Deux médailles, une 11e place mondiale sur 61 nations, et une dynamique qui ne se dément pas : la délégation marocaine a conclu sa participation aux championnats du monde de boxe au Brésil (17 au 28 avril) avec des résultats qui confirment la montée en puissance d'une école nationale en pleine mutation. Un bilan qui s'inscrit dans un cycle de performances internationales remarquable, porté par une nouvelle gouvernance fédérale et une génération d'athlètes en rupture avec les cycles précédents. Du 17 au 28 avril, dans la chaleur moite de la saison brésilienne, 61 nations se sont disputé les podiums de la Coupe du monde de boxe. Le Maroc en est revenu avec deux médailles — une en argent, une en bronze — et une 11e place au classement général qui ne dit pas tout de ce que cette équipe a accompli sur les rings. Ce genre de chiffre a tendance à aplatir les trajectoires. Celle d'Issam Bensayar, notamment, mérite mieux qu'une ligne de tableau. À 50 kg, le jeune pugiliste a traversé la compétition comme un inconnu qui refuse de se comporter en tel. Première participation mondiale élite, adversaires venus d'Irlande, du Kazakhstan, d'Espagne — trois dossiers réglés avec une rigueur technique qui a fini par attirer l'attention des observateurs. En finale, il a croisé un champion du monde azerbaïdjanais, et s'est incliné. L'argent, pour un boxeur qui n'avait encore jamais mis les pieds à ce niveau, n'a pas le goût amer de la défaite. Il a le goût d'une carte de visite. Bertal, ou l'art du rebond Widad Bertal, elle, n'avait plus besoin d'être présentée. Championne du monde en titre depuis Niš (Serbie) l'an passé, elle revenait au Brésil après une absence prolongée des compétitions internationales. Son bronze dans la catégorie des 54 kg n'est pas le résultat d'une athlète qui recule — c'est celui d'une championne qui gère son retour, choisit ses batailles et prépare la suite. Avec l'entraîneur cubain Juan Carlos Ferrer aux commandes d'un staff resserré, la délégation marocaine avait posé ses valises au Brésil plusieurs semaines avant le démarrage de la compétition, s'offrant un camp d'entraînement long, exigeant et ciblé. Pour comprendre ce que représente la breloque de bronze décrochée par Bertal, il faut remonter à mars 2025. Sur le ring de Niš, la jeune femme avait réécrit l'histoire de la boxe marocaine. Opposée en finale à la Turque Hatice Akbas — vice-championne olympique à Paris — elle avait livré un combat de technicienne : patiente, précise, dominante. Victoire 5-2… et sacre mondial ! Dans le sillage de ce triomphe, Hasna Larti avait, elle aussi, décroché le bronze, offrant au Maroc un doublé que personne, ou presque, n'avait anticipé. Bertal n'est pas sortie de nulle part. Formée au Club Energique Sidi Moumen, elle a gravi les échelons continentaux avec une régularité qui force le respect : titrée aux Championnats d'Afrique à Yaoundé en 2023, à Kinshasa en 2024, puis sacrée à l'échelle planétaire en 2025. Sa propre lecture de ce parcours est celle d'une femme sans complaisance envers elle-même : après avoir raté la qualification olympique pour Paris, elle n'a pas attendu la prochaine occasion — elle est allée chercher des titres là où ils se trouvaient, jusqu'à s'imposer comme l'une des meilleures boxeuses du monde dans sa catégorie. Bangkok, ou la relève qui frappe à la porte Six semaines avant le Brésil, le Maroc avait déjà posé ses bagages sur un autre continent. À Bangkok, du 8 au 15 mars, la Coupe du monde U19 réunissait 79 pays et 485 boxeuses et boxeurs. L'équipe nationale des moins de 19 ans en est revenue avec quatre médailles de bronze — chez les garçons avec Marouane Jafri (70 kg) et Wahbi Mohammed (+90 kg), chez les filles avec Rahab Hamdoun (51 kg) et Aya Sebaï (65 kg). Ce palmarès ne tient pas du miracle. Il est le fruit d'une préparation sérieuse — encore une fois pilotée par Ferrer, assisté d'un staff technique national — et d'un choix stratégique clair : amener les jeunes sur les grands circuits le plus tôt possible, les exposer et les confronter à ce que le monde fait de mieux, quitte à encaisser. À Bangkok, ils n'ont pas encaissé, ils ont performé ! Ce qui donne à ces bronzes une résonance particulière, c'est leur contexte institutionnel. La Fédération royale marocaine de boxe (FRMB) a officialisé son adhésion à World boxing (l'organisation reconnue par le CIO pour organiser les épreuves de boxe aux Jeux Olympiques de Los Angeles 2028) en décembre 2025. Bangkok était donc la première sortie officielle du Maroc sous cette bannière. Quatre podiums dès la première fois, la direction empruntée est lisible. Trois ans, un cycle et une ambition 2023, Inde : Khadija Mardi, sacrée championne du monde des +81 kg, Yasmine Moutakki en bronze des -48 kg. Le Maroc termine 5e mondial, 1er africain et arabe. 2025, Niš : Bertal décroche l'or, Larti le bronze. Nouveau podium continental. 2026, Brésil : Bensayar en argent, Bertal en bronze. 11e place sur 61 nations. Cumulé, ce bilan dessine quelque chose de plus grand que la somme de ses médailles. La boxe marocaine ne joue plus le coup par coup. Elle construit, elle planifie et elle gagne sur la durée — ce qui, dans un sport souvent capricieux, est la marque des vraies écoles. Le staff cubain apporte la rigueur méthodologique ; la FRMB fournit le cadre institutionnel et les accès aux circuits internationaux ; les athlètes, eux, font le reste. À deux ans des Jeux de Los Angeles, la mécanique est en marche. Bertal aura la rage de décrocher ce qu'elle a manqué à Paris. Bensayar aura à cœur de confirmer ce qu'il a laissé entrevoir au Brésil. Et la génération de Bangkok aura deux ans pour passer de la promesse à la réalité. La boxe marocaine a rendez-vous avec elle-même. Elle semble plus que jamais prête à honorer ce rendez-vous de la plus belle des manières.