La récente décision de Washington de désigner un chargé d'affaires à la tête de son ambassade en Algérie, plutôt que de nommer immédiatement un ambassadeur de plein exercice, intervient dans un contexte diplomatique régional particulièrement sensible. Pour le politologue et journaliste Mustapha Tossa, ce choix illustre la « méfiance » et la « défiance ». Décryptage. Mark Schapiro aurait été nommé chargé d'affaires à l'ambassade des États-Unis en Algérie. Le diplomate américaine n'en est pas à son premier mandat à Alger, puisqu'il a déjà travaillé à l'ambassade entre 2007 et 2009 et connait bien le pays. Avec ce choix technique, les Etats-Unis envoient un message fort, qui s'inscrit dans une logique de rapport de forces diplomatique, un levier de pression pour encadrer la relation. Pour Mustapha Tossa, « le niveau de relations entre les deux pays est teinté actuellement d'une méfiance et d'une défiance », d'où la non nomination d'un ambassadeur pour le moment. « Il y a actuellement de nombreux sujets de divergence entre les deux pays, notamment sur les questions qui touchent à la stabilité régionale, sur les questions de lutte contre le terrorisme et sur la question des relations avec des puissances comme la Russie », a-t-il déclaré. Selon le politologue, « le fait que Washington envoie Mark Shapiro comme chargé d'affaires au lieu d'un ambassadeur nous renseigne sur tout le travail qu'il reste à faire pour la diplomatie américaine pour convaincre le pouvoir algérien de faire les bons choix en termes de stabilité régionale et en termes d'alliances internationales ». La mission de Mark Shapiro tournera autour d'une mission: Faire passer des messages fermes de la part de l'administration de Donald Trump au pouvoir algérien pour les convaincre de faire les bons choix, estime-t-il. Et de soutenir que ces choix portent sur les « relations avec le voisinage, (le fait) de garantir la stabilité régionale et de faire le bon choix aussi en termes d'alliances internationales qui n'auront pas un impact négatif sur les intérêts américains dans la région ». Il s'agit aussi d'un signal diplomatique mesuré qui peut sembler indiquer une volonté d'adopter un profil plus technique et moins exposé politiquement dans une phase jugée sensible des relations bilatérales, surtout dans le contexte où les Etats-Unis se sont proposées comme médiateur entre les 4 parties au différend autour du Sahara marocain. Sous l'administration Trump, Washington a hissé le règlement du dossier du Sahara comme une priorité ultime. Déjà en 2020, le président américain avait reconnu la souveraineté du Maroc sur le Sahara. Pus tard, même si l'administration de Joe Biden a adopté un ton plus diplomatique, elle n'est pas revenue sur cette reconnaissance. Dans ce cadre, Washington œuvre à consolider sa position en exerçant une pression indirecte sur l'Algérie, principal soutien de la milice du polisario, afin de favoriser une solution politique compatible avec son positionnement et celui du Conseil de sécurité de l'ONU qui favorisent l'Initiative d'autonomie soumise par le Maroc en 2007, et développée depuis. L'Algérie est perçue par les Etats-Unis comme un acteur central et pas comme un observateur comme elle le prétend, en raison de son soutien politique, diplomatique et logistique au polisario, ainsi son rôle est prépondérant la résolution de ce différend régional. Il apparait que ce choix de nommer un chargé d'Affaires à Alger vient donner le ton de la relation entre les deux pays, en ce sens que si l'Algérie maintient une ligne ferme, cela provoquerait une tension directe avec les Etats-Unis. A cet égard, le fait de ne pas nommer immédiatement un ambassadeur de plein exercice, envoie un message fort, qui s'inscrit dans une logique de rapport de forces diplomatique, un levier de pression pour encadrer la relation. Pour l'Algérie, c'est un message qui peut être interprété comme un rappel que le règlement du dossier ne dépend pas uniquement de sa position.