La subvention ne couvre que le tiers du coût du transport, selon les professionnels. Le coût de référence n'a plus de légitimité, puisqu'il n'a pas été actualisé depuis 2011. La concurrence déloyale accentue le dumping. La septième tranche de la subvention destinée au secteur du transport est lancée avec pour objectif de maintenir stable le prix du transport et de préserver le pouvoir d'achat. Depuis son lancement en mars 2022, cette opération a cumulé un montant de 3,5 milliards de DH, au profit de 170 000 véhicules, toutes catégories confondues. Le taux des bénéficiaires s'est ainsi établi à 95%. Ces aides ont été saluées par les professionnels du secteur qui ont fait part de leur satisfaction. «L'Etat providence et protecteur est bien là. Sauf que nous avions convenu avec le ministère du caractère transitoire de cette mesure, vu la croissance exponentielle et continue des prix du gasoil, en attendant l'indexation», explique Abdelilah Hifdi, président de la Fédération nationale du transport (FNT). Actuellement, le secteur pâtit de l'augmentation du prix du carburant, surtout que l'aide a été décidée lorsque le prix du gasoil était à 12 DH/litre, alors qu'en quelques mois, il est monté à un peu plus de 16 DH. Les professionnels jugent alors cette subvention insuffisante, surtout que le carburant n'est pas la seule rubrique qui a été impactée. L'entretien du véhicule en a pris un coup, tant du côté des pneumatiques, des pièces détachées, des huiles... «Une augmentation des prix de 35% est observée depuis le Covid», assure Rachid Tahri, secrétaire général de la FNR. Il ajoute : «Cette subvention couvre à peine 30% du coût global du transport, les 70% restants sont pris en charge par le transporteur». Cette situation devient intenable pour les professionnels, surtout qu'ils n'arrivent pas à répercuter cette hausse ni à son niveau, ni à son rythme sur les clients. Plusieurs raisons contraignent les opérateurs à éviter la répercussion, à leur tête se trouve le deal tacite conclu avec le ministère pour profiter de l'aide. De plus, «le coût de référence n'a pas été actualisé depuis 2011 lorsqu'il était encore à un niveau entre 7 et 9 DH/Km roulé, pour un gasoil coûtant 8 DH/litre. Ce qui constitue un handicap avec les chargeurs, puisque les transporteurs n'ont pas de moyens officiels de prouver l'effet de l'augmentation du gasoil sur leurs charges», ajoute M. Tahri. Les opérateurs se rabattent sur le volume Ce coût n'a pas de nature obligatoire ou persuasive, mais il est élaboré dans un objectif d'information et d'orientation des différents intervenants, notamment les chargeurs, les commissionnaires et les opérateurs de transport routier de marchandises, et constituent la référence. Il englobe différentes charges d'exploitation des véhicules de transport routier et de marchandises pour compte d'autrui, en tenant compte de toutes les dépenses supportées par une entreprise offrant des services de transport. Il faut dire que même cette référence n'est plus d'actualité, puisqu'elle n'a pas été mise à jour depuis. Cela alors que, normalement, le coût de référence doit être actualisé tous les six mois. S'il y a un autre élément dont souffre le secteur, c'est bien la concurrence de l'informel notamment. «Sur les 500 000 entreprises que compte le secteur, tous transports confondus, ce sont 150 000 seulement qui sont inscrites officiellement auprès du ministère et fonctionnent en bonne et due forme en s'acquittant de leurs obligations légales, fiscales et sociales. Le reste opère de manière anarchique, puisque l'accès au marché est ouvert», explique M. Hifdi. Ceci donne automatiquement lieu à des opérations à des prix anti-concurrentiels. Selon lui, le dumping est légion dans cette conjoncture et il est le fait de ces structures mal organisées. Par exemple, un poids lourd de 25 tonnes réalise un trajet de Casablanca à Agadir à un prix de 6 200 DH. Pourtant, au niveau de coût actuel du gazoil, il devrait le facturer 300 DH de plus au bas mot. De leur côté, les chargeurs accentuent ce phénomène de dumping, en choisissant le moins disant. Dans ces conditions, les acteurs du secteur se livrent à une concurrence acharnée pour augmenter la volumétrie et continuer à réaliser des marges bénéficiaires. Certains transporteurs ont même arrêté leur activité, tout en continuant à tirer profit de l'aide gouvernementale. Les plus corrects, de leur côté, ont été contraints de suspendre leur activité en attendant des jours meilleurs. Il faut le dire, l'une des lacunes de ce système d'octroi de l'aide est le manque de conditions astreignantes, ouvrant ainsi la porte à tout transporteur d'en bénéficier. En effet, il suffit juste de saisir le code du transporteur délivré dès l'exercice de l'activité, et de suivre les étapes sur la plateforme «mouwakaba». Dans un souci de parer au plus urgent, l'Etat n'a souhaité exclure aucune catégorie de transporteurs et n'a donc exigé aucune autre condition telle que la distance parcourue ou la consommation mensuelle moyenne de carburant... Ceci a laissé place à des abus de la part des plus véreux, mettant les professionnels organisés dans une situation délicate. L'indexation, bientôt mise en place Actuellement, l'Etat se trouve entre le marteau et l'enclume. Arrêter les subventions, au risque de créer une crise sociale, ou poursuivre la mise en place de ce dispositif, malgré les plaintes de son insuffisance et les menaces de grève. Le juste milieu est d'accélérer le projet de mise en place de l'indexation des prix du transport routier aux prix du carburant. Il s'agit de mettre en place un indice de carburant et de répercuter ses variations tant à la hausse qu'à la baisse, sur la tarification. Le projet de loi vise à engager aussi bien le transporteur que l'expéditeur à réviser les tarifs de transport lorsque les prix des carburants changent entre la date de l'accord sur le prix du transport et celle de la prestation. Au cas où il y a un contrat de transport entre les deux parties contenant des dispositions sur la révision des prix, il sera procédé à l'application des clauses de ce contrat. Ce projet sera bientôt remis aux professionnels pour concertation, avant d'être lancé dans le circuit législatif.