Pression sur les coûts, adaptation des gammes, investissement massif dans les compétences : l'industrie automobile marocaine est en phase de recomposition. Portée par Renault Group, la plateforme industrielle nationale consolide son rôle stratégique, entre production, ingénierie et souveraineté industrielle, dans un contexte difficile. L'industrie automobile marocaine aborde la seconde moitié de la décennie 2020 dans un climat de forte contrainte. Qu'il s'agisse du ralentissement de certains marchés export, de la pression sur les coûts, de la transformation rapide des gammes ou de la montée des exigences technologiques, l'année 2025 s'impose comme un test grandeur nature pour un secteur longtemps porté par la dynamique des volumes. Pour les industriels installés au Royaume, l'équation est devenue plus complexe : il faut produire mieux, plus vite, avec davantage de valeur ajoutée locale sans renoncer à la compétitivité. C'est dans ce contexte que s'inscrit la sortie, à l'usine de la SOMACA à Casablanca, des versions renouvelées des modèles piliers de Dacia (Logan, Sandero Streetway, Sandero Stepway et Jogger). Un événement industriel en apparence classique, mais qui révèle, à y regarder de plus près, les ajustements profonds à l'œuvre au sein de la plateforme automobile marocaine. 2025, une année de tension assumée Présent lors de la cérémonie, le ministre de l'Industrie et du Commerce, Ryad Mezzour, n'a pas cherché à minimiser les difficultés. «Année 2025 très difficile pour l'industrie automobile au Maroc. Il a fallu se réinventer, travailler pour adapter nos modèles et vendre plus. Il faut être plus agile. Nous avons beaucoup de défis à relever», a-t-il déclaré. Ce diagnostic officiel confirme un changement de cycle. L'enjeu n'est plus uniquement d'augmenter les capacités, mais de renforcer la résilience du tissu industriel, sa capacité d'adaptation et son positionnement sur des chaînes de valeur plus complexes. SOMACA, un actif industriel au cœur de la valeur ajoutée Avec une capacité annuelle de 120.000 véhicules, l'usine SOMACA demeure l'un des piliers historiques de l'industrie automobile nationale. Depuis le premier lancement en production de Dacia en 2005, rappelé par Mohamed Bachiri, directeur général de Renault Group Maroc, le site casablancais a accompagné toutes les phases de montée en puissance du groupe dans le Royaume. La fabrication des nouvelles gammes Dacia, destinées à la fois au marché local et à l'export – notamment vers l'Europe – illustre cette continuité industrielle. Mais elle marque aussi une évolution qualitative. Pour la première fois, les équipes locales ont assuré le développement et la fabrication des véhicules prototypes avant leur passage en production série. Cette montée en responsabilité s'est traduite par un effort massif sur les compétences. Plusieurs milliers d'heures de formation ont été nécessaires pour adapter les équipes aux changements induits par cette nouvelle gamme, soutenues par un plan structuré ayant concerné plus d'un millier de collaborateurs. Un investissement humain qui pèse directement dans la création de valeur locale. L'industrialisation de ces modèles s'est accompagnée d'une évolution de l'outil productif, intégrant davantage de digitalisation et d'intelligence artificielle afin de renforcer la flexibilité des lignes et de préparer l'arrivée des nouvelles générations de motorisations. Diesel, essence efficiente, puis hybridation dès 2026, la diversité des groupes motopropulseurs produits ou préparés au Maroc témoigne d'un élargissement du spectre industriel. Cette capacité à intégrer des technologies plus complexes conforte la souveraineté industrielle du Royaume, en réduisant la dépendance aux sites étrangers pour les phases critiques de développement et de pré-industrialisation. Au-delà de la SOMACA, c'est l'ensemble de la plateforme marocaine qui se consolide. Le Maroc est aujourd'hui le deuxième pays producteur de véhicules pour Renault Group à l'échelle mondiale. Près d'un véhicule du groupe sur cinq vendu dans le monde est fabriqué dans le Royaume, entre Tanger et Casablanca. Cette performance industrielle repose sur un écosystème structuré, alimenté par l'exportation massive des véhicules produits et par l'ancrage durable des équipementiers. La fabrication des gammes Dacia renouvelées ouvre ainsi «une nouvelle phase» pour les usines du groupe au Maroc, en attirant de nouvelles technologies et en renforçant l'intégration locale. L'ingénierie, nouveau levier de souveraineté Le tournant stratégique le plus significatif reste toutefois à venir. Renault Group prépare le lancement d'un pôle d'ingénierie au Maroc, appelé à faire du Royaume l'un des trois piliers mondiaux de l'ingénierie du groupe. Une évolution majeure qui dépasse la seule logique industrielle pour toucher à la maîtrise technologique. Pour Mohamed Bachiri, cette orientation confirme la place centrale du Maroc dans la stratégie internationale du groupe. Le passage progressif d'une plateforme d'assemblage à une plateforme intégrée, capable de concevoir, développer et industrialiser, redéfinit le rôle du pays dans la chaîne de valeur automobile mondiale. Emploi, compétences et projection industrielle Dans une année 2025 qualifiée de difficile par les autorités publiques, le message est clair : la réponse passe par l'agilité, la compétence et l'investissement humain. La mobilisation de milliers d'heures de formation, l'implication directe des équipes locales dans le développement des prototypes et la préparation des motorisations électrifiées dessinent une trajectoire industrielle plus robuste. Pour l'industrie automobile marocaine, l'enjeu n'est plus seulement de produire en volume, mais de produire avec davantage de contenu, de savoir-faire et de souveraineté. Une transition exigeante, mais désormais assumée au plus haut niveau de l'Etat comme par les industriels.