Vingt-quatre ans après la circulaire 19/G, Bank Al-Maghrib a décidé de revoir en profondeur les règles de classification et de provisionnement des créances des établissements de crédit. Derrière ce toilettage réglementaire, c'est un changement de ton qui s'opère : moins de zones grises dans l'évaluation du risque et une exigence accrue dans le traitement des engagements fragilisés. Le nouveau dispositif, qui entrera en vigueur le 1er janvier 2027, introduit trois catégories de créances : saines, sensibles et en souffrance. Une architecture simple en apparence, mais qui réduit nettement la marge d'interprétation laissée jusqu'ici aux banques et aux sociétés de financement. Le message de la banque centrale est clair : la surveillance du risque doit être plus précoce. La catégorie des créances dites «sensibles» devient ainsi un véritable sas d'alerte. Elle vise les situations où la capacité de remboursement d'un client commence à susciter des doutes : absence d'états financiers, signaux négatifs remontant du crédit bureau, procédures de recouvrement engagées par d'autres créanciers, ou encore incidents de paiement. Un secteur est particulièrement dans le viseur : la promotion immobilière. Bank Al-Maghrib entend mettre fin aux dérogations récurrentes sollicitées par les banques. Désormais, les financements de projets dont l'avancement ou la commercialisation restent incertains seront automatiquement classés parmi les créances sensibles. Retards de chantier, taux de vente insuffisant ou blocages administratifs prolongés deviendront des signaux d'alerte formalisés. Objectif : obliger les banques à reconnaître plus tôt la dégradation du risque. Car lorsque les créances basculent vers les catégories pré-douteuses, douteuses ou compromises, les provisions exigées grimpent rapidement. Dans un système financier de plus en plus exposé aux cycles économiques, la vigilance n'est plus une option. Hicham Bennani / Les Inspirations ECO