À l'approche des prochaines échéances électorales, la question de la fiabilité des listes électorales s'impose comme un enjeu central du débat institutionnel. Devant la Chambre des conseillers, ce mardi, le ministre de l'Intérieur, Abdelouafi Laftit, a livré un état des lieux détaillé de l'opération de révision annuelle des listes électorales générales, mettant en avant l'ampleur du travail d'assainissement engagé par son département. Selon les données communiquées, le nombre total provisoire des personnes inscrites sur les listes électorales s'élève, à ce stade de la révision, à 16,5 millions d'électeurs, dont 54 % d'hommes et 46 % de femmes. Ce chiffre est le résultat d'une opération de mise à jour approfondie ayant conduit à la radiation de 1,4 million d'inscriptions, principalement en raison de la non-satisfaction de la condition de résidence effective dans la commune ou l'arrondissement, mais aussi de cas de double inscription, de décès ou de perte de la capacité électorale. Dans le même temps, le ministre a fait état de 382.170 nouvelles inscriptions, enregistrées au cours de cette révision annuelle. Parmi elles, 254.740 ont été effectuées via la plateforme électronique dédiée aux listes électorales, tandis que 127.430 inscriptions ont été déposées sous forme de demandes écrites auprès des bureaux administratifs. Soucieuses de préserver les droits des électeurs déjà inscrits, les autorités ont, selon le ministre, fait preuve d'une vigilance accrue dans les opérations de radiation. « La radiation d'une personne absente du territoire d'une commune ou d'un arrondissement n'intervient qu'après confirmation de son départ effectif », a-t-il souligné, insistant sur le caractère encadré et vérifié de ces décisions. L'opération d'assainissement des listes a ainsi permis d'identifier 1,4 million de situations irrégulières, l'absence de résidence effective arrivant en tête des motifs de radiation, suivie par les cas de double inscription, de décès et de perte de la capacité électorale. À l'échelle nationale, la répartition provisoire du corps électoral fait apparaître une prédominance du milieu urbain, qui concentre 55 % des inscrits, contre 45 % pour le monde rural. Dans ce contexte, Abdelouafi Laftit a réaffirmé l'engagement du ministère de l'Intérieur, en coordination avec les dirigeants des partis politiques, à garantir la réussite du processus d'inscription sur les listes électorales. Il a annoncé qu'un arrêté ministériel sera pris afin de fixer le calendrier d'une seconde opération exceptionnelle d'inscription, destinée à élargir davantage la base électorale. Pour le ministre, l'enjeu dépasse la seule dimension technique. « L'importance de la question du corps électoral s'accentue à l'approche des préparatifs de terrain liés aux prochaines élections législatives de la Chambre des représentants », a-t-il déclaré, estimant que la constitution d'un corps électoral fiable constitue « l'un des paris majeurs d'une préparation réussie des élections ». La conformité des listes électorales à la réalité du corps électoral national apparaît, selon lui, comme une condition essentielle à l'organisation d'un scrutin transparent et crédible, mais aussi à l'atteinte d'un taux de participation jugé acceptable. Le défi, a-t-il insisté, réside aujourd'hui dans l'élimination de l'ensemble des anomalies susceptibles d'altérer la sincérité des listes. Cette question figure d'ailleurs au cœur des concertations politiques en cours autour de l'élaboration du cadre juridique encadrant les élections législatives prévues en 2026, menées avec les chefs des partis politiques. Le ministre a rappelé que son département s'est engagé à revoir les listes électorales et à prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer le succès de la révision exceptionnelle précédant le scrutin. Sur le plan technique, les services du ministère de l'Intérieur ont procédé à un traitement informatique approfondi des listes électorales au niveau du système d'information central. Ce travail a mobilisé plusieurs bases de données, permettant d'identifier les situations susceptibles de constituer des dysfonctionnements potentiels. Ces anomalies concernent majoritairement des personnes ayant changé de lieu de résidence effective, que ce soit d'une commune à une autre ou d'un arrondissement à un autre, qu'elles aient ou non introduit une demande d'inscription dans leur nouveau lieu de résidence. Selon le ministre, ces situations sont largement liées à la mobilité résidentielle continue, aux opérations de relogement des habitants des bidonvilles, à la restructuration de certains quartiers, ainsi qu'à l'émergence de nouveaux pôles résidentiels dans plusieurs régions du pays. D'autres irrégularités ont également été relevées, notamment des erreurs matérielles dans les noms des inscrits, des incohérences dans les données figurant sur la carte nationale d'identité, ou encore des cas de décès enregistrés les années précédentes mais non signalés aux commissions administratives compétentes. Enfin, le ministre a indiqué que certaines situations concernaient des personnes ayant perdu leur capacité électorale en raison d'un empêchement légal ou judiciaire. Une fois ces cas recensés, ils ont été transmis aux autorités locales compétentes afin de procéder à leur vérification sur la base des données de terrain, avant leur examen par les commissions administratives habilitées à statuer.