Personne ne l'ignore désormais, le déficit ou plutôt les déficits se creusent. Celui de la balance commerciale constitue l'une des préoccupations majeures pour les décideurs. C'est dire que la sortie, hier, de Nezha Lahraichi, présidente du Centre national du commerce extérieur, était très attendue. Elle devait y exposer les raisons du creusement du déficit commercial et surtout défricher des pistes de réflexion aptes à le résorber à terme. Il s'agit d'un enjeu vital, quand on sait que le taux de couverture fond comme neige au soleil... Il ressort de ce travail d'analyse que cette situation que l'on attribuait le plus souvent aux faibles performances de l'exportation résulte aussi, et pour une bonne part, de la progression soutenue des importations. Le CNCE nous invite donc à nous pencher plutôt sur les importations, vu que Lahraichi défend que «le rythme d'évolution des exportations est plus grand que celui des importations, même s'il reste insuffisant», et d'étayer : «La politique de développement des exportations mise en place par le département du Commerce commence à donner ses fruits». C'est donc vers l'analyse des importations que le CNCE a opté. Tissu productif dépendant Bien lui en a pris, puisque ce qui en ressort est pour le moins édifiant. Lahraichi relève ainsi que «chaque point de croissance du PIB induit une croissance de 1,5 point des importations». Cela renseigne clairement sur la corrélation qu'il y a entre croissance et importation. Toutefois, cerner le comportement des importations exige une analyse plus fine de leur nature, compressible ou incompressible. «Plus ces biens son nécessaires, plus ils sont insensibles au comportement des prix et aux mesures de politique économique qui tenteraient de les réduire, dont notamment celles influant sur les prix», explique-t-on du côté du CNCE. Là encore, le constat est sans équivoque : «85% des produits importés sont incompressibles et les prix des produits dominants, énergie et matières premières, sont en augmentation». De plus, la classification des importations de l'année 2010 selon les groupements d'utilisation fait apparaître une concentration des importations incompressibles au niveau des produits de consommation, des demi-produits, des produits énergétiques et des produits finis d'équipement. Deux postes se distinguent tout particulièrement, les produits énergétiques et les produits d'équipement industriel. En fait, 46% des intrants sont des produits importés. On peut donc conclure sans trop sourciller à la dépendance du système productif marocain à l'égard d'intrants importés. «Cela ne donne que très peu de valeur ajoutée à nos exportations et même la production destinée au marché local consomme des intrants importés», déplore la présidente du CNCE, avant de plaider pour une évaluation du potentiel de substitution. Plus encore, la dépendance du système productif à l'égard d'intrants importés pose la question de la diversification productive, en mesure de favoriser l'intégration du tissu industriel. Sempiternelle compensation «L'analyse des biens d'équipement et des consommations intermédiaires mérite d'être approfondie, pour évaluer le potentiel de substitution par des produits fabriqués localement dans des conditions compétitives», estime Lahraichi, avant d'expliquer que «l'intégration maghrébine représente une chance pour construire un système productif régional intégré et surtout compétitif». Par ailleurs, le CNCE constate qu'une bonne partie de la consommation intérieure est satisfaite par les produits importés, 18% en 2010. Cela fait que les politiques de relance par la demande interne sont vouées à accroître les importations. Sans remettre en cause le modèle économique, basé sur le demande intérieure, comme l'a fait le HCP la semaine dernière, Nezha Lahraichi appelle à en analyser les tenants à travers ses données, avant d'appuyer là ou cela fait mal : le système de compensation. Le CNCE dénonce «un effet de soutien des prix importés qui ne stimule pas une rationalisation de la consommation». L'exemple le plus éloquent en la matière est celui du carburant. En effet, du moment que le prix du carburant est soutenu, on n'est pas incités à faire des économies d'énergie. La question se pose avec d'autant plus d'acuité que «82% des dépenses de compensation sont des produits pétroliers». Aussi, Lahraichi souligne à son tour l'urgence, comme l'ont fait bon nombre d'officiels, de la réforme du système de compensation. «Si on continue sur ce trend, le déficit commercial sera de 190 milliards de dirhams en 2015», conclut-elle un brin alarmiste. Point de vue Mohamed Bouayad, Secrétaire général du CNCE. «Les marges préférentielles accordées dans le cadre des accords de libre-échange ne profitent pas au Maroc, notamment avec l'Europe», argue Mohamed Bouayad, donnant ainsi un coup pied dans la fourmilière de l'ouverture tous azimuts. Il signifie surtout que l'effet marge préférentielle dans le cadre des ALE est une des explications aux mauvaises performances relatives de nos exportations par rapport à nos importations. Pour étayer son propos, il prend l'exemple de l'opérateur européen qui bénéficie d'une marge préférentielle sur le marché marocain plus importante que celle de l'opérateur marocain en Europe, et ce par rapport à un opérateur asiatique par exemple. «C'est avec les pays en développement qu'il y a le plus de marge préférentielle», estime Bouayad ; visant plus particulièrement les pays arabes. Ainsi, ces marges préférentielles sont autrement plus intéressantes dans le cadre de l'accord d'Agadir. Toutefois, le manque d'intégration et les barrières non tarifaires ne permettent pas à ce potentiel de s'exprimer.