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Le jour où New York a voté pour elle-même
Publié dans L'opinion le 12 - 11 - 2025


« Hey, l'islamiste, passe-moi le beurre. »
Rien d'anormal dans cette phrase. Mamdani père s'adressait à Mamdani fils au milieu du repas du vendredi suivant son élection, quelques heures après que le nouveau maire eut fait sa prière sur les trottoirs de Broadway, entouré de milliers de fidèles. Ainsi, il donnait déjà le ton sur son style de gestion de la ville. N'est-ce pas là le fantasme des islamistes, New York transformée en immense mosquée.
La scène familiale se prêtait trop bien au sarcasme pour que l'on s'en prive. Mamdani père, est un historien, politologue et professeur à Columbia University, dont l'œuvre a renouvelé la compréhension des rapports entre colonisation, modernité et violence politique, s'amusait à retourner les peurs que répétaient déjà certains prophètes de malheur. La plaisanterie, légère en apparence, tranchait net les absurdités des mauvaises rumeurs.
Sa mère, Mira Nair, est l'une des plus grandes cinéastes indiennes contemporaines, autrice de films célèbres comme Salaam Bombay et Monsoon Wedding. Elle a sens de la mise en scène affûté, enchaîna sans effort en s'adressant à sa belle-fille, « La burqa qu'on a mise à la Statue de la Liberté, je l'ai gardée pour toi. Les femmes de New York auront besoin d'un modèle de soumission »
Le sarcasme était si dense qu'on aurait pu le servir en entrée. On imaginait déjà, quelque part à Manhattan, des éditorialistes prêts à transformer la boutade en "preuve" d'un basculement civilisationnel.
La famille Mamdani, marquée par l'Inde, l'Afrique et l'Amérique, connaissait trop bien les mécanismes de la peur pour se laisser atteindre. Chez eux, l'humour c'est plus qu'un simple réflexe. C'est un rempart contre les fantasmes qui vont suivre désormais chaque geste du nouveau maire.
Alors, ce vendredi-là, ils choisirent de rire. Longuement. Parce que face à la tempête qui s'annonçait, leur meilleure arme ne serait ni un communiqué, ni un argument, mais cette ironie héritée de l'exil et de la lucidité, la seule capable de désamorcer les peurs avant qu'elles ne deviennent des slogans. Dans cet air frais qui accompagne l'élection du premier musulman à la mairie de la plus grande ville américaine, il y a aussi un rendez-vous avec la légèreté.
L'élection de Mamdani à la mairie de New York est un « 11 septembre à l'envers ». Ce n'est pas un choc venu du ciel, mais une secousse venue du sol. Non pas la sidération, mais la réappropriation. Non pas l'effondrement, mais l'élévation. C'est ainsi qu'on devrait lire ce 7 novembre, non comme une surprise électorale, mais comme un basculement historique où la ville, soudain, a repris son souffle, sa voix, son reflet. Rions un peu enfin.

Là où le 11 septembre avait marqué New York du sceau de la peur et ouvert une longue ère de crispation sécuritaire, ce scrutin, lui, porte l'empreinte inverse. La réouverture, la confiance retrouvée, la pluralité assumée. Il est le moment où l'ombre, qui avait plané pendant 24 ans, semble enfin reculer devant une nouvelle lumière, celle d'une ville qui croit encore en elle-même. Une ville qui n'a pas oublié qu'elle est née du brassage et de l'élan, pas du soupçon et du repli.

Mais pour saisir la portée de cette élection, il faut d'abord dissiper la mauvaise rumeur. Non, Mamdani n'a pas été élu "en tant que musulman". Réduire sa victoire à son appartenance religieuse serait non seulement une insulte à son parcours, mais surtout une offense faite à ceux qui ont voté pour lui, y compris, et c'est un symbole éclatant, de très nombreux électeurs juifs qui ont vu en lui non une étiquette, mais un projet, une énergie, une vision.

Mamdani est avant tout un citoyen américain, pleinement, entièrement, avec une vision progressiste de son pays. L'instrumentaliser, le réduire à un signifiant identitaire, c'est rabattre la complexité de l'Amérique sur ses fantasmes les plus pauvres. C'est oublier que New York ne vote jamais pour une religion, mais pour une promesse. Que cette ville, plus que toute autre, reconnaît l'Américain en celui qui croit encore que l'Amérique peut être plus grande que sa peur.

Et c'est précisément là que réside la force symbolique de cette élection. Mamdani apparaît comme la réplique la plus claire que l'Amérique des Lumières puisse opposer à l'Amérique des ombres, celle du ressentiment, des colères manipulées, des oligarchies qui s'accrochent et des tribuns qui prospèrent sur les divisions. Ce n'est pas le musulman en lui qui inquiète les puissances installées, mais ce qu'elles perçoivent comme son anti-impérialisme et son anti-colonialisme. Mamdani redonne au rêve américain un sens moins capitaliste, plus social, et cela suffit à susciter la diabolisation autant qu'à le faire entrer dans l'histoire. Mamdani sauvera-t-il l'Amérique de son propre déclin ? On verra si un jour il en devient le président.

Trump et ce qu'il incarne ne sont pas seulement un épisode politique; ils sont un miroir dans lequel le pays voit sa part la plus sombre, celle qui menace toujours de grignoter la promesse d'égalité. Mais l'Amérique a ceci de singulier. Elle sait, parfois, triompher d'elle-même. Elle sait que ses excès appellent leurs antidotes, que ses ombres appellent leurs contre-feux. Elle sait qu'elle enfante ses propres remèdes, parfois tard, mais souvent avec fracas. On peut naître en Ouganda de parents indiens, grandir à New York et en devenir le prince.

L'élection de Mamdani s'inscrit dans cette dynamique profonde, presque organique. Non pas comme une rupture extérieure, mais comme le retour d'une respiration enfouie. Le signe que dans les interstices de la société américaine, dans ses quartiers oubliés, dans ses campus, dans ses rues, dans ses diasporas, une autre Amérique travaille, patiemment, opiniâtrement.

C'est pourquoi ce 7 novembre, New York a voté pour elle-même. Pour ce qu'elle est réellement, une ville-monde qui refuse de se laisser corseter par les caricatures ou les injonctions identitaires. Une ville capable de reconnaître sa propre image, belle parce qu'elle est multiple, forte parce qu'elle est fragile, grande parce qu'elle n'a jamais cessé d'être un lieu où l'on arrive, où l'on commence, où l'on recommence.

Et c'est dans ce sens que Mamdani, ce progressiste audacieux, moderne, porté par des électeurs qui ne lui ressemblent pas et qu'il a su rallier par la seule force de ses idées, de sa voix, de son rythme, apparaît comme la figure idéale de cette revanche de l'histoire. Aucun symbole n'aurait pu être plus clair, plus éclatant, plus new-yorkais.

Ce 7 novembre 2025, New York ne s'est pas seulement choisie un maire. Elle s'est choisie elle-même.


Mohamed Lotfi


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