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Transport maritime – Le Maroc à la merci des Espagnols
Publié dans L'observateur du Maroc le 03 - 07 - 2015

Avec 3500km de côtes maritimes, le Maroc n'a pas de flotte nationale. Cette situation profite aux transporteurs étrangers, aux Espagnols et aux Italiens en particulier, qui font la pluie et le beau temps dans les routes maritimes nationales. «Une telle hégémonie est défavorable au Maroc qui n'a aujourd'hui aucune maîtrise sur les prix du transport maritime non seulement des passagers, mais aussi des camions TIR», prévient Abdelaziz Mantrach. Le président de l'Association professionnelle des agents maritimes, consignataires de navires et courtiers d'affrètement du Maroc (APRAM) va plus loin en soulignant qu'une telle domination étrangère pourrait dériver sur des ententes sur les prix, par exemple. Sans même aller jusque-là, on assiste parfois à des augmentations inexpliquées de tarifs, voire à de surprenants changements de ligne, comme celui qui a été décidé dernièrement par GNV.
En mai dernier, cette compagnie italienne a annoncé le remplacement, à partir du 5 juin, de la ligne Sète-Nador par Sète-Melilia, ce qui a provoqué la colère d'une partie de la communauté marocaine à l'étranger. Malgré cela, les responsables concernés n'ont pas réagi confirmant ainsi que le Royaume est en position de faiblesse face à ces transporteurs qui contrôlent son trafic maritime.
Autre preuve que le Maroc est désarmé face aux armateurs étrangers : le site Yabiladi.com rapporte que, lors du déplacement du ministre de l'Equipement, des transports et de la logistique, le 6 juin à Montpellier, en France, pour s'assurer du bon déroulement de l'opération Marhaba, Aziz Rebbah a demandé à la direction de GNV «de faire un geste» sur le prix des billets. Cette demande s'apparente à un humiliant acte de mendicité. Venant d'un officiel, c'est grave !
Comment le Maroc en est-il arrivé là ? Comment le pays est-il passé de 66 navires battant pavillon marocain dont il disposait dans les années 80 à 0 aujourd'hui ? La descente aux enfers a commencé avec la liquidation de Marphocean en 2009, s'est poursuivie avec la cessation d'activité de la Comanav en 2012 et ensuite, la faillite de son repreneur, la Comarit. Elle continue aujourd'hui encore avec l'agonie d'IMTC. Même la jeune compagnie marocaine Intershipping, créée en 2012, bute actuellement sur d'insurmontables difficultés.
Pendant ce temps, le ministère des Transports, qui est pourtant le premier concerné, est resté simple spectateur. Pire, toute son attention a été donnée à la politique portuaire sans qu'aucune politique maritime ne soit élaborée. Même l'étude livrée en juin 2013, menée par le cabinet espagnol ALG, Stratégie du secteur du transport maritime marocain et développement du pavillon national au Maroc, semble avoir été oubliée dans les tiroirs. Il était prévu que ce travail soit suivi par deux autres analyses pour déboucher sur la déclinaison de «la stratégie retenue en un plan d'action pragmatique pour le développement du pavillon maritime national de fret et de passagers». Sauf que rien de cela n'a été fait jusqu'à présent. Résultat : ce sont les étrangers qui continuent à régner sur le littoral marocain. Excédés, les représentants du secteur maritime préparent ces jours-ci une lettre commune incendiaire, qu'ils comptent adresser au ministre Rebbah pour lui signifier leur désarroi. Pourvu qu'ils soient écoutés cette fois-ci.


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