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Stratégies anticrise : A-t-on pensé à tout le monde ?
Publié dans Finances news le 12 - 06 - 2009

* Le plan d’urgence qui cible des secteurs prioritaires semble ignorer d’autres à forte valeur ajoutée qui, d’après leurs représentants, commencent à ressentir les effets de la crise.
* Malgré des intentions gouvernementales louables, beaucoup de professionnels déplorent la difficulté d’accéder aux avantages prévus dans le plan d’urgence.
* Les nouveaux efforts promotionnels devraient plutôt aller de pair avec la sauvegarde et la valorisation des secteurs porteurs.
E n minimisant les impacts sur notre économie d’une crise financière aussi importante, les pouvoirs publics ont été pris de court. Le temps qu’ils prennent conscience que, par un effet de contagion, des secteurs stratégiques allaient être affectés, la crise s’est bel et bien installée. Et c’est un peu dans la précipitation qu’un programme d’urgence a été présenté, un peu tardivement selon certains, et incomplet selon d’autres. En effet, si la date reconnue mondialement de l’éclatement de cette crise est septembre 2008, il nous a fallu attendre plusieurs mois avant que les axes de la stratégie d’urgence soient in fine dévoilés au mois de février dernier.
Le Maroc a-t-il trop attendu ? «Non, il s’est obstiné dans cette idée de se voir épargné par la crise, mais a fini par réagir. Certes, un peu tardivement mais pas trop tard. Cela dit, les mesures d’urgence sont loin d’être parfaites puisque certains secteurs n’y voient pas une réponse adéquate à leurs besoins», explique le patron d’une unité plasturgique. Une industrie transversale qui concerne plusieurs secteurs à la fois. La plasturgie touche le BTP, le médical, l’automobile, l’emballage… Et donc nécessairement les secteurs qui ont été touchés par la crise internationale impactent d’une manière ou d’une autre l’industrie de la plasturgie.
En effet, des secteurs ont vite senti la crise, d’autres ne se sont sentis concernés que plusieurs mois plus tard. Au Maroc, à l’instar d’autres pays, les industries qui ont été touchées dans un premier temps par les soubresauts de la crise financière sont essentiellement le textile-habillement, les composants automobiles et le cuir. Les unités prises séparément ont mis en place des plans stratégiques afin de minimiser les dégâts d’une faible demande étrangère, mais qui, au demeurant, sont restés sans grande portée.
Parmi les mesures du programme d’urgence peaufiné par le gouvernement, on peut citer, en premier, celle à caractère social qui porte sur la prise en charge par l’Etat de 100% des cotisations sociales à la CNSS (correspondant à la part patronale) pour les entreprises exportatrices des secteurs concernés. Cette mesure a pour leitmotiv de préserver l’emploi dans un contexte où les licenciements sont devenus le mot d’ordre.
Le second volet concerne le soutien financier. Il se résume en deux dispositifs : un fonds de garantie en vertu duquel l’Etat se portera garant vis-à-vis des banques, à travers la CCG, à hauteur de 65% des crédits d’exploitation pour le financement du besoin en fonds de roulement, avec un plafond de 9 MDH. Le second mécanisme concerne le report par les banques des échéances des crédits à moyen et long termes au profit des entreprises en difficulté.
Le troisième volet relatif à l’appui commercial à l’export a été décliné en mai après plusieurs mois d’attente. Il englobe 7 sous-mesures dont la majorité est en relation avec l’assurance export. La société marocaine d’assurance à l’export a ainsi décidé de réduire de 3 à 1% la prime de l’assurance foire tandis que l’assurance prospection augmentera de 50 à 80% la quotité garantie de cette même assurance et réduira également la prime de l’assurance crédit commercial à 0,3%. Dès le départ, les avis étaient mitigés sur la portée d’un tel programme. Certains ont applaudi les mesures contenues dans ledit programme; d’aucuns estiment que ce n’est pas suffisant et d’autres, par contre, prétendent que les critères exigés sont drastiques essentiellement dans un contexte de morosité.
«Le gouvernement avait, pendant un certain moment, fait la sourde oreille parce que, selon lui, ledit programme était destiné exclusivement aux entreprises éprouvant des difficultés en lien direct avec la crise internationale», souligne un membre de la CGEM. Ceci laisse entendre que les entreprises qui ne se portaient pas bien avant le déclenchement de la crise ne devaient pas compter sur le programme d’urgence.
«Nous déplorons également que l’accès à ces avantages soit sanctionné par des conditions assez difficiles à remplir en temps de crise», conclut-t-il.
D’autres secteurs mis à mal
Par ailleurs, ce programme n’a pas laissé insensibles certains secteurs qui n’ont pas été concernés par le programme d’urgence et qui ressentent également les effets de la crise, tels que la pêche, le BTP et dans une moindre mesure, la pharmacie. Pourquoi les pouvoirs publics n’ont-ils rien prévu pour des secteurs qui ont leur poids dans l’économie nationale ? Comme l’a expliqué
H. El Malki à l’occasion d’un séminaire sur les enjeux du programme d’urgence, «c’est un plan d’urgence qui est fondamentalement conjoncturel et très limité. Il concerne trois secteurs. C’est aussi un plan qui a le mérite d’exister mais il ne répond pas aux interrogations de plus en plus soulevées par un grand nombre d’opérateurs économiques».
Même son de cloche du côté d’un autre entrepreneur qui déplore que ces mesures conjoncturelles ne prennent pas en considération les problèmes structurels dans lesquels «pataugent» les secteurs concernés.
Quelques mois après le programme d’urgence, les pouvoirs publics ont remarqué que la balance commerciale n’avait pas cessé de se détériorer. En vue d’y remédier, un plan national pour le développement et la promotion des exportations a ainsi vu le jour. Il s’agit de «Maroc Export Plus». Ce programme, attendu depuis la nomination du gouvernement El Fassi, a enfin vu le jour en mai dernier se mettant, lui aussi, au goût du jour. Puisqu’il s’étend sur le long terme tout en prévoyant également des mesures d’urgence. Le principe est le suivant : les engagements internationaux et les options libérales choisies par notre pays ne nous permettent pas d’agir sur notre balance commerciale sans une politique agressive de développement des exportations. Maroc Export Plus cherche ainsi à définir une feuille de route pour canaliser l’effort public en matière de promotion des exportations, essentiellement en faveur des secteurs prioritaires et dans les principaux marchés identifiés. Cette stratégie se propose de tripler les exportations de biens et services hors phosphates et dérivés en
10 ans entre 2008 et 2018, avec un doublement à l’horizon 2015. Toujours est-il que les secteurs ciblés sont essentiellement les mêmes que ceux du programme d’urgence concocté en février dernier. Il s’agit, selon les dires de S. Benabdallah, Directeur du CMPE, de secteurs qui présentent un fort potentiel à l’export.
Une initiative de promotion louable, mais encore faut-il préserver le nerf de la guerre qu’est l’industrie nationale !


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