Cette restitution fait suite à une demande officielle du Nigeria en 2022 et représente, selon Olugbile Holloway, directeur général de la Commission nationale des musées et monuments nigérians, une « restauration de la fierté et de la dignité perdues lors de leur dérobade ». Ces 116 trésors, communément appelés les « Bronzes du Bénin », avaient été saisis par l'armée britannique en 1897. Près de 129 ans plus tard, ils retrouveront leur place au musée et au Palais royal de l'Oba à Benin City, capitale de l'Etat d'Edo. Les artefacts, composés de bronzes, d'ivoire et de bois, seront en partie conservés pour la recherche et l'enseignement : 17 objets resteront sous forme de prêts, tandis que le musée d'anthropologie de Cambridge conservera environ 400 pièces supplémentaires du royaume du Bénin, selon TV5MONDE. Depuis une dizaine d'années, l'Europe a engagé un mouvement de restitution des trésors africains pillés, allant de gestes symboliques à des retours massifs, dans une dynamique de justice historique et de réappropriation culturelle. Ce mouvement a connu un tournant décisif avec le rapport Sarr-Savoy publié en 2018, intitulé «Rapport sur la restitution du patrimoine culturel africain : vers une nouvelle éthique relationnelle». Rédigé par l'économiste sénégalais Felwine Sarr et l'historienne de l'art française Bénédicte Savoy, il recommandait une restitution massive des œuvres africaines conservées dans les musées européens, en particulier celles acquises de manière illégitime durant la colonisation. Depuis, plusieurs pays ont procédé à des restitutions : en novembre 2021, 26 trésors royaux d'Abomey pillés en 1892 par la France sont revenus en République du Bénin. En 2022, l'Allemagne a pris l'engagement de restituer plus de 500 bronzes du Bénin à la suite d'une visite officielle au Nigeria, tandis que 168 objets resteront en prêt longue durée à Berlin, comme l'a précisé Hermann Parzinger, président de la Fondation du patrimoine prussien. La Belgique, les Pays-Bas et l'Autriche ont également annoncé des retours massifs d'œuvres, notamment un inventaire de 84 000 objets du musée de Tervueren, près de Bruxelles, destiné à la République démocratique du Congo, et plus de cent bronzes du Benin conservés au Wereldmuseum de Leyde, aux Pays-Bas. Le retour des trésors africains pose toutefois un défi majeur aux pays bénéficiaires : assurer leur préservation et leur conservation nécessite des infrastructures adaptées et un budget conséquent, souvent difficile à mobiliser. Dans ce contexte, la valorisation culturelle et économique de ces œuvres peut devenir un levier de développement, à condition qu'elle s'inscrive dans une stratégie durable. Le Nigeria et le Bénin sont souvent cités comme des modèles en Afrique pour leur gestion des restitutions. Le Musée de l'Epopée des Amazones et des Rois du Danxomè (Murad), dont l'inauguration est prévue en 2027 à Abomey, illustre cette approche proactive de conservation et de valorisation du patrimoine culturel.