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L'expérience qu'ils n'oublieront jamais
Publié dans La Vie éco le 17 - 02 - 2006


Marc Thépot DG d'Accor Maroc
«Une trahison qui m'a beaucoup aidé à gérer par la suite mes relations professionnelles»
«L'événement a eu lieu il y a plus de dix-sept ans, juste avant mon arrivée dans le groupe Accor. Mon ancien patron m'avait débauché d'une autre entreprise pour que je sois son numéro deux. Avec le temps, il s'est avéré qu'il était malhonnête. Il ne faisait pas ce qu'il disait, il centralisait au lieu de déléguer… Autant sur le plan managérial, il n'y avait rien à dire, autant sur le plan relationnel, il manquait de franchise et d'honnêteté.
Pourtant, j'avais beaucoup d'estime pour lui au départ. Mais le plus difficile a fini par arriver : lorsqu'il a voulu me remplacer en catimini. Son prétexte était qu'il voulait recruter un adjoint pour m'épauler. Or, il voulait me chasser tout simplement, et il n'avait pas le courage de me le dire en face. J'ai fini par m'en aller pour ne pas envenimer la relation. Même si cet épisode est loin, j'ai beaucoup appris de cette épreuve. D'abord que la trahison fait partie des relations professionnelles et que l'on peut être conduit à vivre une telle situation. Cela a renforcé mon caractère. Ça m'a rendu impitoyable même avec les patrons les plus récalcitrants. Depuis, je cherche aussi à m'entourer de collaborateurs transparents et cohérents. Je leur dis toujours : dites ce que vous pensez et faites ce que vous dites.»
Abdelhai Lazrak DG de Capital services,
cabinet de recouvrement
«Un dépôt de bilan, ça peut aussi être enrichissant»
«L'histoire remonte à quelques années. Je venais de quitter le secteur bancaire où j'avais passé 20 ans de carrière. Je l'ai fait de manière volontaire parce que je voulais me lancer dans une nouvelle aventure : créer ma propre entreprise. Bien évidemment, j'ai choisi le secteur du textile, un domaine que je connaissais uniquement sur le papier étant donné que je supervisais les dossiers financiers relatifs à ce secteur lorsque j'étais cadre bancaire. Une fois lancé, je me suis donné corps et âme pour faire réussir mon projet. Or le pire était à venir. C'était à l'époque de la première guerre du Golfe
(1990-91) et de la crise internationale qui s'en est suivi… J'ai perdu beaucoup de marchés. Je n'avais pas les moyens financiers nécessaires pour tenir le coup. Après deux ans de vaches maigres, j'ai fini par jeter l'éponge. Dès lors, je suis revenu à la formation, un domaine que je connais parfaitement.
La morale de l'histoire est que j'ai gagné en expérience et en confiance en moi, même si cela a été désastreux sur le plan financier. Après tout, il y a toujours une leçon à retenir d'un échec. D'ailleurs, j'en donne toujours l'exemple lors de mes interventions. Le soutien familial m'a été très utile dans les moments difficiles.»
Khadija Boughaba DG d'Invest RH,
cabinet spécialisé dans la formation et solutions RH
«Un plan social qui m'a marquée
à jamais»
«Le plan social, effectué il y a plus de deux ans par mon ancienne entreprise, marquera à jamais ma vie professionnelle. Plus de 350 salariés, dont je faisais partie, ont été concernés par l'affaire. En tant que responsable ressources humaines, j'ai participé à sa conception et à sa mise en œuvre qui a duré plus de six mois. Le plus pénible ? C'était de faire comprendre à ceux qui devaient partir qu'ils ne faisaient plus partie de l'entreprise. Déjà, dans leur regard, vous lisez leur inquiétude : qu'allons-nous devenir ? C'est, quelque part, leur dignité qui en prend un coup. Bien que j'aie passé plus de 24 ans dans cette entreprise et que j'aie dû moi-même partir, mon cas passait au second plan, d'autant plus que je pouvais personnellement rebondir.
A partir de cette expérience, ma conviction qu'il faut réellement prendre en compte la gestion des ressources humaines a été renforcée. On ne gère pas des hommes comme des machines : une gestion prévisionnelle est indispensable. Sur le plan humain, j'ai appris à avoir une meilleure approche de ce genre de situations dramatiques.»
Khalid S. Consultant associé
«Ils se sont fait coiffer par des petits jeunes fraîchement recrutés»
«En 1995, j'ai intégré une entreprise semi-publique qui était en cours de privatisation. A mon grand étonnement, l'entreprise en question ne possédait pratiquement pas d'outil informatique et, de toute façon, très peu de salariés avaient été initiés à son utilisation. Le nouveau patron de l'entreprise procéda, en quelques mois, à la mise en place de solutions informatiques et réorganisa l'entreprise autour de nouvelles compétences maîtrisant les nouvelles technologies nécessaires au développement.
Cette évolution de l'entreprise a permis aux plus jeunes d'évoluer rapidement, mais elle a permis aussi de réaliser que les salariés, n'étant pas dans un processus d'apprentissage constant, finissaient par être délogés par des petits jeunes fraîchement débarqués.
La morale de cette expérience fut d'abord de relativiser le manque de compétences des salariés les plus anciens sur les nouvelles technologies. En effet, nous aurons tôt ou tard notre tour dans l'atteinte du «plafond de Peter technologique».
Ensuite de comprendre que l'entreprise a la mémoire courte et que les compétences d'hier seront tôt ou tard jetées aux oubliettes, pour peu qu'elles campent sur leurs compétences d'hier.
Fort de cette morale, je me suis donné une règle de conduite : garder la tête hors de l'eau en cherchant à comprendre et à utiliser toutes les nouveautés professionnelles et quand je ne pourrais plus monter dans le train technologique en marche, je prendrais ma retraite, avant qu'un petit jeune vienne se moquer de moi.»
ahmed kouddane Directeur associé, Synthèse conseil
«Le manque de vigilance peut être fatal »
«Etre en permanence en situation de veille, c'est ce qui m'a marqué le plus ces dernières années. En tant que cabinet conseil en organisation et stratégie de système d'information, je dirais que nous vivons dans un environnement en perpétuelle mouvement. Les organisations, les outils, les méthodologies changent, les projets sont de plus en plus complexes et on doit rester attentif.
Aujourd'hui, un concurrent peut rapidement vous devancer avec un nouvel outil ou une nouvelle méthodologie. On peut être déstabilisé à tout moment par la concurrence.
Ce qui remet en cause notre méthodologie. Un projet en cours peut être totalement revu depuis le début.»


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