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Fikra #19 : Enjeux politiques et identitaires des débats sur les Juifs au Maroc
Publié dans Yabiladi le 07 - 09 - 2019

La récente polémique sur la construction d'un mémorial de l'Holocauste près de Marrakech a donné lieu à une forme de «débat réflexe» qu'avait étudié Sophie Wagenhofer, en 2012, lors des discussions autour du titre de «Juste parmi les Nations» de Mohammed V.
Suite à la destruction du mémorial de l'Holocauste construit par l'ONG PixelHelper, près de Marrakech, l'activiste Oliver Bienkowski, son fondateur, n'a pas hésité à accuser l'Etat marocain d'antisémitisme tandis que son projet suscitait la polémique. «Ce sont les Allemands qui sont à l'origine des pires souffrances du peuple juif et nous les Marocains avec notre grand Roi Mohammed 5 qui les avons protégés de leurs griffes», écrit notamment «Rolama» en commentaire d'un article du site d'information Le360 sur le sujet. Le rôle de Mohammed V durant la Seconde Guerre mondiale est ainsi une référence récurrente dans les discussions des internautes.
Celles-ci avaient été étudiées, en 2012, par Sophie Wagenhofer, dans son article «Récits contestés : débats contemporains sur Mohammed V et les Juifs marocains sous le régime de Vichy». Le débat ne portait pas alors sur un mémorial de l'Holocauste au Maroc, mais directement sur l'opportunité d'accorder à Mohammed V le titre de «Juste parmi les Nations» donné à tous ceux qui ont sauvé des juifs au péril de leur vie pendant la Seconde Guerre mondiale. L'auteure ne cherche pas à déterminer si l'attitude de Mohammed V répond ou non à cette définition, mais à comprendre ce que les nombreux débats sur le sujet révèlent des véritables enjeux de cette question.
Une «insulte à notre la mémoire collective»
«L'image de Mohammed V en tant que dirigeant protecteur pendant la Seconde Guerre mondiale semble être incontestable au Maroc. Même si le sultan lui-même a apposé son sceau en bas des deux dahirs anti-juifs, on se souvient de lui et on l'idolâtre en tant que personne opposée aux lois antisémites du régime de Vichy», souligne Sophie Wagenhofer.
Non seulement cette réputation est construite par le pouvoir central, à travers différents discours de Mohammed VI lui-même et repris par la communauté juive marocaine, mais elle est également reprise et défendue par une partie de l'opinion marocaine comme le montrent les discussions des internautes sur Dafina.net, site dédié à l'histoire et à la culture judéo-marocaine, ainsi que les commentaires liés aux articles traitant de la question du statut à accorder à Mohammed V. A un article de TelQuel posant la question du véritable rôle de Mohammed V, un «professeur» s'indigne :
«''Professeur'' comprend l'article non seulement comme une interprétation erronée des faits historiques, mais considère l'approche adoptée par TelQuel comme une offense directe aux "valeurs réelles" des Marocains. Il décrit l'article de TelQuel comme une ''insulte à notre mémoire collective'' et une ''diffamation et une insulte à tous les Marocains, juifs et musulmans !''», ajoute Sophie Wagenhofer.
La question de la perception des «Arabes»
Pour les internautes qui défendent le rôle de défenseur des juifs de Mohammed V, il s'agit de défendre à travers lui les valeurs de tolérance qu'ils prêtent à l'identité marocaine. Dans les médias juifs étrangers traitant de la question du statut de «Juste parmi les Nations» à accorder ou non à Mohammed V, le débat s'élargit.
«Le débat autour de Mohammed V évoque inévitablement la situation politique d'aujourd'hui. La question de savoir comment les autres – d'abord et avant tout "l'Occident" – perçoivent "les Arabes" est centrale. En plus de souligner la tradition historique de bonnes relations entre Arabes et Juifs, certains participants – manifestement principalement d'origine arabo-musulmane – soulignent la responsabilité européenne de la Shoah, en particulier la persécution et l'extermination de Juifs. En se référant au passé, la situation actuelle est expliquée et justifiée, en particulier en ce qui concerne les positions à l'égard du conflit au Moyen-Orient et à l'intérieur de celui-ci», écrit encore Sophie Wagenhofer.
La conviction que Mohammed V fut le protecteur des Juifs au Maroc permet ainsi aux internautes arabes de rappeler qu'ils ne sont pas responsables du génocide qui a entraîné la fondation de l'Etat d'Israël. Elle leur permet également de défendre leur propre réputation en renvoyant en miroir à l'Occident l'image d'antisémite qu'il assigne lui-même aux Etats arabes. Les enjeux identitaires et politiques s'invitent ainsi invariablement dans toutes les polémiques impliquant les Juifs au Maroc occultant d'autres aspects des faits et des évènements.
La revue
Le Journal de la Fondation CDEC a publié en 2012 l'étude «Mémoire et Oubli parmi les Juifs des Pays arabo-musulmans» d'Emanuela Trevisan Semi et Piera Rossetto dans lequel s'incérait l'article de Sophie Wagenhofer. Le Centre de documentation juive contemporaine (CDEC) a été créé en 1955, à l'occasion du dixième anniversaire de la Libération et de la fin de la République sociale italienne et de l'occupation nazie, par la Jeune fédération juive d'Italie pour la recherche et l'archivage des documents concernant les persécutions antisémites en Italie et la contribution des Juifs à la Résistance. Constitué en fondation depuis, il possède une bibliothèque, un observatoire des actes antisémites en Italie et publie la revue «Quest. Issues in Contemporary Jewish History».
L'auteur
Formée à l'histoire ainsi qu'aux études juives et islamiques à Vienne et à Berlin, Sophie Wagenhofer a complété son doctorat au Musée juif de Casablanca en 2012. Avant de rejoindre l'éditeur universitaire De Gruyter en 2013, elle était chercheure à l'Université Humboldt et au Zentrum Moderner Orient, en Allemagne. En plus de ses activités académiques, elle a travaillé pendant plus de dix ans comme guide au Musée juif de Berlin. En tant que responsable des acquisitions pour l'éditeur académique De Gruyter, elle est actuellement responsable du développement du programme en études religieuses, en études juives et islamiques.


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