Je ne vous cache pas que ça fait des mois que je ronge mon frein pour ne pas parler de notre cinéma, du moins d'une manière sérieuse. En fait, pour être plus précis, ça fait exactement 2 ans (et des pellicules), que je m'étais formellement interdit de porter un jugement de valeur sur le cinéma marocain. Ne cherchez pas à deviner pourquoi car la raison est toute simple: je n'en avais pas le droit. En effet, votre si peu humble serviteur, en plus de son métier de billettiste chronique qui n'est pas tout à fait le sien, et d'un tas d'autres bêtises, les unes, plus ou moins farfelues, les autres, plus ou moins consistantes, a une passion proche de la folie furieuse du cinéma dit 7e art, car il est capable, quand il est bien fait, de vous faire grimper au 7e ciel. Or, à force de faire tout le temps mon cinéma histoire de montrer que je m'y intéresse vraiment, forcément on a fini par le remarquer en haut lieu, ou presque. C'est ainsi que, pour la 3e fois en moins de 10 ans – une vraie performance ! – on m'a appelé pour siéger en tant que membre honorable (avec quand même quelques honoraires) de la fameuse «Commission du fonds d'aide du cinéma marocain», transformée, à juste titre d'ailleurs, depuis quelque temps, en «Commission d'avance sur recettes», avec l'espoir, comme son nom l'indique, que les heureux récipiendaires de cette avance veuillent bien restituer une partie de leurs hypothétiques recettes. Je vous disais donc que, à l'instar d'autres collègues et néanmoins amis, j'ai été nommé, car proposé par les professionnels et autorités de tutelle, comme membre de cette prestigieuse commission, et mon dernier mandat, au sens propre et un peu financier du terme, vient de s'achever, il y a à peine un mois, après deux longues années de bons et loyaux sévices, pardon, services (ce n'est pas terrible comme jeu de mots, mais aujourd'hui, je n'ai pas tellement envie de jouer). Et c'est la raison pour laquelle, je n'avais pas le droit, pour des raisons d'ordre éthique, de m'exprimer publiquement sur notre cinéma, pourtant, je vous prie de me croire, je bouillonnais comme une marmite de navets. Ouf ! Enfin libre ! D'ailleurs, dès ma «libération», je me suis rendu au Festival de Tanger, et là - que mes amis cinéastes m'excusent - j'ai fait une overdose. Comme quoi, on peut facilement devenir accro surtout quand on est, comme moi, déjà un peu maso. Il y avait un peu de tout, et même parfois, disons le mot, n'importe quoi. Il est vrai qu'on a eu quelques belles trouvailles, notamment chez ceux dits de la «nouvelle génération», et on a pu constater aussi, chez quelques-uns de nos «vieux», qu'ils continuent de bien maîtriser leurs outils de travail. Cela dit, j'ai trouvé la cuvée de cette année, et je sais que je ne suis pas le seul, globalement, plutôt moyenne. Oui, je suis déçu. Très déçu. Alors, je râle. Je trouve qu'après pratiquement 50 ans de création, ce n'est pas normal. Et je râle d'autant plus que lundi soir, j'ai eu l'occasion, dans le cadre de la Semaine du film européen, de voir, que dis-je, d'admirer un film, un vrai bijou : «Etreintes brisées» du grand Pedro Almodovar. D'ailleurs, j'ai rencontré quelques potes réalisateurs à la sortie à qui j'ai dit plus ou moins ceci : Si nous ne sommes pas capables de faire un cinéma aussi beau et aussi créatif, ce n'est pas parce que nous n'en avons pas les moyens matériels, mais parce que nous n'en avons pas les moyens intellectuels. Non, nous ne sommes pas un peuple stérile, loin de là, mais nous sommes, vous êtes, ils et elles sont, des créateurs fumistes et suffisants. Ça y est, je l'ai dit ! Maintenant, je vais vaquer à d'autres occupations plus rentables.