Dans un entretien accordé à l'agence russe RIA Novosti, l'ambassadeur de Russie à Rabat, Vladimir Baïbakov, revient en détail sur l'état des relations économiques entre Moscou et Rabat, sur l'impact des sanctions occidentales et sur les perspectives de coopération dans plusieurs secteurs clés. Le diplomate assure que les échanges bilatéraux se maintiennent autour de 2 milliards de dollars, malgré un contexte international qu'il juge plus contraignant. Le commerce bilatéral entre la Russie et le Maroc se maintient, selon l'ambassadeur, à environ deux milliards de dollars. Un niveau qu'il qualifie de stable malgré les tensions géopolitiques et les restrictions financières visant Moscou. Si les sanctions compliquent certains circuits de paiement et de logistique, elles n'ont pas provoqué, d'après lui, de rupture des échanges. Dans un contexte international marqué par les sanctions, Vladimir Baïbakov considère que la Russie évolue dans un environnement commercial plus contraint, y compris sur le marché marocain. Il évoque notamment une concurrence accrue dans certains segments stratégiques comme l'énergie. À titre d'exemple, il mentionne le charbon, estimant que les restrictions actuelles favorisent la redirection des flux vers d'autres fournisseurs. Malgré ces contraintes, l'ambassadeur insiste sur la capacité d'adaptation des deux partenaires. Des solutions seraient recherchées afin de préserver les échanges, notamment en matière de mécanismes de règlement. Si la question des paiements en monnaies nationales est évoquée, aucun dispositif précis n'est détaillé, mais le message est clair : Moscou et Rabat entendent maintenir leurs relations commerciales dans un esprit qualifié de stratégique. La structure des échanges met en évidence une complémentarité sectorielle. Le Maroc exporte vers la Russie principalement des fruits, des produits de la mer et du poisson. Les agrumes occupent une place particulière. Les mandarines marocaines, identifiées par le losange « Maroc », conservent une forte notoriété sur le marché russe, héritée de l'époque soviétique où elles constituaient un produit emblématique des fêtes de fin d'année. Selon l'ambassadeur, les volumes d'exportation d'agrumes progressent, notamment à l'approche des célébrations du Nouvel An et de Noël, période de forte demande en Russie. La concurrence reste présente, notamment face à l'Abkhazie, la Turquie et l'Égypte, mais la qualité des produits marocains et la reconnaissance de leur marque contribueraient au maintien de leurs parts de marché. Dans l'autre sens, la Russie exporte vers le Maroc des produits agricoles, des engrais, des aliments pour animaux, des médicaments, des équipements électriques ainsi que des solutions technologiques. Vladimir Baïbakov souligne l'intérêt marocain pour les technologies et les investissements russes dans des domaines tels que l'énergie, les infrastructures et l'agriculture, secteurs stratégiques pour le développement du Royaume. Au-delà de l'économie, l'ambassadeur insiste sur la stabilité du Maroc sous la conduite du roi Mohammed VI. Il met en avant plusieurs indicateurs, notamment le chiffre record de 20 millions de touristes accueillis l'an dernier, soit une progression de 14 % par rapport à 2024, pour une population d'environ 37 millions d'habitants. Ces données, selon lui, traduisent l'attractivité et la solidité institutionnelle du pays. Il souligne également le rôle du Maroc dans la sécurité régionale, en particulier dans la zone sahélo-saharienne, ainsi que sa contribution à la lutte contre le terrorisme, rappelant la présence sur son territoire du bureau régional du Bureau des Nations unies de lutte contre le terrorisme. Les manifestations évoquées ces derniers mois sont présentées comme limitées et traitées par le dialogue. Le volet sportif occupe aussi une place notable dans l'entretien. Le Maroc, qualifié de puissance footballistique montante, se prépare à coorganiser la Coupe du monde 2030 avec l'Espagne et le Portugal. L'ambassadeur estime qu'un match entre la sélection marocaine et la Russie constituerait une initiative intéressante pour renforcer les relations bilatérales, indépendamment des résultats sportifs. Il mentionne également l'ouverture, en janvier à Rabat, du plus grand complexe olympique de glace d'Afrique, conforme aux standards internationaux, signalant une opportunité de coopération dans les disciplines hivernales telles que le hockey ou le patinage artistique. Enfin, sur le plan touristique et culturel, Vladimir Baïbakov met en avant l'attrait croissant du Maroc auprès des voyageurs russes, recommandant Marrakech comme première étape. Il rappelle que l' nom espagnol Marruecos dérive de cette ville emblématique, devenue l'une des destinations les plus prisées du Royaume. Il évoque à ce titre un épisode artistique lié à Winston Churchill, dont la toile représentant le minaret de la Koutoubia, peinte en 1943, a été adjugée 12 millions de dollars à Londres après avoir appartenu à Brad Pitt.