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Visite de Hillary Clinton au Maroc Retour
Publié dans MarocHebdo le 02 - 04 - 1999


Visite de Hillary Clinton au Maroc
NOTRE TANTE D'AMERIQUE
SM le Roi Hassan II recevant Hillary et sa fille Chelsea
Avec une diplomatie et un sens de l'écoute remarquables, Mme Hillary Clinton est venue, du 27 mars au 1er avril 1999 au Maroc avec l'idée de découvrir la culture marocaine et d'en toucher les richesses et les spécificités. Pari réussi. L'essentiel de son séjour, la Première dame des Etats-Unis l'a passé en compagnie de sa fille Chelsea dans les régions les plus reculées, mais aussi les plus exotiques du Maroc Cet exotisme n'a pourtant pas éclipsé le côté humain de cette visite. Mme Clinton et sa fille étaient émerveillées par la beauté du sud du pays et l'hospitalité des habitants
Dans son tailleur noir, sourire ensoleillé aux lèvres, démarche décontractée, Hillary Clinton a touché de près l'âme marocaine. Une âme rayonnante de générosité, de tolérance et d'hospitalité. La première dame d'Amérique n'oubliera pas de sitôt son séjour de six jours au Maroc. Emotions fortes, images expressives et moments agréables. Il faut dire aussi que Mme Clinton est une femme chaleureuse et fonceuse, qui a le contact facile.
Avec sa fille Chelsea qui ne l'a pas quittée tout au long du voyage où le souci sécuritaire était constamment présent, la femme du président Clinton a pu se ressourcer, prendre une bonne cure de dépaysement et d'exotisme.
L'agenda de Hillary Clinton arborait l'embonpoint d'un véritable agenda présidentiel. D'ailleurs, elle a été accueillie à chaque étape du voyage avec tous les honneurs dus à un grand chef d'Etat. Elle a été reçue par SM le Roi et a assisté à une réception offerte en son honneur par SAR le Prince Héritier Sidi Mohammed. L'un des moments forts de la visite aura été sans conteste le discours, impressionnant et vigoureux, de SAR la Princesse Lalla Meryem devant l'illustre Hôte du Maroc, mardi 30 mars, au Palais Badiaâ, à Marrakech. Un endroit chargé d'histoire, encore imposant et majestueux, défiant les péripéties du temps et les aléas de la vie.
"Vous comprendrez alors, Madame la présidente pourquoi mon souci et mon vu en cet instant précis, ne consistent pas simplement à m'acquitter devant vous d'un simple exercice de convenance morale ou de représentation protocolaire.
Bien au contraire, je voudrais que l'opportunité historique qui m'est offerte aujourd'hui à travers votre écoute et celle des millions d'Américains qui suivent votre voyage dans notre région, contribue à mieux nous connaître pour mieux nous respecter, contribue aussi à vaincre quelques idées reçues et les fausses peurs qui demeurent, s'agissant de cette partie du monde et de son déterminisme culturel et spirituel".
Tolérance
En s'adressant ainsi à Hillary d'une manière originale, SAR la Princesse Lalla Meryem a d'emblée placé son intervention sur un plan humain, mettant en relief les traits saillants de la culture marocaine. Une exception qui est conjuguée au quotidien par des siècles de cohabitation entre communautés diverses. La tolérance est une valeur particulièrement cotée à la bourse de l'avenir.
Au Maroc, il s'agit d'une seconde nature car il y a bien longtemps, en effet, que la tolérance chez nous n'est ni un phénomène de mode, ni un exercice académique encore moins une attitude de convenance. Et la princesse de définir cette tolérance au quotidien: "Ma tolérance à moi vécue au quotidien et que le doute n'a jamais traversé, c'est d'abord ma capacité que je veux irréfragable et intangible à accepter, à comprendre et écouter l'autre. Celui qui tout en n'étant ni ma famille, ni mon ami, ni mon compatriote, ni mon frère, ni ma sur en religion fait pourtant naturellement partie de mon univers social et convivial".
Les spécificités et les murs marocaines sont toutes empreintes de cette tolérance. Ayant à cur de témoigner de la solidarité de la communauté musulmane non seulement envers ses propres membres mais également vis-à-vis des autres confessions, la Princesse a tenu à rappeler ces vérités à un moment où tous les extrémismes se rejoignent, où le refus de l'autre est au centre de la plupart des conflits qui embrasent la planète.
En matière de coexistence pacifique entre confessions diverses, le Maroc n'a de leçon à recevoir de personne. Au contraire, cette spécificité est un legs irremplaçable autant aux générations futures qu'à tous ceux qui par le monde doutent encore de la capacité des peuples à dépasser la différence pour vivre en harmonie. La Princesse a donc choisi simplement de témoigner, un simple témoignage d'une jeune femme, dont l'éducation est marquée par l'attachement profond à ses valeurs. Le discours idéologique et politique est savamment évacué au profit de valeurs humanistes qui ne souffrent aucune compromission.
Devant une telle allocution, placée merveilleusement en dehors des convenances protocolaires d'usage, Hillary Clinton a été quelque peu surprise. Mettant de côté son discours préparé d'avance, la femme du Président a improvisé son speech parlant de la situation dans le monde comme si elle était la présidente des Etats-Unis. Le message a été bien reçu par la Première dame des Etats-Unis qui a insisté sur le caractère profondément humaniste de l'Islam, une religion qui a souvent servi de bouc-émissaire pour expier tous les déchirements et les turpitudes qui secouent la planète.
Assistance
Pour l'épouse du président américain, la visite au Maroc était assurément une visite humaine, une tentative d'aller à la rencontre de l'autre en visitant les profondeurs du vécu.
Son périple atteste de cette dimension humaine car le contact avec la femme de ménage, le fellah ou la petite fille rurale aurait été beaucoup plus riche que les classiques rencontres officielles. La patronne du puissant Children's defense Fund, véritable lobby de protection de l'enfance, qui n'hésite pas à descendre dans les bas-fonds des ghettos américains pour rencontrer des petits enfants noirs cultive une sorte d'assistance sociale qui tout en pouvant paraître naïve est néanmoins efficace, utile et ciblée.
La presse américaine qui a parfaitement saisi le sens de cette visite a d'ailleurs focalisé ses commentaires sur des gestes aussi simples qu'une visite du Mausolée Moulay Ali Chérif ou la promenade à dos de chameau dans les magnifiques dunes de Merzouga.
Le Washington Post, légende des photos en ajoutant quelques précisions: "Après avoir été les hôtes du gouvernement marocain, invitées à une longue soirée de réjouissances organisée sous une tente, mère et fille se sont réveillées très tôt pour une courte randonnée à dos de dromadaires à travers les dunes afin d'admirer le lever du soleil".
Ambition
Mme Clinton et sa fille Chelsea ont consacré l'essentiel de leur séjour à une exploration en règle du sud est du pays: Ouarzazate,-Missour, Errachidia, Merzouga. La Première dame des Etats-Unis ne cachera pas sa fascination pour la beauté sauvage du Sahara. Une nuit en plein désert sous une tente caïdale, l'atmosphère de sérénité et de spiritualité sous la coupole d'un marabout, le coucher de soleil sur les dunes de Merzouga, au-delà du cliché, Mme Clinton aura eu tout le loisir de méditer sur le Maroc profond.
Avant de retrouver la suite confortable de la Mamounia, l'épouse du président américain a visité la Kasbah des Aït Haddou, site historique récemment restauré et classé patrimoine universel par l'UNESCO.
Si la curiosité et le tourisme constituent une motivation importante, Mme Clinton avait également à cur de s'enquérir d'un humanitaire américain particulièrement présent dans ces régions enclavées du pays.
Au village de Tasselment, c'est la mise en uvre d'un programme de l'USAID au bénéfice de la lutte contre l'analphabétisme et la formation des enseignants. Sur la question de l'enseignement, la première dame a sa petite idée. Intervenant dans le cadre d'une conférence sur l'éducation et le secteur privé, elle a affirmé que sa visite dans plusieurs villages marocains lui a permis de constater la grande ambition qui anime la fille marocaine scolarisée, appelant à une réflexion approfondie sur le système de l'enseignement, notamment dans un contexte marqué par une mondialisation qui avance à pas de géant.
Elle a, par la même occasion, appelé à une approche différente dans le traitement de la question de l'éducation et de l'enseignement, mettant en relief à ce propos le rôle que peut jouer le secteur privé en matière de soutien aux activités pédagogiques comme c'est le cas aux Etats-Unis. Le bureau de l'USAID au Maroc a d'ailleurs annoncé dans la foulée, l'octroi d'une assistance technique au profit de la commission spéciale chargée de la réforme de l'enseignement au Maroc, créée au début du mois de mars par SM. le Roi Hassan II, indique un communiqué de l'ambassade des Etats-Unis au Maroc.
Face au trachome qui fait des ravages dans ces régions chaudes du pays, les laboratoires américains Pfizer ont accordé, de leur côté, un don au ministère de la Santé qui a mis en place un programme de lutte contre cette maladie, en collaboration avec le ministère de l'Education Nationale, de l'ONEP et de nombreuses ONG. Quant au problème de la santé, Hillary en connaît un bon bout. Et pour cause C'est elle qui avait en charge le projet de réforme de l'assurance santé américaine en 1993. Côté habitat, Mme Clinton a inauguré à Marrakech un complexe de logements construits grâce à l'apport financier de l'USAID et dont les principaux bénéficiaires sont issus des couches sociales les plus démunies.
Au-delà du projet lui-même, le succès de l'opération est aux yeux de Mme Clinton, un gage important pour la possibilité d'impliquer le secteur privé américain sous la garantie du gouvernement américain.
Le message est clair, et le ministre chargé de l'Aménagement du territoire a saisi la perche au vol.
Succès
Handicapée par le boulet de l'habitat insalubre, la politique gouvernementale en la matière n'aura pas fait beaucoup d'heureux élus malgré les éternels programmes de logement initiés par les ministères et les départements concernés
Mohamed Elyazghi a saisi cette occasion pour rappeler que la lutte contre l'habitat insalubre est une priorité pour le gouvernement de l'alternance
Le projet Al Koudia qui comprend 368 logements destinés à 407 familles nécessitera une enveloppe de 7,48 millions de Dh. Pour le ministre, le programme ambitieux que le gouvernement compte lancer dans ce sens ne peut être efficient que s'il est appuyé par des programmes de coopération tels que le projet Al Koudia en collaboration avec l'USAID. En clair, l'immobilier a besoin d'argent frais et la perspective d'un financement par le biais du secteur privé américain est assez alléchante.
Plaidoiries
En marge du circuit officiel, Mme Clinton s'est constamment attachée à recueillir un autre son de cloche soit en allant à la rencontre des petites écolières dans une école perdue dans la campagne ou en se frottant à la société civile au féminin. Des représentantes d'associations féminines trop contentes d'avoir une écoute attentive à leurs doléances. Comme on devait s'y attendre, les discussions ont porté sur des sujets aussi divers que l'accès aux soins, l'éducation, la législation ou encore l'action politique. Un statut de la femme qui a besoin d'être amendé à la lumière des changements économiques et sociaux tant au niveau national, régional ou international. Avocate de renom, la femme du président fait partie du who's who des juristes américains.
En allant à la rencontre de l'humanitaire, transformant une visite de courtoisie en véritable offensive sociale, Mme Clinton aura sans aucun doute beaucoup contribué à corriger dans l'esprit de plus d'un Marocain l'image quelque peu ambivalente de l'Amérique.
La Première dame des Etats-Unis aura sûrement de quoi remplir un beau carnet de route. Photos, cadeaux, rencontres, et souvenirs. Occasion de joindre l'utile à l'agréable, un voyage peut être plus fort que tous les clichés et les idées reçues.
"Celui qui voyage beaucoup en sait beaucoup plus que celui qui vit longtemps", a dit le grand voyageur marocain Ibn Battouta.