Les politiques sociales et économiques n'ont pas réussi à garantir une protection sociale de base et adaptée à tous en Afrique. Tharcisse Nkanagu, coordonnateur de la sécurité sociale pour la région Afrique au Bureau international du travail (B.I.T.), fait le point. Tharcisse Nkanagu est spécialiste technique principal de la sécurité sociale. Il a 28 ans d'expérience comme fonctionnaire international au B.I.T., dont 17 ans en service au siège du Bureau à Genève. Il a été conseiller régional durant six ans au B.I.T. de Dakar. En quoi consiste le « socle de protection sociale » préconisé par le BIT ? En réalité, le socle de protection sociale a été préconisé depuis une soixantaine d'années. Depuis la convention n° 102 portant sur la norme minimum de sécurité sociale, l'esprit de cette convention était que chaque personne soit assurée d'accéder à un revenu suffisant, et à des soins de santé convenables. Seulement, chemin faisant, le développement des politiques sociales et économiques n'a pas réussi à garantir cette protection sociale de base convenable à l'ensemble des couches sociales. Qui sont justement les plus vulnérables ? Ce sont des personnes qui, de part leur force physique, n'ont pas accès à l'emploi. Par exemple les personnes âgées, les enfants, les personnes handicapées, les femmes enceintes, et même les chômeurs. À partir du moment où on ne peut plus utiliser sa force de travail, et acquérir un revenu, on tombe dans la vulnérabilité. Qu'en est-il des retraités ? Sont-ils suffisamment pris en considération sur la question de la couverture médicale ? Les retraités sont des personnes qui ont contribué à l'économie du pays durant toute leur vie active. Ils ont naturellement leur place dans le partage des richesses qu'ils ont eux-mêmes créées. Les retraités qui ont des revenus doivent contribuer au financement du système de santé, comme toutes les autres personnes. Mais ceux qui n'ont pas de revenus suffisants doivent être aidés. Il faudrait veiller à un équilibre, et à ce que les retraités aient droit à une couverture sociale qui ne soit pas inférieure à celle des autres catégories de la population. D'ailleurs, compte tenu de la spécificité de la vieillesse et de leurs besoins de santé, il faudrait s'atteler vivement à répondre à leurs besoins. Où en est l'Afrique dans l'accession de ces personnes à la protection sociale ? En Afrique, on a construit une sécurité sociale à base contributive, qui n'a pas pu s'étendre. Elle couvre, au Maghreb, entre 30 et 40 % de la population ; et, en Afrique subsaharienne, autour de 10 %. Quels sont les bons exemples dans le continent ? On en trouve un peu partout en Afrique. Ce qui pose problème, c'est que leur champ d'application est très limité. A partir du moment où un pays n'a pas pu couvrir l'ensemble de ses citoyens, son déficit lui pèse. Le plus important, c'est plutôt l'effort que le pays fait pour répartir le plus équitablement possible les fruits de sa croissance. Le Maroc, par exemple, est en train de déployer des stratégies intéressantes à ce niveau, comme le Ramed et l'AMO. Mais on constate malgré tout que la couverture sociale n'est pas assurée à tous… Ce n'est pas facile de réformer un système de retraites que l'on construit sur des paramètres de longue durée. Venir les revisiter, parce que les paramètres n'ont pas évolué comme on le souhaite, ou parce qu'il y a une pression pour l'établissement d'une autre répartition des ressources, ce n'est pas chose aisée. Il faut tenir compte des droits de ceux qui ont cotisé, et qui n'entendent en aucun cas y renoncer. De l'autre côté, il y a les droits de ceux qui aspirent aussi à partager les richesses du pays. Le défi est finalement de trouver un point d'équilibre pour ne léser personne. Avouons-le, c'est une tâche difficile ! Le Maroc est en pleine période d'élections. Quel est le rôle des politiques dans l'instauration de cette protection sociale ? Pour développer la protection sociale, le facteur le plus important est la volonté politique, parce que c'est à l'autorité politique de déterminer la répartition des ressources. La population compte sur l'engagement politique des dirigeants pour accéder à une protection sociale équitable et juste.