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Interview avec Zakaria Ennahli : Les crises alimentaires imposent de changer de paradigmes
Publié dans L'opinion le 03 - 11 - 2022

Le Premier Secrétaire à la Mission permanente du Royaume auprès de l'Union Africaine et de la Commission Economique des Nations Unies pour l'Afrique nous fait part de sa participation, à Addis-Abeba, à la récente Conférence de haut niveau sur la sécurité alimentaire et la nutrition.
- Vous avez participé à la Conférence de haut niveau sur la sécurité alimentaire et la nutrition, le 10 octobre à Addis-Abeba, en qualité de représentant du Royaume du Maroc. Quelles en sont les principales conclusions ?
- Force est de constater que la situation alimentaire et nutritionnelle en Afrique est alarmante. Malgré les importants progrès concrètement constatés en matière de gestion et de prévention des crises alimentaires, l'Afrique continue de traverser d'énormes crises alimentaires du fait que les systèmes alimentaires africains souffrent d'un environnement marqué par des conflits, le changement climatique et l'effet économique de la Covid-19.
De ce fait, les conclusions majeures nous incitent à repenser les paradigmes actuels en vue de transformer les engagements et les décisions en des engagements concrets, à travers l'investissement dans des systèmes agricoles et alimentaires plus résilients, l'adaptation de l'agriculture au changement climatique, l'accompagnement du secteur privé par des mesures adéquates, le traitement de l'insécurité alimentaire comme une menace nationale et la lutte contre la dépendance des pays africains aux importations.
- Quelle stratégie est suivie par le Royaume pour assurer sa sécurité alimentaire ?
- A vrai dire, il s'agit de plusieurs stratégies puisque cette question revêt un caractère multidimensionnel. Si nous prenons les moteurs de l'insécurité alimentaire, les 4C (le Climat, les Conflits, la Covid-19 et le Coût d'un régime alimentaire sain), tels que présentés lors de cette conférence, nous remarquerons que le Royaume s'est engagé à faire face à ces moteurs par différentes stratégies. Comme vous le savez, suivant les hautes instructions de SM le Roi, le Maroc a placé la souveraineté alimentaire au coeur des priorités de son plan de développement.
La particularité du Royaume est qu'il a pris très tôt conscience de l'impératif de la lutte contre les effets des changements climatiques et a adopté une politique proactive pour y faire face, en développant plusieurs stratégies sectorielles d'envergure favorisant l'équilibre entre les dimensions environnementale, économique et sociale, conformément aux standards internationaux.
Pour rappel, il s'agit, à cet égard, de la Stratégie de mise à niveau de l'environnement et la de Stratégie nationale de protection de l'environnement, de la Stratégie nationale de développement durable 2030 visant à réaliser une transition progressive vers l'économie verte, de la Stratégie nationale de l'eau qui vise la préservation des ressources en eau, du Plan climat national 2030 dont l'objectif porte principalement sur la gouvernance climatique et le renforcement de la résilience face aux risques climatiques. Il s'agit également du Plan national stratégique d'adaptation au changement climatique visant à instaurer une adaptation socialement inclusive.
Sans pour autant oublier la fameuse Stratégie « Maroc Vert » pour le secteur agricole, devenue la Stratégie Génération Green 2020-2030, visant la poursuite de la dynamique du développement agricole, le renforcement de la sécurité alimentaire, l'amélioration des revenus et de la protection des agriculteurs et l'accompagnement de l'insertion professionnelle des jeunes.
- Quel est l'apport du Maroc en Afrique en matière de sécurité alimentaire ?
- Le Maroc accorde une importance particulière à la coopération Sud- Sud et interafricaine. Au regard de son expérience agricole qui l'a placé comme un modèle à suivre en matière de sécurité alimentaire sur le continent, plusieurs pays africains ont développé, ou sont en train de développer, des relations solides avec le Maroc en la matière sur le plan bilatéral. Au niveau multilatéral, le Maroc est impliqué presque dans tous les programmes lancés par l'UA ou ses partenaires, notamment la FAO, sur le Programme détaillé pour le développement de l'agriculture africaine.
De même, l'implication du Royaume s'est manifestée à maintes reprises par l'engagement du pays à faire de cette question une priorité en appelant à une justice climatique pour le continent qui subit les conséquences néfastes des changements climatiques alors qu'il est le moins émetteur de gaz à effets de serre avec moins de 3%. A cet égard, je rappelle l'organisation du 1er Sommet africain de l'Action en marge de la COP22, en novembre 2016 à Marrakech, qui fut une occasion pour les pays africains de coordonner et harmoniser leurs actions de lutte contre les changements climatiques, notamment par l'adoption de «l'Initiative pour l'Adaptation de l'Agriculture Africaine», dite Triple A, et la création des trois commissions dédiées à la région du Sahel, à la région du Bassin du Congo et aux Etats insulaires.
Cette Initiative visant l'adaptation de l'agriculture africaine aux changements climatiques constitue une réponse non seulement au changement climatique, mais aussi à l'insécurité alimentaire. Les solutions proposées par l'initiative visent à contribuer au déploiement de projets agricoles spécifiques pour améliorer la gestion des sols, la gestion des risques climatiques, la maîtrise de l'eau agricole, le renforcement des capacités et des solutions de financement.
Ainsi, le Centre de Compétences Changement Climatique du Maroc (4C Maroc) s'érige en une plateforme ouverte sur son environnement régional et africain et met à la disposition des pays africains son savoir-faire, notamment en matière de renforcement des capacités. Enfin, je conclus par l'annonce du groupe OCP de livrer quatre millions de tonnes de fertilisants au profit de l'Afrique, offre qui ciblera près de 44 millions d'agriculteurs dans 35 pays, ce qui permettra de nourrir près d'un milliard de personnes à travers le continent. Cette décision reflète l'implication même des sociétés marocaines en faveur du continent en matière de sécurité alimentaire.

Le nombre de personnes touchées par l'insécurité alimentaire a considérablement augmenté
- Cette Conférence de grande envergure se tient en perspective de la tenue de la COP27, prévue du 6 au 18 Novembre prochain en Egypte. Quelles sont vos attentes de la COP27 ?
- En tant que pays africain, nous ne pouvons être plus heureux de la tenue de la conférence sur une terre africaine concrétisant ainsi la volonté des pays africains à être partie des efforts internationaux communs. Eu égard de la nécessité impérieuse de mener des efforts concertés entre tous les acteurs (gouvernements, institutions internationales et régionales, ONG et entreprises multinationales,...), la COP27 doit être une opportunité pour repenser l'approche suivie afin de trouver des solutions adéquates aux multiples problématiques que pose le défi du changement climatique, dont notamment celui de la sécurité alimentaire. Elle doit être également une occasion pour réexaminer les politiques internationales et régionales sur l'insécurité alimentaire qui devront, dorénavant, refléter la nature des défis et de faire en sorte que les solutions soient adaptées à chaque niveau en investissant dans le renforcement de la résilience des pays les plus touchés par les conflits et les changements climatiques.
- Que pouvons-nous faire pour combler nos lacunes en matière de sécurité alimentaire et quelles seraient vos recommandations pour le grand public ?
- Je crois que nous devons tous travailler main dans la main pour faire face aux risques croissants d'insécurité alimentaire. Je suis convaincu que nous sommes sur la bonne voie mais en même temps j'appelle tous les acteurs de la société sans exception à rationaliser leurs utilisations de l'eau puisque sans cela nous ne pourrons rien faire et toutes les stratégies précitées connaîtront l'échec.
- En chiffres, quelle est la situation de la sécurité alimentaire et nutritionnelle dans le monde ?
- Au cours des dernières années, le nombre de personnes touchées par l'insécurité alimentaire a considérablement augmenté. Sur plus de 7,3 milliards d'habitants que compte le globe, il en est plus de 800 millions de personnes qui sont en situation d'insécurité alimentaire. Les enfants et les femmes, malheureusement, sont les plus impactés. Les estimations les plus récentes de l'Organisation pour l'Alimentation et l'Agriculture (FAO) pour l'année 2021 indiquent que la faim touchait 425 millions en Asie et 56,5 millions en Amérique latine et dans les Caraïbes. Alors que la plupart des personnes sous-alimentées dans le monde vivent en Asie, l'Afrique est la région où la prévalence est la plus élevée.
En effet, une personne sur 5 en Afrique, soit 20,2% de la population, représentant 278 millions de personnes, est confrontée à la faim. L'Afrique subsaharienne est principalement touchée avec 24,1% de la population sous-alimentée, tandis que la sous-région Afrique du Nord est à 7,1% sous-alimentée. La Corne de l'Afrique est confrontée à une faim extrêmement alarmante et connaît une crise de la faim pire qu'en 2011.
Recueillis par Safaa KSAANI


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