Depuis son accession au club fermé de la World Federation of Exchanges (WEF) il y a de cela un an, la Place de Casablanca ne fait pas d'émules. Alors que la place de Johannesburg fait les frais d'une forte connexion aux marchés financiers mondiaux, notamment européens, et que la Bourse du Caire, à l'image de toute l'économie égyptienne, a été prise en otage par le renversement du régime de Moubarak dès le début de l'année 2011, il aurait été naturel qu'une baisse des indices et des indicateurs boursiers sur ces places bénéficient, bien que relativement, à celle de Casablanca. Il n'en est rien, bien que la méforme de la Bourse de Casablanca soit moins exacerbée que celle de ses concurrentes. À multiples critères, multiples lectures À fin novembre 2011, la Bourse de Casablanca comptait 75 sociétés cotées, dont une étrangère, Ennakl, quand la place du Caire en recensait 233 (1 société étrangère), Istanbul 264 (1) et Johannesburg 396 (48 sociétés étrangères). En matière d'orthodoxie financière, il apparaît clairement que la place de Casablanca ne fait pas le poids devant ses principales concurrentes régionales et continentales, voire que l'économie nationale n'est que peu représentée par sa Bourse. Si l'on retient la capitalisation boursière, par exemple, comme premier critère d'appréciation d'une place, il faut dire que Casablanca est à la traîne. À fin novembre toujours, la capitalisation de la place atteignait près de 61,3 milliards de dollars, loin derrière Istanbul (216,2 milliards de dollars) et Johannesburg (799,7 milliards de dollars), mais étonnamment devant le Caire, où la capitalisation ressort, à la même date, à 52,6 milliards de dollars. Pas si étonnant que cela, si l'on considère l'impact de la révolution égyptienne sur toute l'économie du pays tout au long de l'année 2011. La place du Caire par exemple a été fermée tout le mois de février. Au mois de mars dernier, faisant acte de la chute des principales valeurs de la place, la capitalisation a résisté quelque peu et jusqu'au mois de juin, avant de s'effondrer complètement à partir de septembre 2011. Si Casablanca est devant, c'est tout simplement un effet conjoncturel dû au contexte géo-économique de la région. La place du Caire reste, toutes choses égales par ailleurs, plus développée et plus dynamique que celle de Casablanca. Malgré le contexte très défavorable, le volume des échanges au Caire, à fin novembre 2011, ressort, tant bien que mal, autour de 686 millions de dollars, soit plus du double du volume réalisé dans le même mois à Casablanca. À Istanbul, il était de 21,2 milliards de dollars, et de 27,2 milliards de dollars à Johannesburg. Dernier critère d'importance, et à défaut de données précises sur le degré de liquidité des places en question, le taux de rotation des actions était, à fin novembre, de 5,7% à Casablanca, de 15,6% au Caire, de 28,2 % à Johannesburg et de 117,7 % à Istanbul. Avec un niveau aussi faible, la sous-liquidité tant décriée sur la place casablancaise s'en trouve plus que légitimée. L'absence d'intégration n'a pas que du mauvais ! Par ailleurs, à l'analyse de la dynamique de croissance de chacun de ces indicateurs, la baisse généralisée sur les quatre places ne suit pas la même trajectoire ni même la même pente de repli. Contrairement donc à Johannesburg, fortement affectée par la volatilité des ses indicateurs boursiers, ou à Istanbul, qui accuse une baisse spectaculaire dès le second trimestre de l'année 2011, la place de Casablanca a certes vu ses indicateurs chuter suivant une trajectoire linéaire. Cependant, elle a suivi une pente moins infléchie que celle accusée par les indicateurs boursiers du Caire. Autrement dit, à l'inverse des places plus développées d'Istanbul et de Johannesburg, et dans une moindre mesure du Caire, où les turbulences financières de l'année 2011 n'ont pas manqué de faire fléchir, au regard des différents canaux de transmission de la crise établie dans ces économies, la place de Casablanca fait preuve de résistance. Paradoxalement, la timidité de la croissance de la place casablancaise la met à l'abri de la volatilité des flux de capitaux. Ce n'est pas le cas de la Turquie par exemple, qui malgré la robustesse de son économie, reste comparée à d'autres pays émergents, encore fortement dépendante du financement extérieur, ce qui la met systématiquement à la merci du bon vouloir des investisseurs. Finalement, l'absence relative d'intégration financière de la place de Casablanca, handicapante en temps de croissance mondiale, la met toutefois à l'abri des soubresauts de la finance mondiale en temps de crise. Avec l'introduction de Casa Finance City, et l'accélération, par conséquent, du rythme de croissance, d'ouverture et d'exposition du marché national aux marchés financiers internationaux, il est fort probable que la tendance s'inversera, en espérant que la régulation des marchés soit mieux établie qu'aujourd'hui, puisque, finalement, la crise est un état de la nature, aussi naturel que le marché.