouvertes par cette méthode sont au cœur des préoccupations de la science et des scientifiques. Pouvez-vous développer davantage ?
Dr Mohamed Yacoubi : Au printemps 2015, des chercheurs américains sont parvenus à utiliser CRISPR-Cas9 pour introduire chez des drosophiles (insectes) des modifications susceptibles de se répandre très vite dans une population. Relâchés dans la nature, ces quelques individus ainsi modifiés verraient toute leur descendance être en effet porteuse de ces altérations : les lois de la statistique et de la combinatoire étant ce qu'elles sont, ces traits artificiellement apportés à quelques individus pourraient se généraliser, en quelques années, à l'ensemble de leur espèce.
Là encore, les potentialités sont vertigineuses. L'exemple souvent cité est celui des moustiques vecteurs de maladies comme le paludisme. En mettant en circulation des individus modifiés pour pouvoir se débarrasser du protozoaire responsable de la maladie, et en attendant quelques années que ce trait se généralise, il deviendrait envisageable d'éradiquer totalement un mal qui tue plus de 600.000 personnes chaque année. Une kyrielle d'autres pathologies très désagréables, vectorisées par des insectes, pourraient être aussi vaincues de la sorte : maladie du sommeil, fièvre jaune, maladie de Lyme, dengue...
L'Opinion : Mais une fois cette boîte de Pandore ouverte, où s'arrêterait la course à l'« édition » de la nature ?
Dr Mohamed Yacoubi : Effectivement, il ne s'agirait plus – comme c'est le cas depuis le néolithique – de modifier les espèces animales ou végétales qui nous sont inféodées et qui nous nourrissent, mais d'influer de manière irréversible sur le reste du vivant.
D'autres perspectives surgissent en effet. Pourquoi, suggèrent déjà certains, ne pas utiliser ces nouvelles techniques pour éradiquer localement les espèces invasives, en y introduisant des gènes délétères ? Débarrasser l'Europe du frelon asiatique, par exemple, ou soulager les lacs américains de la carpe chinoise et de la moule zébrée... Les exemples ne manquent pas.
L'Opinion : Mais, n'y a-t-il pas un risque de dérives ?
Dr Mohamed Yacoubi : « La question n'est plus de savoir si nous pouvons contrôler des espèces invasives en utilisant le génie génétique, mais que nous devons, ou non, le faire », écrivent Bruce Webber et Owain Edwards (Commonwealth Scientific and Industrial Research Organisation, Australie) dans une tribune publiée le 25 août dans la revue Proceedings of the National Academy of Science. « Pour la première fois, nous avons un instrument suffisamment puissant pour éliminer de manière permanente une espèce-cible de la surface de la Terre », préviennent les deux spécialistes de biosécurité, pour qui les risques en jeu – énormes – exigent la mise en place rapide d'un cadre réglementaire ad hoc.
Il s'avère que la tentation d'éditer la nature pourrait aussi faire son chemin au sein de communautés scientifiques où on ne l'attend pas. Les écologues et les conservationnistes, par exemple, redoutent une érosion de 30 % environ de la biodiversité d'ici à la fin du siècle, en raison du réchauffement. A bref ou moyen terme, la tentation pourrait être forte d'utiliser CRISPR-Cas9 pour « aider » certaines espèces à s'adapter. Modifier le plancton pour qu'il tolère des eaux rendues plus chaudes et plus acides par nos émissions de dioxyde de carbone, donner à certains végétaux les armes pour faire face à l'avancée de nouveaux pathogènes, introduire artificiellement de la diversité génétique au sein d'espèces trop dépeuplées pour devenir à nouveau prospère.
Le transhumanisme aura un jour son pendant environnemental. Au lieu d'éviter le saccage du monde naturel, il professera au contraire de poursuivre jusqu'au bout le travail d'anthropisation engagé, pour sauver ce qui peut l'être grâce au génie génétique, mais aussi à d'autres techniques, comme la géo-ingénierie.
(*Enzyme spécialisée pour couper l'ADN avec deux zones de coupe actives, une pour chaque brin de la double hélice)


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