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MOHA SOUAG : L'écrivain pédagogue
Publié dans L'opinion le 22 - 06 - 2012

L'écrivain marocain Moha souag ne cesse de nous surprendre ; Polygraphe confirmé, il a tâté de tous les genres littéraires, la poésie, la nouvelle, le roman, le conte .Il a obtenu des prix littéraires tels que le grand prix Atlas, le prix de la nouvelle octroyé par RFI. Mais la grande surprise c'est sa conversion en écrivain pédagogue, qui éprouve un plaisir infini d'aller à la rencontre des étudiants. Ainsi, après avoir animé des cafés littéraires à Casa et des rencontres avec les étudiants à Errachidia,Moha Souag,mu par la nostalgie des années universitaires ,va cette fois à la rencontre des étudiants de la fac des sciences deRabat,filière SMPC ,sur invitation de leur professeur,qui a tenu à rendre hommage à un écrivain typique qu'il a d'abord présenté d'une manière atypique.
Pérégrination à travers l'œuvre de Souag
Moha Souag,le troubadour impénitent s'impose un jour le défi d'effectuer des pérégrinations houleuses pendant « L'année de la chienne », à travers le labyrinthe de cette chienne de vie, en quête des « Espoirs perdus » qu'il relate avec brio dans « Les années U » à Fés,ville aguicheuse qui se dérobe pour mieux se livrer ou qui se livre pour mieux se dérober au regard lubrique des joueurs et de « la femme du soldat », dont la belle mère pactise avec Iblis pour mieux opprimer les femmes du village. Fou furieux, Moha décide alors de faire » Le grand départ » subrepticement vers des contrées lointaines plus clémentes quand il se fait trahir par L'indiscrétion des cocottes. Aussi pour oublier un tantinet ses déboires décide-t-il de raconter des Contes à Moha son alter égo et homonyme, qui les trouve hélas de très mauvais aloi, si bien qu'il fulmine tout son soûl. Notre écrivain convie alors Moha à prendre un thé, Un thé amer préparé par le sinistre oublié de l'histoire Karim Bella, pour fêter l'édification du Barrage de sucre. Mais la grande consolation de Moha n'est autre que la rencontre de l'âme sœur qui lui promet beaucoup de tendresse et même Plus si affinités.
L'animateur de la rencontre a ensuite situé l'œuvre de Moha Souag au sein de la littérature marocaine d'expression française, qui comprend quatre générations :1/génération de 1950 avec Sefrioui, Chatt, Chraibi. 2/Génération de 1966 autour de la revue Souffles, fondée par Laabi,Khair-eddine,Nissaboury,Benjelloun... 3/Génération de 1980 avec Khatibi, Kilito, Serhane, Souag et d'autres 4/Génération des années 2000 avec de jeunes auteurs féminins et masculins tels que Bahae Trabelsi , Nadia Chafik, Ghita Alkhayat, Fouad Laroui, Youssouf Amine Elalamy, Abdellah Taia...
Par ailleurs, on n'a pas manqué de signaler l'importance de ce genre de rencontres pour les étudiants, en ce qu'elles leur permettent de connaître les écrivains, les interroger de vive voix, si bien que ceux-ci cessent d'être des notions abstraites. C'est aussi l'occasion propice de rendre hommage aux auteurs marocains, relégués souvent aux oubliettes de l'Histoire. Mais, le plus grand profit c'est de permettre aux écrivains de s'adresser tout simplement aux jeunes au lieu de prendre part à des colloques au cours desquels les intervenants tiennent des discours sibyllins, propre à agacer l'auditoire. En outre, le contact des étudiants avec l'écrivain se révèle on ne peut mieux fructueux, en ce qu'il leur permet de se réconcilier avec les livres, qu'ils ont tendance à délaisser au profit de l'internet.
Si Moha souag privilégie ce genre de rencontres c'est qu'il est persuadé que les établissements scolaires constituent un véritable terreau ou vivier pour former les citoyens de demain, pleinement conscients des devoirs civiques qui leur incombent.
Un débat passionnant, ponctué de lecture d'extraits des œuvres de l'invité lus par les étudiants, s'est ensuite engagé avec le jeune auditoire sur la relation entre la littérature et les sciences, le rôle de l'écriture, la littérature marocaine d'expression française. En pédagogue racé Moha Souag a su répondre aux questions en trouvant à chaque fois les termes appropriés, précis et percutants. Ainsi, notre invité a-t-il signalé que la littérature et la science aussi antinomiques qu'on le prétend, mais plutôt interdépendantes, si bien que l'une doit être au service de l'autre, comme l'ont si bien montré les grands écrivains Zola, Balzac, Flaubert, qui ont dû faire des recherches scientifiques avant d'écrire certains romans, pour ne pas faire tenir des discours incongrus aux personnages des médecin, astronome, physicien...En outre, ce qui prouve bien cette corrélation ,c'est que d'éminents écrivains étaient aussi des scientifiques. On peut citer à cet égard Omar al Khayyam,grand poète persan, auteur des célèbres quatrains, qui était aussi mathématicien et astronome, Alain Robbe-Grillet l'écrivain ingénieur agronome, ou nos célèbres écrivains marocains Driss Chraibi, parti en France pour faire des études de chimie, Ghita Al Khayat l'écrivaine psychanalyste, le regretté Mohamed Leftah, informaticien ou encore Fouad Laroui, professeur émérite d'économie à l'université d'Amsterdam. Aussi convient-il d'éviter cette dichotomie fallacieuse entre la science et la littérature, en introduisant au programme des facultés scientifiques des œuvres littéraires ou au moins des extraits insérés dans les manuels actuels qui regroupent des articles de presse et évacuent le texte littéraire, lequel recèle néanmoins des richesses linguistiques inouïes.
Moha Souag aborde ensuite la question relative à la problématique de l'écriture, qui s'avère d'abord un moyen idoine de flatter son égo, s'épancher et surtout de dénoncer les travers de la société. En effet, le dernier roman de Souag » Un barrage de sucre », est un bel exemple à cet égard. En dépit de son laconisme, il dévoile tous les maux qui rongent notre société, tant il est vrai que les mots fonctionnent chez notre écrivain comme des images éloquentes, propres à montrer les déboires de la jeunesse à travers son personnage principal Karim Bella, ancien militant de l'UNEM et brillant ingénieur dont on a voulu briser l'élan en l'affectant à Ksar Souk, où l'appareil du makhzen le mettra aux prises avec les potentats véreux de la ville, rompus aux arcanes de la corruption, la fraude électorale, la répression, la concussion, le stupre et le népotisme. En somme, l'écriture s'avère un souverain remède contre l'hostilité du monde et la médiocrité des hommes, qui préconisent la philosophie de la misère ou la misère de la philosophie, en prétendant que la littérature est un luxe superfétatoire.
Au demeurant, l'écrivain est la mémoire de sa cité et le garant du patrimoine. En effet, Moha Souag situe ses textes dans sa ville natale d'Errachidia, dont il dévoile les richesses de la littérature orale en particulier le conte berbère.il s'agit d'un effort méritoire de raffinement de la langue qui , de nos jours, tombe hélas en déliquescence, comme l'a si bien affirmé le poète du jazal marocain Mohamed Rachek dans son poème « Murmure d'un artiste » :
Mon médecin me dit que mon cœur s'écœure et
Mes oreilles sont agacées par le langage populacier.
Par ailleurs, Moha Souag rappelle aux étudiants que l'écriture peut fonctionner comme une thérapie, un bel exutoire, pour les opprimés auxquels il fait allusion dans ce poème :
Je veux écrire mon poème
sur la chair de tous ceux qui ont perdu la parole
chez le marchand de mots
combien coûtent les mots
combien en voulez-vous
une livre
de maux
j'en achète pour mon malheur et le vôtre
puisque nous sommes frères dans la détresse
je vous livre votre part et j'en prends un peu
pour parler d'un tas de petits rêves qui grouillent dans ma tête
En fin de compte, Souag aborde la question de la littérature marocaine face à l'universalité, en soulignant que s'il est vrai que presque toutes ses œuvres se situent à Errachidia, il n'en demeure pas moins qu'elles traitent de problèmes universels, loin de tout folklorisme et éthnographisme suranné. Ainsi, la prévarication, l'oppression et la cupidité ne sont-elles pas spécifiques au Maroc, elles relèvent plutôt de la condition humaine. Les écrivains de renom mondial tels que Joyce, Steinbek, Tolstoi, Borgès, Mahfoud, Proust, Faulkner... ont situé leurs romans dans leurs villes natales, sans que cela les empêchent d'atteindre à l'universel.
Somme toute, cette rencontre animée par Moha Souag avec les étudiants de la fac des sciences de Rabat, est un bel exemple de civisme. Elle a permis au jeune auditoire (Rihab,Toussad, Fatine, Hanae, Brahim, Otmane, Mohamed, Rayia, Houmane ...) de connaître un écrivain prolifique et polygraphe, doublé d'un pédagogue racé, qui continuera de nous surprendre par la publication prochaine d'un roman historique relatif à Ibn Toumart, fondateur berbère de la dynastie des Almohades au XIè siècle.


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