Le déploiement du programme national d'intelligence artificielle prend une dimension régionale avec l'inauguration de l'Institut Al-Jazari à Fès. Soutenu par plusieurs ministères et quatre universités de la région, le nouveau pôle technologique vise à développer des solutions marocaines sécurisées pour accompagner la transition des entreprises vers l'industrie connectée. Le déploiement territorial du programme national dédié à l'intelligence artificielle est enclenché. L'Université Euromed de Fès a abrité il y a quelques jours la signature de l'accord constitutif de l'Institut Al-Jazari pour l'Industrie X.0. L'événement s'inscrit dans la feuille de route gouvernementale consistant à structurer un écosystème technologique localisé en s'appuyant sur les ressources académiques et industrielles de chaque région. Un marché mondial estimé à 4.800 milliards de dollars d'ici 2033 Le développement de l'intelligence artificielle représente un axe structurant de la transformation économique mondiale. La valeur globale du marché devrait passer d'environ 189 milliards de dollars en 2023 à près de 4.800 milliards de dollars à l'horizon 2033. Face à une telle croissance financière, le Maroc opérationnalise sa stratégie Digital Morocco 2030 à travers le lancement du programme « AI Made in Morocco ». Le plan de l'Etat prévoit la mise en place de plusieurs centres régionaux capables de concevoir des solutions technologiques adaptées aux réalités nationales. Amal El Fallah Seghrouchni, ministre déléguée chargée de la Transition numérique et de la Réforme de l'administration, a précisé lors de la rencontre que le renforcement des infrastructures de données et la mobilisation des talents locaux constituent des éléments centraux pour asseoir la souveraineté numérique du Royaume. L'approche adoptée consiste à décentraliser les pôles de recherche afin de rapprocher l'innovation technologique des bassins d'emploi et des zones de production industrielle réparties sur le territoire. L'intelligence artificielle sert ainsi de levier pour la modernisation des secteurs productifs tout en élargissant les perspectives d'inclusion sociale. 28 % des revenus mondiaux de l'IA générés par l'industrie L'application des algorithmes aux processus de fabrication constitue le cœur opérationnel du nouveau pôle. L'intelligence artificielle appliquée à l'industrie représente actuellement 28% des revenus mondiaux du secteur. La nouvelle structure régionale fonctionnera comme un site pilote destiné à accompagner la transition des entreprises marocaines vers l'industrie 4.0. Les solutions développées au sein des laboratoires concerneront directement l'Internet des objets, la robotique avancée, l'analyse des données de production et le renforcement des systèmes de maintenance prédictive. Ryad Mezzour, ministre de l'Industrie et du Commerce, a indiqué que les modèles technologiques mis à la disposition des opérateurs économiques obéiront à des règles strictes. Les outils informatiques créés sur place seront encadrés et homologués selon des standards marocains bien définis. L'objectif avoué est de garantir la sécurité numérique des usines nationales tout en élevant les normes de qualité et la compétitivité des produits manufacturés localement. Le centre fournira en outre aux entreprises un accès direct à un vivier de compétences en ingénierie informatique. La démarche institutionnelle permet au final de structurer des chaînes de valeur complètes allant de la recherche fondamentale jusqu'au déploiement industriel effectif. Quatre universités unies pour un pôle technologique régional L'implantation de l'Institut Al-Jazari dans la région de Fès-Meknès repose sur une mutualisation des ressources académiques et institutionnelles. Le ministère de l'Industrie et du Commerce, le ministère de la Transition numérique et le ministère de l'Economie et des Finances ont conclu un accord formel avec quatre établissements d'enseignement supérieur. L'alliance regroupe l'Université Euromed de Fès, l'Université Sidi Mohammed Ben Abdellah de Fès, l'Université Moulay Ismail de Meknès et l'Université Al Akhawayn d'Ifrane. Mostapha Bousmina, président de l'Université Euromed, a expliqué la nécessité de travailler selon le principe de l'intelligence connective pour concevoir des technologies applicables à l'agriculture, à la santé et à l'industrie. L'établissement d'accueil possède une antériorité avérée dans le domaine scientifique avec l'inauguration, lors de l'année universitaire 2017-2018, de la première école d'intelligence artificielle de l'espace euroméditerranéen et africain. L'institution figurait alors parmi les quatre premiers pôles mondiaux du secteur (MIT, Hong Kong et Shanghai). Le travail conjoint des quatre institutions régionales permet aujourd'hui de rassembler un volume important de chercheurs pour accélérer le transfert technologique vers le secteur privé. Les officiels présents lors de la signature ont par ailleurs effectué une visite des plateformes du campus pour observer les infrastructures existantes dédiées aux technologies avancées. Deux panels thématiques dédiés au transfert technologique et à la santé En marge de la signature de l'accord, la rencontre a réuni des décideurs publics, des chercheurs et des opérateurs privés autour d'une plateforme d'échange structurée en deux panels de discussion. Le premier axe de réflexion s'est concentré sur le transfert de technologie et la création de valeur dans les chaînes industrielles. Les intervenants ont exploré les conditions requises pour passer de la recherche académique à une industrialisation à grande échelle. Les débats ont notamment porté sur les mécanismes de valorisation scientifique et les niveaux de maturité technologique nécessaires pour fluidifier l'interface entre les universités et le secteur productif. Ensuite, le second espace d'échange a traité l'impact des algorithmes sur les industries de la santé. Les experts ont analysé la transformation de la chaîne de valeur du secteur allant de la recherche pharmaceutique jusqu'à l'amélioration des parcours de soins. Les participants ont aussi examiné les contraintes réglementaires et les normes éthiques inhérentes au déploiement des solutions informatiques dans les milieux médicaux. Mehdi Idrissi / Les Inspirations ECO