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Les agriculteurs espagnols jouent aux trouble-fête
Publié dans Les ECO le 04 - 03 - 2010

Le sommet Maroc-Union européenne qui se tiendra les 7 et 8 mars à Grenade s'ouvre sur fond de polémique. Les agriculteurs espagnols montent au créneau, à travers une série de sorties médiatiques, pour dénoncer un accord «périlleux» pour l'agriculture espagnole. Leur action a pour but d'empêcher la ratification de l'accord d'association conclu entre le Maroc et l'Union européenne. Les agriculteurs espagnols comptent porter leur mouvement de protestation à l'esplanade du Palais des expositions et des congrès à Grenade. Les initiateurs de ce mouvement de protestation ne sont que les principales organisations agricoles espagnoles. Il s'agit de ASAJA (Associación agraria Jovenes agricultores), laquelle compte dans ses rangs 200.000 affiliés, UPA (Unión de Pequeños Agricultores y Ganaderos) avec 80.000 affiliés et COAG (Coordinadora de organizaciones de agricultores y ganaderos). Pour faire entendre leur rogne, ces agriculteurs ne lésinent pas sur les moyens. Ils envisagent d'affréter des autobus pour acheminer les manifestants sur les lieux du sommet afin de faire plus de bruit. Un rapport a même été rédigé par leurs soins, qu'ils envisagent de soumettre aux représentants de l'UE et du gouvernement espagnol. Ledit document, indiquent ces organisations agricoles dans un communiqué, énumère les répercussions des importations des pays tiers sur les agriculteurs espagnols et leurs conséquences sur le secteur. En outre, le document met l'accent sur le non-respect par le Maroc des quotas qui lui sont destinés. Ces derniers prétendent que le Royaume dépasse de loin les contingents autorisés. Dans une tentative de mettre le gouvernement à genoux, ces organisations n'hésitent pas à brandir des chiffres alarmants sur le nombre d'emplois susceptibles de disparaître en cas d'adoption dudit accord. Ce qui n'est pas sans donner des sueurs froides au gouvernement espagnol car, en ces temps de crise, la perte massive d'emplois est le grand épouvantail du gouvernement socialiste de Zapatero.
Tomate de la discorde
La tomate marocaine est la principale pointée du doigt. Les agriculteurs ont indiqué qu'ils useront de tous les moyens pour empêcher l'entrée massive sur le marché communautaire de ce produit avec un tarif douanier réduit. Les agriculteurs espagnols s'insurgent précisément contre l'augmentation du contingent de tomates, lequel passera de 185.000 tonnes à 250.000 tonnes en 2013, selon les termes de l'accord. Cette augmentation, selon les initiateurs de ce mouvement de protestation, consolidera la concurrence illégale dans laquelle se trouve le secteur primaire ibérique. Selon le secrétaire provincial de Coag, Miguel Monferrer, «le prix des tomates, des piments et des légumes est à son plus bas niveau par rapport aux coûts». Par conséquent, cette dégringolade des revenus des agriculteurs les obligera à supprimer des postes de travail, indique-t-il. Les agriculteurs d'Almeria, autre région agricole qui s'estime très lésée par l'entrée en vigueur de l'accord, ont initié des démarches afin d'y introduire des clauses protectrices pour l'agriculture espagnole et spécialement andalouse, dont les produits rivalisent avec ceux du Maroc. Quant au président de Coag de la région de Murcie, il dénonce ce qu'il appelle «une balance déséquilibrée». La région de Murcie craint pour ses agrumes qui, selon son représentant, sont d'une grande importance pour l'économie de cette région.
Cahier revendicatif
Pour préserver l'agriculteur espagnol contre le «danger marocain», les agriculteurs revendiquent une forte et directe implication du président du gouvernement espagnol José Luis Zapatero et d'Elena Espinosa, ministre de l'Environnement et du milieu rural et marin. La liste des revendications réclame des aides compensatoires couplées avec l'introduction de mesures protectrices dans le volet emploi et social pour sauvegarder les acquis des agriculteurs européens. En outre, les producteurs espagnols réfutent la libéralisation de produits dits sensibles comme les oranges, la pastèque et le melon, exigeant à ce propos, d'appliquer une mesure normative pour les tomates cerises. À souligner que la grogne des Espagnols est motivée également par les négociations que mène actuellement l'Union européenne avec Israël et l'Egypte afin de libéraliser les produits agricoles. Ces pourparlers accentuent les craintes de ces associations, réputées par leur acharnement et leur forte capacité de mobilisation. Mais le tableau est-il aussi sombre comme le dépeignent les professionnels de l'agriculture ? Pas autant que cela. Les agriculteurs espagnols tentent de sauvegarder leurs acquis en diabolisant les accords avec le Maroc. Une manière de soutirer davantage d'aides. Car en somme, les subventions versées par la communauté à l'agriculture espagnole totalisent les 10.100 millions d'euros. D'ailleurs, l'Espagne est le premier pays européen récepteur des aides de l'Union européenne, en encaissant 50% du budget alloué au volet agricole européen. Pour sa part, Abdelhamid Bajouki, directeur de REMCODE (Red Euromediterránea de Cooperación al Desarollo) atténue l'ampleur de ces manifestations. «L'Espagne a bénéficié des aides en provenance de l'Union européenne durant des années et à travers cette vague de manifestations et de protestations, cherche à consolider ses acquis», déclare-t-il. Déjà l'entrée de nouveaux pays comme la Roumanie et la Pologne n'a pas profité à l'agriculteur espagnol. Mais Bajouki nuance: ces manifs n'ont aucune répercussion sur les décisions politiques du sommet. Car à ses yeux, le Statut avancé n'est qu'un engagement des deux parties et le plus important reste à définir. Le sommet revêt certes un aspect plus cérémonial que décisionnel mais la rencontre permettra de baliser le terrain pour les prochaines négociations sur les obligations de chaque partenaire.
Ça chauffe à Grenade
La ville andalouse, Mecque du tourisme international grâce aux palais de l'Alhambra, se convertira en une citée agitée, le temps d'un sommet. Depuis l'annonce de la tenue de la première rencontre de haut niveau entre le Maroc et l'Union européenne, chaque jour apporte son lot de protestataires contre ce meeting placé sous la houlette de l'Espagne, qui assure depuis janvier 2010 la présidence de l'Union. Une plateforme anti-sommet a été créée mardi dernier. Ses initiateurs ont prévu la tenue d'un sommet parallèle à la rencontre officielle. Au menu, conférences, débats, concerts gratuits et manifestations à la pelle. En outre, des collectifs de la gauche se sont regroupés contre «l'Europe mercantile et ses crises». Le programme de ce sommet alternatif prendra fin avec une manifestation qui sillonnera les artères de Grenade dimanche prochain. Des syndicats et des groupes politiques de la gauche se joindront à ce mouvement de protestation contre l'octroi du statut avancé au Maroc. Une conférence dite internationale est prévue à l'Ecole d'Architecture de Grenade à laquelle prendront part des parlementaires européens. Le thème principal de ces rencontres est le conflit du Sahara et le respect des droits de l'homme. L'activiste sahraoui Aminatou Haidar débarquera la veille du sommet pour assister comme guest star à cette conférence. A cela s'ajoute une brochette d'acteurs espagnols connus pour leur activisme au profit de la cause sahraouie qui ont appelé, mardi 2 mars à Madrid, le gouvernement espagnol «à mettre la pression sur le Maroc afin qu'il respecte les droits humains du peuple sahraoui». Afin de contrôler ce lot de mécontents, des mesures de sécurité draconiennes seront mises en place. Un communiqué de la police nationale a indiqué qu'à partir de mardi et jusqu'à la clôture du sommet, les contrôles de police s'intensifieront dans les principales gares et accès à la ville.


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