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Ghita El Khayat ou l'incandescence des mots
Publié dans Le Soir Echos le 02 - 06 - 2011

Femme de tête et femme de lettres, Ghita El Khayat se plaît à repenser le monde, scandant sans cesse des mots d'une rare incandescence. Du haut de ses 38 livres riches en pérégrinations savantes, elle disserte sur tout, et, récemment sur  La femme artiste du monde arabe , titre de son dernier essai.
Emportée, lyrique jusqu'à l'extrême et ostensiblement élitiste, Ghita El Khayat est une femme pensante. Son esprit didactique et ses propos impétueux révèlent une observatrice aiguisée, érudite jusqu'à la moelle. Elle se décrit comme un « esprit vagabond, solitaire jusqu'à l'apaisement et une artiste contrariée ». Longtemps cataloguée féministe, elle s'en défend avec véhémence. «Je ne suis pas militante, je suis une intellectuelle et une scientifique qui réfléchit sur des problèmes. Ma pensée se développe c'est tout».
Dans son nouvel essai La femme artiste dans le monde arabe , elle décrypte l'évolution du statut de la femme créatrice à travers les siècles, remontant dans le temps et déplorant l'association de la femme artiste, jadis, à une femme de mauvaise vie. « L'idée du livre est née de ma participation au colloque de Mawazine en 2008 sur la diversité culturelle et à la rencontre sur les Chikhates aux Abbatoirs de Casablanca en 2009. Il est le fruit d'un enrichissement progressif et d'une réflexion approfondie sur le statut de la créativité de la femme », explique-t-elle. Cependant, cet essai n'est pas l'œuvre initiale de l'auteur. «Cette édition est la version amputée qui est sortie en France», nous révèle-t-elle, visiblement déçue par la décision de l'éditeur français. Et d'ajouter : « Ce livre n'est qu'une partie de mon essai sur les femmes artistes, le titre original étant « Les femmes artistes » que je compte réécrire dans une nouvelle version plus exhaustive».
Porteuse d'un inhibition féminine précoce et forcée, à l'image de ses artistes muses, elle le laisse transparaître dans la préface de son livre, et le revendique pleinement : « Je me suis intéressée à la problématique féminine parce que je suis une femme. Je n'ai pas les mêmes droits qu'un homme et j'ai beaucoup souffert du fait d'être fille». Dans son ancien livre Les bonnes de Paris, elle s'étend sur l'émigration des femmes maghrébines. Son prochain essai, toujours en phase d'incubation, qu'elle qualifie de « scandaleux et iconoclaste » est intitulé Le complexe de Médé . Elle y mène « un travail révolutionnaire sur la mère qui casse le complexe d'Oedipe de Freud et brise les croyances des gens sur la psychanalyse des femmes », dévoile-t-elle.
Ghita El Khayat ne fait pas qu'embrasser la cause de la femme, elle revendique un monde d'érudition. Poussant constamment le bouchon, elle se dit très exigeante et déplore l'incompréhension de ses livres au Maroc. « Les gens ne me lisent pas parce que mon style est difficile. J'écris un français très recherché». Médecin généraliste, médecin du travail, médecin aéronautique et psychiatre de formation, elle est aussi anthropologue dans son approche. Grande scientifique et femme de lettres, elle est une penseuse viscérale. Ses œuvres sont influencées par l'espace et le temps. Imprégnées de philosophie, elles creusent inlassablement dans les méandres de l'humain, notamment dans les rouages de la société arabe. « Je suis un écrivain de la cause arabe, surtout de la cause marocaine. Je suis très fascinée par le tiers-monde et je veux qu'il devienne l'égal du monde développé », nous révèle-t-elle. Pourtant, tout en elle laisse transparaître une désillusion profonde. «Aujourd'hui, à part la révolution sociale, rien ne se passe dans le monde arabe, il n'est pas à la pointe de la littérature ni de la science. L'art arabe est devenu petit», déclare-t-elle. Cheminement professionnel ou croyance définitivement ébranlée en cette société arabe écorchée jusqu'à l'épine ? Quoi qu'il en soit, Ghita El Khayat a choisi son camp, celui de « s'orienter vers l'universalisme ». Convenons que le dépit n'a jamais été la forme suprême du militantisme. Son combat c'est plutôt la pensée, et l'éclat éblouissant des mots.
Paola Frangieh


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