Inondations au Maroc : une aide directe de 6000 DH accordée aux familles sinistrées    Quand l'Etat tient et que l'exécutif révèle ses angles morts    Comme en 2024, Rome écarte le Polisario du sommet Italie–Afrique    Sahara marocain : José Manuel Albares interpelle le Parti populaire sur son double discours    S.M. le Roi reçoit le président du Conseil d'Administration du Groupe Safran    Maroc Telecom 2025 : Entre résilience financière et innovation technologique    Quand le temps long gouverne : La CDG, pilier discret du Maroc qui dure    Khartoum retrouve sa place à l'IGAD    Retaillau se lance dans la course à l'Elysée 2027... le « tombeur du régime algérien » affiche un soutien ferme à la souveraineté marocaine sur le Sahara    UE : Vers l'éradication de la pauvreté d'ici à 2035    Intempéries en France: Un mort, 900.000 foyers privés d'électricité et trafic ferroviaire perturbé    L'armée américaine annonce son retrait de la base militaire d'al-Tanf, laissant le contrôle à l'armée syrienne    Vers une "Casa propre" : le Conseil de Casablanca adopte à l'unanimité le nouveau cahier des charges de la propreté    Mondial 2026 : L'ambassade du Maroc à Washington lance un guide pour les Marocains    CAN 2025 : Quand le Maroc transforme la sécurité en soft power stratégique    Cinq stades marocains en lice pour le « Stadium of the Year 2025 »    Températures prévues pour le samedi 14 février 2026    Transhumance pastorale au Maroc : Défis climatiques et conflits d'usage    Cambridge restitue 116 trésors du Bénin au Nigeria    Le Marocain secouru par un navire écossais tentait de rallier Ceuta    Bahreïn exprime sa solidarité avec le Maroc après les inondations    Espagne : Murcie secouée par une affaire de séquestration d'une Marocaine    GenZ in Morocco: Zineb El Kharroubi's trial set for February 26 in Casablanca    Morocco's ancient Igoudar at risk as severe weather worsens damage    Murcia se ve sacudida por un caso de secuestro de una marroquí    Rabat et Amman scellent un accord de jumelage et de coopération    Ramadan sur Tamazight : La fiction et le documentaire s'invitent sur la chaîne amazighe    Bryan Adams se produit au Maroc avec «The Bare Bones Show»    Croissance de 11 % du financement des petites et micro-entreprises en Chine en 2025    Yassir Zabiri attendu pour ses débuts en Ligue 1 face à Achraf Hakimi    Girona : Azzedine Ounahi de retour avant le choc face au FC Barcelone    Achraf Hakimi de retour : l'heure de la relance face à Rennes    Forum économique maroco-croate : vers des partenariats stratégiques multisectoriels et transméditerranéens    Revue de presse de ce vendredi 13 février 2026    Moroccan–Croatian Economic Forum Lays the Groundwork for Strategic Multi-Sector and Trans-Mediterranean Partnerships    Abus de marché : L'AMMC publie un guide sur la prévention et la répression pour consultation publique    Maroc Telecom : Le RNPG culmine à près de 7 MMDH en 2025    Info en images. UNESCO : «L'artisanat marocain» célébré à Paris comme patrimoine vivant «en mouvement»    Intempéries : Programme d'aide de 3 milliards de dirhams sur Hautes Instructions Royales    Bulletin d'alerte : fortes pluies orageuses, neige et rafales de vent vendredi et samedi    Maroc : Un séisme d'une magnitude de 3,7 près de Setti Fadma    Intempéries : Ouverture de 124 sur 168 tronçons routiers endommagés    CAN 2028 : La FRMF entretient le mystère sur une éventuelle candidature du Maroc    Berlinale 2026 : Le cinéma marocain sous les projecteurs à l'European Film Market    Une chanteuse namibienne entre dans le catalogue mondial de Sony Music    Trafic record à l'aéroport de Dubaï en 2025, avec 95,2 millions de passagers    UNESCO : « L'artisanat marocain » célébré à Paris comme patrimoine vivant « en mouvement »    Dakar Restaurant Week 2026 : la capitale sénégalaise célèbre la gastronomie    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



Fikra #10 : Les Marocains placeront-ils bientôt leurs parents en maison de retraite ?
Publié dans Yabiladi le 30 - 03 - 2019

Les devoirs des enfants envers leurs parents âgés restent intacts dans la mentalité des Marocains bien qu'ils adoptent un mode de vie de plus en plus contradictoire, révèlent les sociologues Jean-Noël Ferrié et Saadia Radi. Selon eux, le Maroc est dans le déni de cette évolution et risque de découvrir trop tard le besoin urgent d'une prise en charge publique.
La piété filiale est certainement l'une des valeurs les plus fortes au Maroc. Elle est souvent brandie avec fierté devant les images honteuses des mauvais traitements infligés aux personnes âgées dans les maisons de retraite en Europe. Elle pourrait cependant ne pas suffire à protéger le Maroc de ces errances.
Jean Noël Ferrié et Saadia Radi, chercheurs à l'Université Internationale de Rabat, ont étudié le rapport entre le discours moral des enfants et des parents âgés appartenant à la petite classe moyenne par rapport à leurs actes et à leur mode de vie. Dans leur article «Entre deux modèles : les devoirs vis-à-vis des personnes âgées au Maroc», paru en 2019, ils notent des contradictions et des arrangements mais surtout le dangereux déni dans lesquels ceux-ci s'opèrent.
Le déni...
Pendant leur enquête, ils ont découverts que beaucoup de parents âgés vivaient seuls dans leur maison grâce au soutien financier, matériel et logistique de leurs nombreux enfants. Lorsque les parents vivaient avec l'un de leurs enfants, c'était uniquement avec celui de la fratrie qui avait le moins réussi. Surtout, ce dernier restait vivre avec ses parents dans la maison familiale : il n'accueillait pas ses parents dans sa propre maison.
«Si les enfants ne cessaient d'exprimer leur piété filiale, faisant, notamment, référence aux hadiths et au Coran, [dans les faits, ndlr] les modalités de mise en œuvre de cette piété apparaissent décalées, puisqu'elles organisent bien plus la distance que le rapprochement.»
Jean Noël Ferrié et Saadia Radi
Les enfants ont ainsi eu tendance à souligner qu'ils se comportaient conformément à leur obligations morales en appelant régulièrement leurs parents, en leur rendant visite, en leur donnant de l'argent… Aucun, cependant, soulignent les chercheurs, n'a envisagé le fait de les accueillir chez lui, dans sa propre maisonnée.
Dans ce contexte, l'aide et le soutien accordés aux parents sonnent comme des sacrifices, des efforts. Un constat particulièrement manifeste lorsque les enfants parlent des visites plus ou moins longues que leurs parents peuvent leur rendre. Sans jamais critiquer directement celles-ci, les enfants manifestent tout au long de leur récit le dérangement de leur existence causée par cette visite.
«Aucun des enfants ne soutenait que la vie avec les parents fût une charge et la tranquillité de leur vie familiale ce qui compte le plus [mais] tous se comportaient suivant cette idée. […] Cette attitude avait l'avantage de concilier la norme [morale] et les faits, puisque les [enfants] exprimaient, ce faisant, les efforts découlant de leur piété filiale et montraient ainsi la robustesse de celle-ci.»
Dar Ajazzaà Moulay Idriss Zerhoune - Ph. Yabiladi.comDar Ajazza à Moulay Idriss Zerhoune - Ph. Yabiladi.com
Les maisons de retraites ?
Prolongeant leur enquête jusque dans un Centre de personnes âgées géré par une «Association musulmane de bienfaisance», à Khénifra, les deux chercheurs ont entendu au sein du personnel exactement le même discours. Les soignants expliquaient la solitude des parents par des enfants ingrats ou l'absence des enfants par la méchanceté des parents. De fait, le fonctionnement même du Centre confirmait l'idée que la solidarité collective n'intervenait qu'en l'absence de la solidarité familiale intergénérationnelle : une enquête était toujours menée, avant d'accepter un nouveau résidant, pour savoir s'il n'avait vraiment aucun enfant pour s'occuper de lui.
«Il en découle, notamment, que l'établissement est conçu comme traitant l'exception, le dysfonctionnement du lien social normal.»
Jean Noël Ferrié et Saadia Radi
Pour les deux chercheurs, le déni manifeste des changements qui commencent à s'opérer dans la société marocaine – déjà, les enfants préfèrent ne pas vivre avec leurs parents – peut être très dangereux car il exonère l'Etat de toute responsabilité. Puisque la prise en charge des personnes âgées est encore moralement et majoritairement de la responsabilité des familles, l'Etat n'a pas à s'en charger.
«En termes d'action gouvernementale, ceci veut dire que les gouvernants gagnent du temps.»
Jean Noël Ferrié et Saadia Radi
Pour les auteurs, en effet, l'évolution des modes de vie actuels pourrait se poursuivre et les futures personnes âgées n'auront peut être pas plaisir à aller vivre chez leurs enfants, sans compter qu'avec deux enfants ou trois par couple, la charge pour ces derniers sera considérable.
«Le discours du "mes-parents-avant-tout" a ainsi, malgré sa consistance (et à cause d'elle), toutes les apparences d'un leurre, donnant l'illusion que l'action publique peut attendre.»
Jean Noël Ferrié et Saadia Radi
Citation du roi Hassan II / Ph. BehanceCitation du roi Hassan II / Ph. Behance
La revue
La revue Gérontologie et Société a été fondée par la Fondation Nationale française de Gérontologie en 1972. En 2015, l'édition de la revue a été reprise par la Caisse nationale d'assurance vieillesse en France. Elle cherche à assurer à ses lecteurs des textes solidement ancrés dans leur champ professionnel ou disciplinaire mais accessibles également à des non-spécialistes permettant l'entretien du dialogue entre la décision politique, managériale ou professionnelle et la recherche.
Les auteurs
Jean-Noël Ferrié
Politiste et sociologue français, il a d'abord été enseignant chercheur au Caire, en Egypte en 1998, avant de devenir brièvement attaché de coopération près de l'ambassade de France à Kaboul, pour finalement rejoindre le Maroc en 2010. Directeur de recherche au CNRS, en France, il dirige aujourd'hui Science Po Rabat au sein de l'Université internationale de Rabat. Ses travaux ont d'abord porté sur les systèmes politiques et leurs emprunts à l'islam en Afrique du Nord. Ils se tournent aujourd'hui plus vers l'étude des comportements collectifs et des politiques publiques au Maroc, notamment en termes de santé publique.
Saadia Radi
Anthropologue, Saadia Radi est aujourd'hui chercheuse associée à Université internationale de Rabat. Marocaine, elle a poursuivi, comme Jean Noël Ferrié ses recherches en Egypte avant de revenir au Maroc. Elle travaille sur le secteur de la Santé et ses liens, notamment, avec les croyances et le religieux.


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.