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L'Observatoire brise le tabou
Publié dans La Gazette du Maroc le 22 - 12 - 2003


Exploitation sexuelle
Le 14 décembre 2003 représentera une date marquante pour l'enfant marocain. L'Observatoire national des droits de l'enfant vient de briser enfin le tabou autour de l'exploitation sexuelle en lançant une campagne médiatique qui va durer jusqu'au 24 du mois prochain. Une campagne qui tombe à pic, sachant le chiffre alarmant des enfants exploités dans le monde et au Maroc. Toutefois, l'exploitation sexuelle ne représente qu'une forme d'abus dont l'enfant est victime…
“L'enfance a droit à une aide et à une assistance spéciale”, déclare le préambule de la Convention internationale des droits de l'enfant que le Maroc a ratifiée en 1993. Au sujet de l'importance de la famille, il ajoute : “l'enfant, pour l'épanouissement harmonieux de sa personnalité, doit grandir dans le milieu familial, dans un climat de bonheur, d'amour et de compréhension.” Malheureusement, la réalité est loin de cet idéal. L'enfant fait l'objet d'exploitation aux quatre coins du monde. Le dernier rapport présenté le 20 novembre 2003 par Mme Malek Benchekroun, la représentante du Programme international pour l'abolition du travail des enfants lors d'une rencontre à l'initiative de l'ONDE (Observatoire national des droits de l'enfant), montre que les chiffres officiels font état de 600.000 enfants employés dans des travaux plus ou moins dangereux au Maroc. Une autre enquête réalisée récemment par l'ONDE sur les employées domestiques au niveau de Casablanca présente des chiffres inquiétants, selon lesquels 60% des petites bonnes sont des filles de moins de 15 ans parmi lesquelles 85% sont analphabètes.
Au niveau de l'exploitation ou de “l'abus sexuel” des enfants, les statistiques sont plus alarmantes. Selon les données recueillies par l'Observatoire national des droits de l'enfant, depuis l'ouverture de son centre d'écoute en 1999, 44% des appels au numéro vert concernent des abus sexuels, lesquels représentent 204 des 732 dossiers de maltraitance ouverts par l'Observatoire. Les agresseurs sont des étrangers à 14,1%, des jeunes à 1,9%, des voisins à 3,3 %, des fonctionnaires dans des instituts d'accueil (orphelinat…) à 10%, des employeurs à 43% , des parents à 17,8% et des proches à 10%. Les auteurs ne sont poursuivis généralement que dans des cas très rares. Néanmoins, ces chiffres si inquiétants soient-ils ne reflètent pas pour autant le nombre exact des enfants faisant objet d'exploitation sexuelle.
En effet, l'agression est presque toujours enveloppée de silence. Soit parce que les victimes ne sont pas encore capables de discerner, soit parce qu'elles ont peur ou honte de le dire à un adulte.
Attitude peureuse
Les parents et les tuteurs, pour leur part, préfèrent ne pas engager de poursuite judiciaire pour éviter le scandale et préserver la réputation... Ainsi cette attitude méfiante et peureuse à la fois donne à ce phénomène la possibilité de continuer à se développer. Selon un responsable à l'Observatoire, le phénomène de l'exploitation sexuelle connaît une véritable recrudescence dans le pays. Néanmoins ce phénomène ne représente qu'une face de la médaille. L'exploitation des enfants revêt en effet plusieurs autres formes classées en sept types par l'Observatoire : le travail domestique, le travail forcé, l'exploitation sexuelle à des fins commerciales, le travail dans l'industrie et les plantations, les métiers des rues, le travail familial et le travail des filles. En ce qui concerne le travail domestique : les enfants qui l'exercent sont les plus vulnérables et les plus exploités -et les plus difficiles aussi à protéger. En général, ces enfants sont souvent très mal payés, voire pas du tout. Leurs conditions de travail dépendent entièrement du bon vouloir de l'employeur, au mépris de leurs droits. Dans la plupart des cas, ils sont privés aussi d'école, de jeu et d'activité sociale, ainsi que du soutien psychologique de leur famille et de leurs amis. Ceci en plus de la violence physique et des abus sexuels auxquels ils peuvent être exposés chaque jour.
La deuxième forme d'exploitation est le travail de l'industrie et les plantations. Souvent les enfants sont obligés de travailler dans des conditions périlleuses. Ces travaux nuisent de manière générale au développement psychologique et social des enfants sans parler des produits nocifs ou des machines mal réglées utilisées et qui menacent à chaque fois leur intégrité physique, voire leur vie. Les industries employant la main-d'œuvre enfantine sont très variées. Cela va du cuir à la fabrication artisanale, où l'on trouve des enfants ayant à peine huit ans. Le nombre d'enfants exploités dans des plantations aux quatre coins du monde est certainement tout aussi élevé. Ce genre de travail implique de terribles dangers. La quatrième forme est l'exploitation dans la rue. Beaucoup de gamins luttent pour exercer dans la rue un travail légal afin d'assurer leur survie ou celle de leurs famille. Ils cirent les chaussures, lavent et gardent les voitures, portent des colis, vendent des fleurs et des colifichets et trouvent une multitude d'autres manières ingénieuses de gagner un peu d'argent. Néanmoins, par les dommages physiques et psychosociaux qu'elle inflige, l'exploitation sexuelle est sans conteste l'une des pires formes d'abus contre les enfants. Elle peut se manifester sous diverses formes : violences, viols, abus, inceste, incitation à la prostitution, atteinte à la pudeur, mutilations génitales. Ces formes d'exploitation sexuelle existent bel et bien au Maroc et dans plusieurs autres pays africains et arabes. Leurs conséquences sont désastreuses : les victimes courent non seulement le risque d'une grossesse non désirée mais aussi celui de contracter le SIDA et d'autres maladies sexuellement transmissibles. En plus des conséquences et des sévices qui surgissent longtemps après les faits. Souvent les enfants victimes d'exploitation sexuelle gardent des blessures sexuelles, physiques et psychologiques qui durent toute la vie ou qui provoquent dans certains cas, leur décès avant l'heure. La situation est plus grave quand on sait que d'autres nouvelles formes d'exploitation commencent à voir le jour dans notre pays, notamment l'exploitation intellectuelle. En général, les agresseurs profitent de l'ignorance et de l'innocence des enfants pour leur inculquer de fausses valeurs comme le cas des deux jumelles qui comptaient s'exploser dans le rayon des boissons alcoolisées dans un supermarché et bien d'autres…
Conscient de la gravité de la situation, l'Observatoire national des droits de l'enfant a enfin brisé le tabou et a décidé de faire de l'exploitation des enfants son cheval de bataille. Dans ce sens, l'ONDE a lancé une nouvelle campagne contre l'exploitation sexuelle des enfants depuis le 14 décembre. Cette campagne qui durera jusqu'au 24 du mois prochain visera surtout la sensibilisation du public en ce qui concerne la protection des enfants. Toutefois l'action de l'Observatoire ne pourra aboutir que si chaque membre de la société y participe.
L'éducation a aussi un rôle essentiel à jouer pour prévenir l'exploitation sexuelle des enfants car elle est la seule apte à donner aux jeunes les moyens de se protéger. Les écoles ont également un rôle à jouer dans la mesure où elles pourront apprendre aux enfants à éviter les situations à risques…Alors agissons tous pour le bien de l'enfant car ce qui importe le plus n'est pas le monde que nous laisserons à nos enfants mais les enfants que nous laisserons à ce monde.
La convention relative aux droits de l'enfant a été adoptée par les Nations Unies le 20 novembre 1989. le Maroc a ratifié cette convention en 1993, et à la fin de 1999 tous les pays ont ratifié sauf deux : les Etats-unis et la Somalie. Cette convention a pour principal objectif la protection des droits de l'enfant. Dans ce sens, plusieurs articles ont été prévus contre toute sorte d'exploitation. Nous en citons quelques-uns :
Article 19 Abus et négligence
L'Etat se doit de protéger les enfants contre toute forme d'abus, de négligence et d'exploitation de la part des parents ou d'autres personnes, et de mettre sur pied des programmes de prévention et de traitement en ce sens.
Article 32 Main-d'œuvre enfantine
Le droit d'être protégé contre l'exploitation économique et de n'être astreint à aucun travail comportant des risques ou susceptible de compromettre son éducation ou de nuire à sa santé ou à son développement ; l'Etat se doit de fixer un âge minimum d'admission à l'emploi, de prévoir une réglementation appropriée des conditions d'emploi et de prévoir des peines ou autres sanctions appropriées pour assurer l'application efficace du présent article.
Article 34 Exploitation sexuelle
L'Etat se doit de protéger les enfants contre toutes les formes d'exploitation sexuelle et de violence sexuelle, y compris la prostitution et l'exploitation aux fins de la production de matériel pornographique
Article 36 Autres formes d'exploitation L'Etat se doit de protéger les enfants contre toutes les autres formes d'exploitation
Article 38 Conflit armé
L'Etat se doit de respecter les règles du droit humanitaire international, d'assurer que les personnes n'ayant pas atteint l'âge de quinze ans ne participent pas directement aux hostilités, de s'abstenir d'enrôler dans les forces armées toute personne n'ayant pas atteint l'âge de quinze ans, et d'assurer que les enfants qui sont touchés par un conflit armé bénéficient d'une protection et de soins.
Il était une fois… un enfant
Nous les rencontrons souvent, presque chaque jour partout où nous allons. Mais leur présence est devenue tellement familière que nous n'y prêtons plus attention. Pourtant ils sont là près de nous, en train de lutter, à leur façon, contre les aléas de la vie…Et dans cette lutte ils s'engagent à tout faire pour gagner quelques sous. Mais à cet engagement il y a un prix à payer car ils ne doivent plus rester “ enfant ”. D'ailleurs ce mot ne leur dit plus rien. Au contraire, cela les fâche du fait qu'ils se croient déjà adultes. Adultes et responsables… pourtant, il suffit de leur parler pour voir combien il sont encore “enfants ”. Des rêves, ils en ont mais préfèrent ne pas en parler, car ils pensent ne plus avoir le droit même de rêver, rêver d'aller à l'école ou de jouer avec des enfants de leur âge, puisque ce sont des enfants qui travaillent…
Il suffit de faire un tour dans l'ancienne médina de Fès pour se rendre compte de la triste réalité. Les enfants travaillent presque partout. Souvent, ils sont issus de familles qui ont migré à la ville dans l'espoir de trouver un travail plus décent et fuir aussi les maigres revenus des zones rurales. Mais une fois dans la ville, le rêve s'avère chimérique et les parents se trouvent dans une mauvaise situation où des fois ils n'arrivent même pas à payer le loyer et les factures d'eau et d'électricité.
Ainsi, et comme il est plus facile de trouver un travail pour enfant puisque il est sous- payé, les enfants se voient donc obligés d'aider leurs familles. Ces dernières se hâtent de caser les garçons dans les petits ateliers et les filles comme domestiques pour “ alléger ” le fardeau qu'elles ont à assumer… Résultat : l'ancienne médina est devenue une petite ville d'industrie artisanale où les ouvriers ne sont autres que les enfants. En sillonnant les petites ruelles nous nous arrêtons à “ Debaghine” un grand espace dédié à la tannerie. Là des adolescents et des enfants travaillent, durement pour un salaire de misère. “ Dans ces ateliers informels, soit on tient la cadence soit on meurt de faim”, explique Mohammed, 14 ans. Nous arrivons à “ Séfarine” un quartier occupé par de petites manufactures de vaisselle à partir de bronze et d'argent. Les enfants constituent presque toute l'équipe des ouvriers. Ahmed a 8 ans. Pourtant il travaille depuis une année déjà. “ Je suis payé 60 dh la semaine ” s'exclame-t-il heureux. Il continue : “ je suis peut-être un peu mal payé mais je sais que l'employeur va m'augmenter prochainement, en plus je suis beaucoup plus avantagé par rapport à d'autres potes qui ne touchent que 40 Dh la semaine ”. Non loin de ce quartier, des ateliers sont assemblés dans un petit quartier obscur à “ Rssif ”, de petites fabriques de babouches traditionnelles où les enfants occupent un large pourcentage parmi les ouvriers. Certains n'ont même pas atteint l'âge de 8 ans, pourtant ils bossent comme des grands. “J'aurais aimé avoir plus de temps pour jouer mais, bon, ça me fait plaisir quand même de pouvoir aider mes parents et ma sœur. Je sais que si j'arrête de travailler ma sœur s'arrêtera aussi d'aller à l'école et cela me rendra malheureux puisqu'elle constitue le seul espoir de la famille” explique Abdou. Dix ouvriers dans une fabrique de babouches. Lorsqu'on lui a demandé le niveau d'étude de sa sœur il nous répond avec un sourire innocent : “ elle est en première année du primaire mais j'ai confiance en elle, et je sais qu'elle deviendra un jour médecin ou architecte ”.
Le plus dangereux dans cette situation c'est que les employeurs profitent de l'innocence de ces enfants pour les charger de tâches qui peuvent être très dangereuses. Dans les fabriques de babouches par exemple, les enfants sont exposés aux vapeurs de colle et à la poussière qui entraînent à long terme des troubles respiratoires. Ceci sans parler des accidents de travail auxquels ils sont exposés dans les ateliers et les usines utilisant de grandes machines. L'affaire de Othman Moustakim a fait boule de neige, en décembre de l'année dernière. Cet enfant qui travaillait dans un atelier de fabrication de chaussures à Sidi Boujida à l'ancienne médina de Fès, a perdu ses deux mains à cause d'une mauvaise manipulation d'une machine pesant 10 tonnes . Othman qui n'a que 14 ans est obligé maintenant de passer le reste de sa vie handicapé à cause de l'indifférence d'un employeur qui a pris la poudre d'escampette dès qu'il a su que la famille comptait porter l'affaire devant la justice…Néanmoins, la faute ne revient pas uniquement à l'employeur…C'est la faute de toute une société et Othman en est la victime…
Y.A


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