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MEMOIRE : Le doublage cinématographique des «Années Essaih»
Publié dans L'opinion le 11 - 11 - 2011

Peu de gens savent que Brahim Essaih (sur notre photo à droite) était un écrivain talentueux et un journaliste émérite. En nous recevant chez lui et en nous ouvrant son cœur, nous avions redécouvert les facette cachées de ce grand maestro. C'était Mustapha Mounir, un des acteurs de l'ancienne école (Maâmora) qui nous avait donné l'adresse de Brahim Essaih (sise Harhoura plage). On voulait que ce précurseur nous parle des studios Souissi et de l'équipe artistique impliquée dans le doublage, mais on ignorait où il habitait. Son fils qui est un cadre sérieux de la Redal avait agrémenté cette séance historique par ses interventions sages, concises et mesurées. Tel père tel fils, il parlait un langage cohérent et pragmatique. Mais nous étions tous en état d'amertume, car on ne voulait qu'une chose : que Brahim Essaih reprenne ses activités d'antan, avec autant de dynamisme que de sérénité.
Ce qui mérite d'être rappelé à ce sujet , c'est qu'en 2003, quand Mutapha Mounir avait su que le grand acteur indien Amitabh Bachchan allait venir au Maroc, il était tout excité. Je l'avais trouvé extasié. C'était comme si deux sosies allaient se retrouver après des années de séparation. Mounir m'avait dit que pour le doublage de certains films hindis, il donnait sa voix à Amitabh Bachchan. Il m'avait raconté aussi qu'un distributeur indien installé à Casablanca serait allé en Inde pour remettre une lettre écrite par lui, à l'intention du grand acteur asiatique. Je me souviens aussi que, dans la ferveur de ces retrouvailles insolites, on avait improvisé un petit fan-club, pour aider à la rencontre impromptue de ces deux acteurs unis par le doublage: Bachchan et Mounir. Hélas, le hasard en a décidé autrement. Car on avait appris par voix de presse que les bagages du vétéran du cinéma indien ont été perdus à l'aéroport. Alors, connaissant la susceptibilité du grand acteur, on ne voulait pas qu'il garde un mauvais souvenir de son séjour au Maroc, d'où m'était venue l'idée de lui consacrer un hommage digne de ce nom. La direction du palace Mamounia nous avait facilité les choses. Essafi Benthami lui avait remis une création photographique sur le thème de l'eau et spiritualité et moi je lui avais dédicacé un exemplaire de mon florilège paru au Canada. Il m'avait autographié une autre copie que je garde précieusement. Bachchan était très ravi. Il avait changé son programme pour nous rencontrer. La presse avait fait écho de cette rencontre inoubliable. The Bib-B (surnom de Bachchan) nous avait présenté tous les membres de sa famille, dont notamment Jaya Bachchan , actrice de renom et Abhishek. A l'époque, Abhishek n'était pas encore marié avec Aishwarya Rai (Miss Monde 1994, héroïne du remake Devdas de S.L Bhansali).
Ainsi, le doublage de films hindis des «Années Essaih», abordé avec positivité et optimisme en vue d'en ressusciter le soubassement historique, a généré d'autres rencontres aussi enrichissantes les unes que les autres sur le plan humain. Nous avions interviewé, dans la foulée: Mohamed Said Afifi, Hassan Essakali, Nabyl Lahlou, Aziz Mouhoub, Amal Temmar, Mahjoub Erraji, Omar Salim, Habiba Madkouri, Abdellah Amrani, Hakim Belâbbas … Nous voulions rencontrer Hamidou Benmassoud et Tayeb Seddiki, mais ils étaient injoignables. Dans les deux weblogs Allal-cinemagoer.com et Razakcinema.com on trouve les archives graphiques et photographiques de ces rencontres mémorables. Afifi nous avait chanté un petit morceau en hindi.
Enfin, pour rendre hommage à Habiba la battante et Brahim Essaih le visionnaire en mettant en exergue leur punch et leur charisme, j'ai évoqué leur apport dans mon dernier ouvrage intitulé Zona (récit autobiographique). L'écriture de cet ouvrage romanesque a été entamée à la fin du mois de mai 2011. J'avais souhaité leur dédicacer mon livre comme je l'avais fait pour Bachchan et Joan Baez. Le récit Zona a été achevé le 17 juillet 2011. Il commence par une narration simple et sobre, mais dans les derniers paragraphes l'intrigue devient psychologique. En voici par ailleurs un petit extrait:
«Je regagne la maison. Sur mon chemin, j'achète un DVD. Par hasard, je tombe sur Dosti, un film indien très ancien, que j'avais vu quand j'étais un adolescent. Comme c'est émouvant de retrouver les émotions du passé! Je l'ai acheté sans vérifier si l'enregistrement est bon ou mauvais. Une belle histoire à la Charles Dickens. Le film parle de l'amitié de deux enfants, un aveugle et un infirme. Le vidéogramme comporte quelques petits défauts, mais je le considère déjà comme un document précieux, pour plusieurs raisons. C'est un spécimen de ce que Brahim Essaih, un des pionniers marocains du doublage cinématographique, réalisait avec les moyens du bord. On y retrouve les voix de plusieurs comédiens aujourd'hui disparus, comme Larbi Doghmi et Abderrazak Hakam. Pour certaines voix féminines, on reconnaît aisément le timbre vocal de la grande comédienne Habiba Madkouri. Quand aux autres on hésite toujours entre Zhor Lemâamri et Safia Ziani. Habiba fut une des rares femmes comédiennes à faire preuve d'audace et de persévérance en faisant fi des préjugés machistes de l'époque, réduisant la femme à une couveuse matrimoniale, tout juste bonne à allaiter les enfants et les voir grandir. Elle brava les feux de la rampe avec autant de conviction que de détermination. Sa voix remarquable a bercé l'ouïe des marocain pendant des dizaines d'années. Le doublage préconisé par Essaih se faisait en langue arabe dialectale, pour que même les analphabètes puissent comprendre le film sans difficulté».


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