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Le Premier ministre perd sa majorité absolue au Sénat
Publié dans Albayane le 20 - 01 - 2021

Lâché en pleine pandémie de Covid-19 par Matteo Renzi et ses ministres, le Premier ministre italien Giuseppe Conte a remporté sur le fil mardi un vote de confiance crucial au Sénat mais son gouvernement de coalition, privé de majorité absolue, en ressort très affaibli.
Conte s'est assuré 156 voix contre 140 à la chambre haute où la majorité absolue est de 161 sièges. 16 élus Viva Italia (IV), le parti de l'ancien Premier ministre Matteo Renzi.
Quelques non-inscrits, mais également deux sénateurs du parti de droite Forza Italia et un sénateur IV, ont permis de compenser une partie de ces défections.
Giuseppe Conte, un professeur de droit qui ne s'est lui-même jamais frotté au suffrage universel, avait franchi lundi une première étape en obtenant la confiance à la Chambre des députés, où les deux piliers de sa coalition, le Parti démocrate (PD, centre-gauche) et le Mouvement 5 Etoiles (M5S, antisystème), disposent de la majorité.
Lors de son discours au Sénat, il a déclaré souhaiter « seulement des pro-européens dans la majorité », disant « non aux nationalistes et à ceux qui ont des aspirations souverainistes ».
Un appel à la mobilisation des sénateurs de gauche face au spectre de législatives anticipées qui, selon les sondages, offriraient un boulevard à l'alliance entre la droite de Silvio Berlusconi (Forza Italia) et l'extrême droite de Matteo Salvini (Lega) et Georgia Meloni (Fratelli d'Italia).
Convaincues que Giuseppe Conte ne pourra pas gouverner longtemps avec une majorité relative aussi étriquée, les trois formations d'opposition ont fait savoir mardi qu'elles étaient « au travail pour construire l'alternative ».
Après les votes successifs dans les deux chambres, l'avenir de Conte à la tête de l'exécutif n'est pas menacé à court terme. L'Italie est rompue aux gouvernements faibles ou minoritaires. Depuis 1946, le pays a connu 29 Premiers ministres et 66 gouvernements. Giuseppe Conte lui-même a gouverné avec le M5S et la Lega entre juin 2018 et septembre 2019, avant de former une nouvelle équipe avec le M5S, le PD et IV.
Mais sa marge de manoeuvre risque d'être singulièrement réduite alors que l'Italie affronte sa plus grave récession économique depuis l'après-guerre, conséquence de la pandémie qui a fait plus de 83.000 morts dans la péninsule.
« Le Covid est un ouragan qui est train de bouleverser notre société », a-t-il mis en garde devant les sénateurs, ajoutant: « Une crise gouvernementale met le futur de nos enfants en péril ».
Pour l'analyste Wolfgango Piccoli, du cabinet Teneo, la position de Conte est désormais « extrêmement précaire » et son gouvernement « susceptible de tomber dès le premier vote qui le diviserait dans les prochains mois ».
La crise politique en cours a été provoquée par le départ du gouvernement de deux ministres et un secrétaire d'Etat d'Italia Viva.
Matteo Renzi reproche notamment à Conte la teneur du programme de relance de 222,9 milliards d'euros tirés du méga-plan de 750 milliards d'euros adopté à l'été 2020 par les dirigeants européens et dont l'Italie est la principale bénéficiaire.
La double crise sanitaire et économique « a besoin d'un gouvernement plus fort (…). C'est le moment ou jamais, l'avenir se joue maintenant, pas dans trois mois », a lancé le tempétueux Toscan à la tribune du Sénat.
Matteo Renzi accuse Giuseppe Conte de s'aligner sur le M5S et de « dilapider l'argent public » en accordant des rabais fiscaux et aides d'urgence au lieu de profiter de la manne européenne pour investir et réformer structurellement. Il demande aussi le recours au Mécanisme européen de stabilité (MES), fonds destiné aux pays de la zone euro en difficulté.
Des analystes le soupçonnent de vouloir reprendre la lumière médiatique, son parti, crédité de moins de 3% d'intentions de vote, risquant de sortir exsangue de législatives anticipées.
Mais au Sénat, le « Tony Blair italien », qui avait fait rêver le centre-gauche européen en remportant plus de 40% des voix lors des élections européennes en 2014, a justifié ainsi la démission de ses ministres: « elles ont lâché un maroquin pour des idées ».


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