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L'accès des enfants réfugiés à la scolarisation, une initiative assurément louable
Publié dans Libération le 19 - 09 - 2019

Selon un récent rapport du HCR (Agence des Nations unies
pour les réfugiés), le taux de
scolarisation des enfants réfugiés est passé de 61 à 63% au
primaire, et de 23 à 24% au
secondaire. Du côté de
l'enseignement supérieur, la part des réfugiés est passée de 1 à 3% après plusieurs années
de stagnation.Toutefois, ces progrès ne doivent pas cacher des chiffres autrement plus inquiétants. Tel est le cas du nombre d'enfants réfugiés qui ne vont pas à l'école qui s'élève à 3,7 millions sur
les 7,1 millions d'enfants réfugiés en âge de scolarité. C'est le cas également de la faible proportion des réfugiés scolarisés au niveau
du secondaire qui est inférieure de plus de deux tiers
à celle des non-réfugiés, soit 24% contre 84% au niveau mondial. Idem pour la part des réfugiés
inscrits dans l'enseignement supérieur en comparaison
avec les 37% des citoyens qui
en ont la possibilité à travers le monde. Au Maroc, les enfants réfugiés sont scolarisés à hauteur de 92% au primaire et 28% dans le secondaire. En effet, notre pays a déployé, depuis cinq ans, de grands efforts pour insérer les
enfants migrants et réfugiés dans
le système éducatif. Le droit à
l'éducation pour tous a été entériné par le Royaume dès 2011.
Pourtant, plusieurs obstacles nuisent à un meilleur accès
des réfugiés au système scolaire (langue, situation de précarité
des parents, absence des structures spécialisées, …) et rendent caducs les efforts déployés ainsi que les
engagements du Maroc vis-à-vis de «la Déclaration de New York pour les réfugiés et les migrants» qui fait de l'éducation
un élément-clé de la réponse à la crise internationale des réfugiés
et du quatrième des Objectifs de développement durable qui vise
à «assurer à tous une éducation équitable, inclusive et de qualité
et des possibilités d'apprentissage tout au long de la vie». Retour
sur l'expérience marocaine.
Le Maroc compte aujourd'hui 1.372 enfants réfugiés en âge de scolarisation. Jusqu'en juin 2019, 362 enfants réfugiés ont été inscrits dans des crèches privées ou associatives et 943 scolarisés au primaire et au secondaire.
Etat des lieux
« Ces enfants bénéficient d'un système de cache conditionnel déployé en faveur des enfants et étudiants, et qui reste tributaire du budget disponible. Pour les inscriptions dans les crèche considérées comme facteur d'intégration surtout au niveau linguistique et de cohésion sociale, le HCR accorde un montant maximum de 500 DH comme frais d'inscription et 250 DH mensuellement sur la base des justificatifs fournis par les parents », nous a indiqué Souliman Ben Lamine, senior education assistant auprès du HCR-Maroc. Et de poursuivre : « Pour le primaire et le secondaire, les enfants réfugiés sont principalement scolarisés dans des écoles publiques formelles. Seuls six enfants réfugiés ont été scolarisés dans l'éduction non-formelle. Au début de chaque année scolaire, le HCR distribue des kits scolaires et octroie un montant de 900 DH per capita au mois de septembre/ octobre et 300 DH en milieu d'année en sus d'une bourse scolaire bimensuelle de 300 DH. Le HCR finance également les cours de soutien pour enfants (cours de langue et autres) à hauteur de 200 DH par mois au maximum. Sur les 943 enfants réfugiés scolarisés, seuls 376 ont bénéficié des cours de soutien scolaire».
Pour le supérieur (Baccalauréat+2, Baccalauréat+3, Master et doctorat), le HCR a recensé 757 étudiants réfugiés inscrits. Une grande partie de ces étudiants, notamment des Yéménites sont en cycle doctoral. « Les étudiants réfugiés reçoivent eux aussi un kit universitaire en début d'année universitaire comme c'est le cas pour les enfants réfugiés en plus d'une bourse mensuelle de 300 ou 600 DH selon la situation financière et sociale de chaque bénéficiaire. Ces étudiants peuvent bénéficier également de la bourse d'excellence DAFI (Initiative académique allemande Albert Einstein pour les réfugiés) financée par le gouvernement allemand. Nous avons signé également des conventions avec les Instituts français de Rabat, Casablanca et Oujda afin de permettre aux étudiants réfugiés non francophones d'apprendre la langue française. A noter que l'enseignement supérieur ne fait pas partie de nos objectifs primordiaux. La priorité est plutôt donnée au primaire et au secondaire », nous a précisé Souliman Ben Lamine.
Une grande partie de ces enfants et étudiants réfugiés sont de nationalité syrienne. Les Centrafricains arrivent en deuxième place suivis des Yéménites et des Soudanais. Ils sont issus de 50 localités du Maroc avec un important taux d'enfants et étudiants en provenance de Rabat et Casablanca, villes caractérisées par une forte concentration de réfugiés. Les filles réfugiées représentent 51% du total au niveau des inscrits en crèche contre 49% pour les garçons. Dans le primaire, les garçons sont légèrement plus nombreux avec 53% contre 47% pour les filles. Idem en secondaire avec 56% pour les garçons et 44% pour les filles. La situation change complètement au niveau universitaire avec une domination des garçons (82% contre 18% pour les filles). « Concernant le profil de leurs parents, nous en avons de différents types. Il y a des doctorants qui se sont installés au Maroc avec leurs enfants, des personnes en situation économique assez difficile, des personnes seules. Ce n'est pas homogène comme profils », nous a expliqué Souliman Ben Lamine.
Selon HCR-Maroc, les enfants réfugiés sont scolarisés à hauteur de 92% dans le primaire et 28% dans le secondaire. La même tendance est observée au niveau mondial.
Dans son nouveau rapport publié le 1er septembre courant, le HCR a révélé que 63% des enfants réfugiés fréquentent l'école primaire, contre 91% dans le monde et 24% effectuent des études secondaires, contrairement à 84% des adolescents à travers le monde.
« L'accès à l'éduction pour les enfants réfugiés est indiscutable aujourd'hui au Maroc. Nous avons dépassé l'époque des blocages. Nous sommes dans un contexte favorable pour intégrer les enfants réfugiés à l'école», a affirmé Souliman Ben Lamine. Et d'ajouter : « Par contre, l'enseignement supérieur pose certains problèmes notamment pour les réfugiés qui ne disposent pas d'un baccalauréat marocain et qui doivent passer impérativement par l'Agence marocaine de coopération internationale (AMCI) et avoir l'accord de leur ambassade ».
Wafa Khalek, doctorante en migration et développement, nous a indiqué que le droit à la scolarisation au Maroc est aujourd'hui garanti aux enfants réfugiés sans conditions préalables et sans distinction quel que soit leur statut juridique (réfugié, migrant ou mineur non accompagné). « Ce droit est garanti par les conventions signées et ratifiées par l'Etat marocain et appuyé par la Constitution de 2011. Les enfants réfugiés profitent également de l'opération 1 million de cartables et poursuivent normalement leur scolarité sous condition d'une présence continue et ordonnée », nous a-t-elle expliqué. Le temps des circulaires ministérielles concernant chaque nationalité des enfants réfugiés est donc révolu.


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