Alors que le Maroc a multiplié les investissements dans le solaire et l'éolien, un nouveau goulot d'étranglement apparaît : celui des infrastructures de transport d'électricité. Selon un rapport de la Germany Trade & Invest (GTAI), la réussite de la transition énergétique du Royaume dépend désormais moins de la production que de la capacité du réseau à absorber et acheminer l'électricité verte. Le Maroc a réussi, en l'espace d'une décennie, à se positionner comme l'un des pays africains les plus avancés en matière d'énergies renouvelables. Parcs solaires de grande capacité, montée en puissance de l'éolien terrestre, diversification du mix énergétique : les capacités de production ne constituent plus le principal frein. Selon le rapport Außenwirtschaft aktuell de la Germany Trade & Invest, la contrainte s'est déplacée vers les réseaux électriques, devenus un enjeu central de la transition énergétique marocaine. D'après ce document, l'essor rapide des capacités solaires et éoliennes met sous pression un réseau historiquement conçu pour des flux plus limités et plus centralisés. Le déséquilibre géographique est particulièrement marqué : la majorité des nouvelles capacités renouvelables se concentre dans le sud du pays, tandis que les principaux bassins de consommation restent situés au centre et au nord. Cette configuration génère des risques de saturation, susceptibles de limiter l'intégration effective de l'électricité verte dans le système national. Pour y faire face, le rapport souligne le lancement de projets structurants de très grande envergure. Parmi eux figure la construction d'une ligne ultra-haute tension d'environ 1.000 kilomètres entre Boujdour et Tensift, dont la mise en service est prévue à l'horizon 2028. À cela s'ajoute une "autoroute électrique" de près de 1.400 kilomètres reliant Laâyoune à Casablanca, portée par un consortium germano-arabe, destinée à sécuriser et fluidifier les flux d'électricité à l'échelle nationale, selon le rapport de la GTAI. Au-delà des lignes de transport, le document insiste sur la nécessité d'une modernisation qualitative des réseaux. La transition énergétique marocaine implique le déploiement de réseaux intelligents (smart grids), capables de gérer l'intermittence des énergies renouvelables, d'optimiser la distribution et de renforcer la stabilité du système. Le stockage par batteries et les technologies de stabilisation du réseau sont également identifiés comme des priorités pour accompagner la montée en puissance des renouvelables, d'après le rapport. Sur le plan financier, la GTAI met en avant un soutien européen conséquent. La Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), la Banque européenne d'investissement (BEI) et la KfW mobilisent ensemble plusieurs centaines de millions d'euros pour appuyer l'extension et la modernisation des infrastructures électriques marocaines. En parallèle, l'Office national de l'électricité et de l'eau potable (ONEE) a adopté un plan d'investissement 2025–2030 estimé à environ 22 milliards d'euros, dont près de 18 milliards dédiés au seul secteur électrique, incluant réseaux, stockage et technologies de stabilisation, selon ce rapport. Enfin, le document adopte une lecture résolument économique. Il présente le Maroc comme un marché à fort potentiel pour les entreprises internationales, notamment européennes et allemandes, dans les domaines des équipements électriques, de l'ingénierie, des services EPC, du conseil et des solutions numériques appliquées aux réseaux. Selon la Germany Trade & Invest, la réussite de la transition énergétique marocaine passera désormais par la capacité à transformer le réseau électrique en véritable colonne vertébrale de la croissance verte du Royaume.