Le Maroc a transformé la Coupe d'Afrique des nations 2025 en un vaste laboratoire organisationnel. Autoroutes fluides, stades dédiés à chaque sélection, mobilisation sanitaire et programme culturel à Rabat : le tournoi dépasse largement les limites du terrain pour irriguer l'économie et l'image du pays. Près de 3.800 journalistes accrédités, des hôtels cinq étoiles pour les 24 équipes et des pelouses saluées malgré les pluies hivernales témoignent d'un dispositif inédit, pensé comme une répétition grandeur nature du Mondial 2030. Depuis le lancement de la CAN 2025, les villes hôtes vivent au rythme d'une logistique lourde mais maîtrisée. À Fès, lors d'une conférence organisée par l'Université Euromed en partenariat avec la Fédération royale marocaine de football, plusieurs intervenants ont insisté sur le caractère «exceptionnel et unique» de l'édition marocaine. Pour la première fois au sein de la Confédération africaine de football, chaque équipe dispose de son propre stade pour disputer ses matches et de terrains d'entraînement attitrés. Cette organisation centralisée a été présentée comme une avancée majeure en matière de standards d'accueil. Ce qui fait dire à Mostafa Bousmina, président de l'Université Euromed de Fès, que la CAN 2025 est «de loin la meilleure CAN de l'histoire de la CAF». Selon lui, le nombre élevé de journalistes accrédités reflète l'importance internationale considérable de cet événement, devenu un point de convergence pour les acteurs du sport, du tourisme et des services publics. Infrastructures : un modèle centralisé et exigeant Le dirigeant sportif nigérian Sola Fanawopo voit dans ce tournoi une véritable vitrine du savoir-faire marocain. À ses yeux, chaque trajet entre Rabat, Tanger, Agadir, Fès, Casablanca, Marrakech ou encore Agadir met en lumière une gouvernance des infrastructures pensée pour faciliter les déplacements des supporters et des délégations. Les autoroutes ont été décrites comme des corridors économiques permettant des charges optimales du transport et une connectivité accrue entre les différents pôles urbains. Cette architecture bénéficie également à des secteurs stratégiques. L'agriculture, portée par d'importants débouchés à l'export, s'appuie sur ce réseau fiable pour assurer l'approvisionnement de ses clients étrangers dans les meilleurs délais. Le responsable nigérian souligne la planification des terres et la gestion rigoureuse des ressources hydriques. «L'irrigation goutte à goutte est la norme, et non une technique expérimentale. Les barrages alimentent des zones agricoles définies, tandis que les pompes solaires réduisent les coûts. Les pratiques gaspilleuses sont découragées», a-t-il fait valoir. Pour Sola Fanawopo, le succès marocain est le fruit d'une politique d'investissement public rigoureuse favorisant les synergies et la création d'écosystèmes. Il a insisté sur la nécessité de dupliquer un tel modèle au Nigeria, notamment en matière de valorisation des terres agricoles et d'investissements structurants capables d'améliorer la productivité. Mobilisation sanitaire et pelouses sous surveillance La dimension technique des infrastructures sportives a aussi été mise en avant par l'ancien sélectionneur national Badou Zaki. En marge d'une cérémonie organisée par le Consulat général du Maroc à Barcelone, il a salué l'esthétique des stades et l'état des pelouses, y voyant une illustration concrète de la préparation du Royaume pour accueillir les grandes manifestations internationales. Les autorités locales ont rappelé que la compétition se déroule dans un environnement placé sous une vigilance sanitaire renforcée, avec une mobilisation continue des structures hospitalières autour des enceintes. Plusieurs experts soulignent l'importance de travailler sur la durabilité des stades construits pour l'événement. Le journaliste sportif Amine Birouk évoque notamment la nécessité d'anticiper l'après-CAN afin que ces équipements demeurent rentables et pleinement intégrés à la vie des territoires. Rabat, capitale culturelle de la compétition Parallèlement au dispositif sportif, la Fondation pour la sauvegarde du patrimoine culturel de Rabat a déployé un programme destiné aux milliers de visiteurs de la capitale. Des visites guidées gratuites des huit sites inscrits au patrimoine mondial sont organisées chaque week-end jusqu'au 18 janvier 2026. L'exposition immersive «L'Afrique : patrimoine du monde» propose un parcours mêlant photographies, panneaux trilingues en arabe, français et anglais, ainsi que des dispositifs numériques interactifs. La Fondation a également conçu un podcast intergénérationnel dédié à la mémoire du football marocain. De jeunes participants y dialoguent avec l'ancien international Redouane Guezzar, figure de l'équipe victorieuse de 1976. Pour les organisateurs, le patrimoine devient ainsi un espace de rencontre capable d'accompagner les grands événements et d'en enrichir le sens. Bien plus qu'un tournoi, un projet de pays L'organisation de la CAN au Maroc a été pensée comme un levier transversal. Le tournoi a accéléré la coordination entre collectivités, fédération, acteurs du transport et services de santé. Les accréditations de 3.800 journalistes, l'hébergement systématique des sélections dans des hôtels cinq étoiles et la mise à disposition d'un stade propre à chaque équipe constituent des marqueurs d'une stratégie globale. L'objectif n'était pas seulement de réussir 52 matches, mais de démontrer, dès 2026, la crédibilité de la candidature maroco-ibérique pour le Mondial 2030 et la capacité du Royaume à inscrire le sport dans son soft power économique et culturel. Sami Nemli / Les Inspirations ECO