Président de la FISA À l'approche du Ramadan, le secteur avicole marocain est en état d'alerte sous l'effet de tensions logistiques portuaires majeures. Youssef Alaoui, président de la Fédération interprofessionnelle du secteur avicole (FISA), prévient : avec des stocks de matières premières limités à quelques jours, le risque de rupture de production est réel. Entre hausse des coûts pour les éleveurs et menaces sur les prix à la consommation, la filière appelle à des réformes structurelles urgentes pour garantir la souveraineté alimentaire. Dans quelle mesure les perturbations portuaires actuelles menacent-elles la pérennité des stocks de matières premières ? Les perturbations logistiques ont considérablement ralenti le rythme d'approvisionnement en maïs et en tourteaux de soja. Il faut rappeler que ces matières premières représentent plus de 70% à 80% de la composition de l'alimentation animale au Maroc. À l'heure actuelle, la situation des stocks est tendue. Les réserves disponibles au sein des usines permettent de couvrir la production pour une durée allant de quelques jours à deux ou trois semaines au maximum, selon les capacités de chaque opérateur. En l'absence d'une normalisation rapide des flux maritimes et portuaires, le secteur risque de confronter des tensions d'approvisionnement généralisées à très court terme. Le risque d'une rupture progressive de la chaîne de fabrication est réel si les navires ne peuvent accoster rapidement. Quels sont les impacts économiques immédiats pour les éleveurs et existe-t-il un risque sur les prix à la consommation avant le Ramadan ? Les éleveurs subissent déjà plusieurs conséquences directes. Le coût de l'aliment, qui constitue le principal poste de dépense, subit une hausse mécanique. Les programmes d'élevage sont perturbés, ce qui engendre un risque de baisse des mises en place de nouveaux poussins. La pression sur la rentabilité est telle que certains opérateurs pourraient être contraints à des arrêts temporaires de production. Concernant le marché de consommation, si la situation actuelle perdure, la baisse de l'offre en volailles pourrait exercer une pression à la hausse sur les prix. Cela est particulièrement surveillé à l'approche du Ramadan, période traditionnellement marquée par une forte demande des ménages marocains. Quelles mesures d'urgence et quelles réformes structurelles la FISA préconise-t-elle pour endiguer cette crise ? Dans l'immédiat, la Fédération sollicite la priorisation du déchargement des navires transportant les matières premières stratégiques ainsi que la mise en place de couloirs logistiques accélérés vers les unités industrielles. Une meilleure coordination entre les autorités portuaires, douanières et les opérateurs est indispensable pour fluidifier la chaîne. Sur le plan structurel, nous recommandons la suppression de la retenue à la source sur les surestaries, car les coûts d'immobilisation des navires sont considérables. Il est également nécessaire de revoir les infrastructures, notamment la longueur des digues, pour garantir les opérations par mauvais temps. Enfin, nous encourageons le renforcement des capacités de stockage nationales par la construction de silos dédiés afin de mieux absorber les fluctuations futures. Mehdi Idrissi / Les Inspirations ECO