La position adoptée par le Maroc face aux récentes frappes américaines et israéliennes visant l'Iran s'inscrit dans un contexte géopolitique plus large marqué par le conflit autour du Sahara, selon une analyse publiée par le quotidien espagnol El País. Le journal estime que l'attitude de Rabat s'explique en grande partie par les liens forts du Maroc avec les pays du Golfe, mais aussi les tensions persistantes avec Téhéran, accusé par le Royaume d'avoir soutenu et armé le pront polisario. Dans ce contexte, l'absence de condamnation marocaine des attaques visant l'Iran est interprétée comme la conséquence directe de la rupture des relations diplomatiques entre Rabat et Téhéran en 2018. À l'époque, le Maroc avait accusé l'Iran, via le mouvement Hezbollah, de fournir un soutien militaire au front polisario, notamment à travers la livraison d'armes sophistiquées. Selon l'analyse du média espagnol, cette situation contraste avec la position plus délicate de l'Algérie, qui se trouve aujourd'hui confrontée à des équilibres diplomatiques complexes. Alger, traditionnel soutien du polisario et partenaire stratégique de Téhéran, aurait ainsi évité toute condamnation directe des frappes contre l'Iran, dans un contexte marqué par des tentatives de rapprochement avec Washington. La position marocaine a été dite et réaffirmée à travers plusieurs canaux, allant des entretiens téléphoniques du Roi Mohammed VI avec les dirigeants des Etats du Golfe, au communiqué du ministère des Affaires étrangères qui a explicitement dénoncé les attaques iraniennes visant certains pays arabes, exprimant la solidarité du Royaume avec les États du Golfe face aux menaces sécuritaires régionales, en passant par l'intervention du ministre des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l'étranger, Nasser Bourita, lors de la session extraordinaire du Conseil des MAE de la Ligue arabe, où il a fermement souligné que la sécurité et la stabilité des pays arabes frères font « partie intégrante de la sécurité et de la stabilité du Royaume du Maroc ». Cette ligne diplomatique s'inscrit dans la continuité de la décision marocaine de rompre ses relations avec l'Iran il y a plusieurs années, Rabat accusant alors Téhéran d'avoir contribué à l'armement du polisario et d'avoir favorisé la présence de conseillers militaires liés au Hezbollah dans les camps de Tindouf, situés dans le sud-ouest de l'Algérie. Pour les autorités marocaines, ces éléments constituent un facteur déterminant dans l'analyse des dynamiques régionales et expliquent la fermeté du Royaume à l'égard de ce qu'il considère comme des ingérences iraniennes dans le dossier du Sahara. Le rapport espagnol évoque également les implications économiques de la crise actuelle dans la région du Moyen-Orient. Pour le Maroc, l'évolution du conflit pourrait avoir des conséquences sur les marchés énergétiques, notamment à travers une hausse des prix du pétrole et du gaz, susceptible d'alimenter les pressions inflationnistes. Les acteurs du secteur touristique suivent également avec attention l'évolution de la situation, alors que le Royaume ambitionne d'accueillir environ 22 millions de touristes en 2026. À l'inverse, l'Algérie, en tant que pays exportateur d'hydrocarbures, pourrait bénéficier d'une hausse des prix de l'énergie, ce qui expliquerait en partie l'approche prudente adoptée par Alger dans ce contexte. L'analyse espagnole souligne à cet égard que les équilibres diplomatiques autour du Sahara continuent de structurer les positions régionales. Elle rappelle que l'Algérie a accepté de participer à des discussions soutenues par les États-Unis, dans le cadre du processus politique encadré par la résolution 2797 du Conseil de sécurité des Nations unies. Ces consultations réunissent le Maroc, l'Algérie, la Mauritanie et le front polisario afin d'examiner les perspectives d'un règlement politique durable basé sur une solution réaliste et pragmatique. Dans ce contexte, Rabat continue de promouvoir son initiative d'autonomie comme base de règlement du différend, une proposition qui bénéficie du soutien de plusieurs partenaires internationaux, dont les États-Unis, qui ont reconnu en 2020 la souveraineté marocaine sur le Sahara.