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Eléments de la portée sociologique de la Marche Verte
Publié dans Albayane le 11 - 11 - 2011

A l'heure où l'interrogation sociologique retrouve sa vigueur et où le concept de cohésion sociale1 n'est plus vain, la Marche Verte continue à nous livrer l'enseignement le plus parlant de l'histoire récente du Maroc. Toutefois, les 350 000 marcheurs un certain 6 novembre 1975 n'y étaient pour rien. Ils n'incarnent pas une symbolique propre, si ce n'était celle commune à tous les citoyens du Royaume désireux de s'émanciper à l'intérieur d'un espace politique parachevé et prospère, respectueux des droits et libertés, conforté dans ses choix stratégiques et par la posture que ceux-ci procurent. Une émancipation que l'on ne peut concevoir tronquée, et qui, sans les provinces du Sud, ne saurait s'accomplir point.
La Marche Verte participe d'un processus d'intégration sociale qui rend compte de la stabilité et de la force des liens sociaux à l'intérieur de la société marocaine. Elle vient démontrer ce que les ennemis de l'intégrité territoriale du Royaume se refusent opiniâtrement à reconnaître. Le front interne marocain est de tout temps soudé. Il l'est contre les manœuvres dilatoires que mijote assidûment un voisin obsédé par des visées hégémoniques, comme il l'a été face à l'expansion ottomane ou encore, plus tard, devant un colonialisme tripartite.
Conforté par l'Avis consultatif de la Cour Internationale de Justice (CIJ) qui, en termes certes équivoques, reconnaît l'existence, au moment de la colonisation espagnole, d'un système juridique musulman à l'intérieur duquel certaines tribus du Sahara occidental prêtaient allégeance au Sultan marocain, le Roi Hassan II, profitant des problèmes intérieurs de succession que traverse l'Etat espagnol alors que le général Franco agonisait, allait, sans se fier à une hypothétique résolution de l'Organisation des Nations Unies, ni, encore moins, compter pour apaisée la tension avec l'Algérie - qui s'acharne pathologiquement en défaveur du Maroc - accélérer le processus de parachèvement par le Royaume de son intégrité territoriale et révéla, dans un discours prononcé en cette soirée du 16 octobre 1975, soit quelques heures seulement après la remise par la CIJ de son Avis consultatif, son projet baptisé l' « Opération Fath » : une marche pacifique de 350 000 volontaires – nombre égal à celui des Marocains nés chaque année – sur un territoire saharien jusque-là sous le joug colonial.
La décision fut joyeusement accueillie par l'ensemble de la population marocaine qui y voyait, aux dires du Roi Hassan II lui-même, « (…) une procession enthousiaste et grave (…), patriotique et spirituelle (…), une sorte de pèlerinage possessif vers cette antique terre marocaine »2. L'historien marocain Abdallah Laroui la qualifie, quant à lui, d' « acte mystique »3, puisé dans les chroniques des batailles du Prophète, dont il emprunte la couleur verte, couleur de l'étendard du Prophète. Substitut du jihad des premiers temps de l'Islam4, où le Roi agit en Imam, la Marche Verte était une reconquête rappelant l'entrée du Prophète dans la Mecque, d'où son label, Opération Fath, tiré de la sourate coranique El Fath.
Sitôt annoncée, la décision d'organiser une Marche Verte suscita un soutien étendu, affluant de tous les coins du pays. Le 3 novembre 1975, Khatri Ould Sidi Saïd Joumani, président de la Djemaâ sahraouie vint faire acte d'allégeance au Roi du Maroc et l'on apprendra dans la foulée que la khotba du vendredi était déjà récitée au nom du Roi dans les villes sahariennes. L'ordre d'entrer dans le territoire saharien fut donné par le Roi Hassan II, depuis la ville d'Agadir, aux marcheurs venus de toutes les provinces du pays et réunis à Tarfaya. Ces derniers étaient, dans leur écrasante majorité, et de pair avec la physionomie sociale du pays, originaires du monde rural et comptaient parmi leurs rangs 10% de femmes. Le 9 novembre 1975, après une visite à Agadir du ministre espagnol de la présidence chargé des affaires du Sahara, Carro Martinez, le Roi Hassan II déclara la Marche Verte terminée et donna l'ordre de repli aux marcheurs qui se trouvaient à l'intérieur du territoire ainsi récupéré. Du reste, le Maroc reprit les négociations avec l'Espagne et conclut, à Madrid, le 14 novembre 1975, un accord prévoyant notamment le départ des troupes espagnoles et l'établissement d'une administration intérimaire du territoire.
Au-delà de ses prébendes explicites, inhérentes à sa vocation première de récupérer un territoire spolié, la Marche Verte incarne un versant sociologique fort signifiant. En fait, elle a sécrété un sentiment d'euphorie parmi la population marocaine qui n'était pas sans revivre la communion propre aux premières journées de l'indépendance du pays5. L'union nationale, appelée de ses vœux par le Roi Hassan II, au lendemain de la tentative de coup d'Etat militaire de 1972, révèle désormais toute son actualité. Même les forces politiques opposées au régime y allaient de leur prose patriotique pour soutenir la démarche entreprise par le Roi Hassan II en vue de rasseoir la souveraineté du Royaume sur l'intégralité de ses frontières authentiques. Abderrahim Bouabid et Ali Yata, respectivement leaders de l'Union socialiste des forces populaires, née d'une scission récente avec l'Union nationale des forces populaires, et du Parti du progrès et du socialisme, héritier du Parti communiste marocain, ont parcouru les pays de l'Est, considérés jusque-là comme des soutiens actifs à l'indépendance du Sahara, puisque traditionnellement alliés au régime du président Boumediène. A son tour, le zaïm nationaliste Allal El Fassi a dépêché ses condisciples istiqlaliens pour promouvoir la marocanité du Sahara au Proche-Orient et dans les pays du Golfe et s'était lui-même entretenu, à Bucarest, avec le président roumain Nicolas Ceausescu. La communauté juive marocaine n'était pas en reste et ses représentants furent mis à contribution en vue d'intervenir auprès de quelques figures influentes du judaïsme américain et d'obtenir, par leur intermédiaire, le soutien du Congrès et de la presse américains à la position du Maroc dans le conflit qui l'opposait, naturellement, à l'Espagne et, étrangement, à son voisin de l'Est. C'est dire que toutes les franges de la société marocaine étaient impliquées dans la vaste campagne de promotion de la marocanité du Sahara, reportant sine die leurs perceptions critiques de la politique intérieure. La Marche Verte serait révélatrice dès lors de la capacité du Roi Hassan II à rassembler, autour d'une « cause sacrée », toutes les sensibilités politiques du pays, à un moment où l'opposition au trône était des plus virulentes.
Un Maroc nouveau vient de naître, déclara le Roi Hassan II le 17 novembre 1975. La formule n'était pas de pure propagande. Un dialogue politique fut renoué avec l'opposition et de nouvelles élections communales eurent lieu le 12 novembre 1976. Le 3 mars 1977, un gouvernement d'union nationale fut formé en vue de la préparation des élections législatives qui eurent lieu le 2 juin de la même année. C'est dire combien la Marche Verte a impacté positivement le contexte politique national y consécutif.
Plus de trois décennies après son organisation, la Marche Verte continue d'alimenter le consensus national autour de la marocanité du Sahara.
Si elle a permis de récupérer le territoire saharien, et surtout de forger une attitude populaire, consentie et solidaire, à son profit, elle n'a pas pour autant apuré le différend artificiel qui s'y rattache. De ce fait, la célébration annuelle de la Marche Verte, autant qu'elle plébiscite un éternel « acte de foi d'un roi et d'un peuple », tend également à nous rappeler la situation inhumaine encourue par les Marocains retenus contre leur gré dans les camps de Tindouf, privés de leur droit de retour dans la mère patrie pour contribuer à son développement socio-économique, loin du paysage obscur que dessine un quotidien rythmé par la violation des droits de l'Homme les plus élémentaires. Ce drame affligeant est en totale violation des règles du droit international humanitaire et des obligations qui en proviennent, souscrites par l'Etat algérien lui-même. Sa dénonciation devrait susciter l'attention des organismes internationalement compétents, notamment le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés, dont l'attitude laxiste se fait de plus en plus ressentir. Le devenir de la population marocaine séquestrée dans les camps de Tindouf doit cesser d'être balloté entre des acteurs aux vues divergentes. La préservation de la dignité humaine veut que l'on s'y consacre avec rigueur, sérénité et impartialité.
* Le Centre d'Etudes Internationales (CEI) est un groupe de réflexion et d'analyse basé à Rabat. Acteur actif du débat afférent à la conflictualité saharienne et à certaines thématiques nationales fondamentales, le CEI a publié, en 2010, auprès des éditions Karthala, un ouvrage collectif intitulé : « Une décennie de réformes au Maroc (1999-2009) ». En janvier 2011, le CEI a rendu public, auprès du même éditeur, un second ouvrage titré, «Maroc-Algérie : Analyses croisées d'un voisinage hostile ». Il vient également de faire paraître, auprès des éditions précitées, un ouvrage portant sur «Le différend saharien devant l'Organisation des Nations Unies ». Outre ses revues, libellées, « Etudes Stratégiques sur le Sahara» et « La Lettre du Sud Marocain», le CEI compte à son actif plusieurs supports électroniques dont, www.arsom.org, www.saharadumaroc.net et www.polisario.eu.
* Analyste au Centre d'Etudes Internationales


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