Deux institutions de référence, deux diagnostics opposés. En 2025, la production éditoriale marocaine oscille entre 4 000 et plus de 7 000 titres selon les sources. Un écart massif qui interroge la fiabilité des statistiques du secteur. DR ‹ › La Bibliothèque Nationale du Royaume du Maroc a organisé, ce mercredi, une conférence de presse pour dévoiler les dernières statistiques de l'édition. En 2025, la Bibliothèque nationale recense 7 143 titres publiés au Maroc. Une production très largement dominée par le livre imprimé, qui représente près de 96 % des parutions, loin devant le numérique. Sans surprise, l'arabe domine largement (près des deux tiers des publications), devant le français (25%), loins devant l'amazigh et l'anglais... La production est tirée principalement par la littérature et les sciences humaines, qui concentrent à elles seules plus de la moitié des publications. Les ouvrages religieux représentent 12 % et les livres pour enfants et jeunes adultes environ 10 %. La bibliothèque a noté une nette augmentation d'environ 6 % des publications par rapport à son premier rapport en 2024. Selon les données obtenues par Yabiladi, le nombre total de titres s'est accéléré ces deux dernières années : 5 672 titres en 2022, 5 768 en 2023, 7 000 en 2024 et enfin 7 143 en 2025. Les différences avec les chiffres de la Fondation Roi Abdul Aziz Al Saoud De son côté, la Fondation Roi Abdul Aziz Al Saoud pour les Etudes Islamiques et les Sciences Humaines, a présenté des chiffres différents, jeudi, dans son rapport sur l'édition au Maroc pour les années 2024 et 2025. Elle recense un volume nettement inférieur, avec un peu plus de 4 000 titres sur deux ans (+10,71%), soit environ 2 000 publications par an. Là encore, le format imprimé domine largement, même si le numérique y occupe une place plus visible que dans les données de la Bibliothèque nationale. La répartition linguistique confirme la prédominance de l'arabe et du français, les autres langues restant très minoritaires. La littérature s'impose comme le principal moteur de la production éditoriale (près d'un quart des titres), devant le droit et l'histoire, tandis que les sciences sociales restent en retrait. Contrairement à la Bibliothèque Nationale, qui n'a commencé à publier des résumés annuels que depuis 2024, la Fondation Al Saoud produit son rapport annuel depuis 2014, devenant ainsi une référence pour de nombreuses institutions nationales et internationales ainsi que pour les médias lorsqu'il s'agit de discuter de l'édition et des auteurs. D'où vient cet écart ? La divergence entre les chiffres des rapports de la Fondation Roi Abdel Aziz Al Saoud et de la Bibliothèque Nationale du Royaume du Maroc soulève des questions sur la fiabilité des données de publication au Maroc et sur la capacité de chaque source à refléter la production intellectuelle nationale. Le rapport de la Fondation Al Saoud, intitulé «L'édition et les livres au Maroc», inclut un sous-titre précisant qu'il se concentre sur la littérature et les sciences humaines et sociales, indiquant ainsi qu'il ne couvre pas toutes les publications des autres domaines. La fondation précise qu'elle se base sur des données bibliographiques issues de sa propre base de données, mise à jour en continu grâce aux acquisitions quotidiennes de ses services. Ces données incluent les publications imprimées, les publications de Marocains à l'étranger, ainsi que le téléchargement et l'acquisition de publications numériques. Cependant, ce modèle dépend de l'exhaustivité du suivi bibliographique en dehors du système de dépôt légal officiel. En revanche, la Bibliothèque Nationale est la seule institution chargée de gérer les dépôts légaux. La loi n° 68.99 relative au dépôt légal, émise par le décret royal n° 1.03.201 du 11 novembre 2003, constitue le cadre juridique obligeant tous les éditeurs, auteurs et producteurs au Maroc à déposer des exemplaires de leurs œuvres auprès de la Bibliothèque Nationale, dans le but de documenter et protéger le patrimoine culturel national. Ce cadre juridique impose aux éditeurs de déposer quatre exemplaires de livres imprimés et deux exemplaires de livres électroniques auprès de la bibliothèque, une procédure obligatoire pour tout éditeur, public ou privé, dont la production est destinée au public. Il convient donc de retenir les statistiques de la Bibliothèque Nationale qui dispose d'une base de données complète par une voie légale obligatoire, plutôt que par une agrégation sélective ou partielle des sources. Les chiffres de la Fondation Al Saoud ont, pendant des années, conduit à des évaluations inexactes du nombre de publications émises au Maroc, plaçant le royaume plus bas dans les classements par rapport à d'autres pays.