Le Maroc a choisi de ne pas prendre part aux votes des résolutions de l'Assemblée générale de l'ONU condamnant l'invasion de l'Ukraine par la Russie. Cette posture politique s'est également traduite, selon des médias internationaux, par un certain «appui» économique à Moscou. Explications. DR ‹ › Le 30 juin 2025, le journal espagnol El País a révélé que les «importations espagnoles de diesel marocain» atteignaient «un niveau record, sur fond de soupçons d'origine russe». Dix mois plus tard, Africa Intelligence a apporté, ce lundi, de nouveaux éléments sur un dossier qui continue de susciter des interrogations de l'autre côté de la Méditerranée, d'autant que le Maroc n'est pas un pays producteur de pétrole. «En 2025, malgré les sanctions internationales, le Maroc est devenu le principal importateur de carburant d'origine russe en Afrique du Nord. Un discret négociant genevois a su se positionner sur ce marché», affirme le média français. Un «énigmatique trader suisse» serait ainsi au cœur des livraisons de pétrole russe vers le royaume. La même source cite Niels Troost, opérant via sa société Paramount Energy & Commodities SA, basée à Genève. Celui-ci aurait tiré profit de la recomposition des flux énergétiques mondiaux pour faire du Maroc un carrefour stratégique des carburants en provenance de Russie. Le pétrole russe, frappé de sanctions de l'Union européenne depuis février 2022 à la suite de l'invasion de l'Ukraine, est vendu environ moins de 22 dollars le baril par rapport aux prix du marché. Pour rappel, les Vingt-Sept ont décidé, en octobre 2025, d'un nouveau durcissement des mesures visant le secteur énergétique russe. Cette mesure prévoit un arrêt total des importations de GNL russe d'ici fin 2026, ainsi que des actions ciblant la «flotte fantôme» de pétroliers utilisée par Moscou pour contourner les sanctions. Des médias espagnols ont d'ailleurs signalé, à maintes reprises, la présence de navires liés à cette flotte dans ou à proximité des eaux marocaines en Méditerranée. Un sujet absent du débat politique marocain Le contournement des sanctions européennes ne repose pas uniquement sur l'utilisation de tankers. Il suppose également l'implication d'institutions financières. A ce titre, Africa Intelligence évoque le rôle de deux entités bancaires marocaines, qui auraient participé à ces opérations. Depuis mars 2022, l'Union européenne a exclu plusieurs grandes banques russes du système de messagerie financière SWIFT, afin de limiter la capacité de Moscou à financer son effort de guerre. Si les médias internationaux continuent de s'intéresser aux échanges pétroliers entre Rabat et Moscou, le sujet a disparu du débat politique marocain. L'initiative de certains partis d'opposition visant à former une commission parlementaire d'enquête avait échoué en avril 2023, après le retrait de l'USFP. De son côté, le gouvernement présidé par Aziz Akhannouch a minimisé l'ampleur de la hausse des importations de produits pétroliers russes, évoquant une progression limitée. «En 2020, la part d'importation du gasoil russe a été de 9%. Elle a baissé à 5% en 2021, avant d'augmenter à nouveau pour se situer en 2022 à 9%», a déclaré le porte-parole de l'exécutif, Mustapha Baïtas, lors d'un point de presse tenu le 2 mars 2023.