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Tunisie :
La vigilance pour parer aux dérapages
Publié dans L'observateur du Maroc le 21 - 02 - 2008

La toile est-elle devenue ce refuge où de jeunes adolescents en quête de reconnaissance et d'affirmation de soi peuvent contourner toutes les formes d'autorité? Les adolescents ont fini, en effet, par faire de cet immense espace virtuel le quartier général d'une liberté qui ne connaît souvent aucune limite. Violence verbale, propos déplacés, diffusion de photos osées...
On ne recule devant rien pour communiquer entre internautes. Certains éducateurs et parents ont fini par pointer le doigt sur les dérives du Net.
Elève en troisième année sciences expérimentales au collège d'El Menzah 9, S. témoigne. Habituée à chatter, la jeune adolescente a déjà été confrontée à des propos déplacés et violents émis par des internautes qui naviguent sur la toile. «Je rentre souvent en contact sur ce site avec des jeunes qui m'agressent verbalement et je suis heurtée par la vulgarité de leurs propos». Son amie, les cheveux sagement retenus par un bandeau, opine et parle de cette première expérience vécue en compagnie d'une autre camarade.
Ayant eu vent d'un site sur lequel plusieurs jeunes ont l'habitude de chatter, les deux jeunes filles s'y sont connectées à partir d'un publinet non loin de leur lycée et ont eu la désagréable surprise de converser avec un interlocuteur employant dès les premiers propos un vocabulaire “ordurier”.«C'est la première fois que je consultais ce site. Dès le premier mot avec lequel je suis entré en contact avec mon vis-à-vis qui est salut, j'ai reçu une avalanche de mots obscènes. Mon interlocuteur a directement utilisé dès les premiers propos partagés un vocabulaire lié au sexe. J'ai été choquée».
Les enfants, premiers exposés au risque
L'agression verbale n'est pas la seule mise en cause. L'accès à des sites généralistes ou sites de rencontre ouvrirait la porte à certains abus. Il est fréquent pour de jeunes adolescents de tomber «par hasard», en chevauchant d'un lien à un autre, sur des bandes-annonces, des chansons ou des vidéos utilisant des termes grossiers pour ne pas dire plus. Devenant un véritable fourre-tout, la toile sert aussi d'espace, où certains adolescents, guidés par un plaisir et un humour macabres, font circuler des photos d'une violence extrême sans se préoccuper des âmes sensibles.
Quant aux enfants, ils ne sont pas non plus à l'abri des découvertes douteuses de sites non recommandables. C'est ainsi qu'au hasard d'une recherche anodine de photos sur l'alimentation demandée par son institutrice et effectuée sur un des moteurs de recherche, S., élève en première année primaire, tombe sur une photo provocatrice. «Surpris, mon fils m'a appelée pour dire sa totale déception», souligne une jeune mère de famille, excédée.
Dérives sur le blog
De son côté, le responsable d'une garderie équipée d'ordinateurs reste stupéfait lorsqu'un des élèves inscrit en sixième année primaire, féru d'informatique, et qu'il garde, lui apprend, au cours d'une discussion, qu'il a accédé à un site douteux. «C'est un petit garçon très intelligent qui a l'habitude de surfer sur le net pendant son temps libre. J'ai été très surpris lorsque j'ai appris qu'il a pu, un jour, je ne sais de quelle façon, accéder à un site qui propose des jeux, afin d'exercer une meilleure influence sur les petits internautes qui le visitent. Et c'est à travers ces jeux que ce genre de sites arrivent à véhiculer leurs messages et à façonner les comportements d'enfants ou de jeunes adolescents. Il s'agit là d'une dérive inquiétante du net».
La Toile : un exutoire
Mais ce sont sûrement les blogs qui suscitent le plus d'inquiétudes auprès des parents et des spécialistes. S'apparentant à des carnets de bord ou des journaux intimes, ces sites web privés, vitrine des états d'âme de leurs auteurs, deviennent, parfois, de véritables exutoires où des internautes, encouragés par leur invisibilité et celle de leurs hôtes sur la Toile et par l'absence de modérateurs, se livrent à toutes sortes de dépassements comme l'utilisation de vocabulaire grossier, le voyeurisme ou la diffusion de photos personnelles "choquantes". «On trouve de tout sur un blog: blagues grivoises, commentaires personnels sur un événement donné..», relève un élève inscrit en deuxième année sciences expérimentales au lycée El Menzah 6.
Certains blogeurs n'hésitent pas à utiliser un vocabulaire grossier et à se montrer agressifs par pure provocation. Et ce qui doit arriver finit par arriver. «A force d'être banalisés sur la Toile, ils finissent par transposer ce type de comportement dans leur vie de tous les jours». Un autre lycéen, inscrit dans la même classe, renchérit à son tour: «Ce qui pose problème, c'est lorsqu'un blogeur ou une blogeuse diffuse des photos personnelles choquantes ou lorsqu'il se permet d'utiliser, à son insu, la photo de quelqu'un et qu'il effectue sur ce dernier un trucage qui dévalorise ou humilie cette personne, avant de la diffuser ensuite sur son blog. Là, il s'agit d'une atteinte à l'intégrité et à la vie privée de ladite personne. L'autre fois, je suis tombé également sur un blog qui faisait de la publicité gratuite pour des boissons alcoolisées. C'est une véritable incitation à consommer de l'alcool. Or, il ne faut pas oublier que la majorité des visiteurs de ces blogs sont des jeunes âgés entre 13 et 20 ans», renchérit-il.
Pourtant, le Net envoûte et fascine. Des internautes y passeraient régulièrement deux à trois heures en moyenne, s'adonnant à leur passe-temps favori, le "chat", sans se préoccuper, outre mesure, de ce type de dérapage. Au-delà d'un simple relais d'information et de divertissement, la Toile présente, en effet, de précieux avantages, selon le Pr Mondher Jaâfar, psychologue. Outre le rôle de substitut de compensation affective de famille, la Toile est une véritable communauté virtuelle assimilable à une grande secte. Cette dernière offrirait aussi des espaces de liberté où de nombreux interdits peuvent être transgressés. «Les jeunes affectionnent beaucoup cet espace où ils peuvent s'affirmer, se faire remarquer par de nombreux moyens.»
Aujourd'hui, le meilleur des garde-fous reste le contrôle des parents, pour peu qu'ils soient sensibilisés à la question. En effet, de multiples possibilités s'offrent à eux, leur permettant de mettre des freins aux dérapages, dont le fameux logiciel parental. «Les parents doivent savoir se montrer vigilants, relève cet expert en nouvelles technologies de l'information et de la communication. Il s'agit d'installer un système de filtre ou un logiciel parental qui permettrait de limiter, autant que possible, l'accès à des sites sensibles à titre d'exemple». Sauf qu'il sera toujours difficile de défier la Toile. Aussi, le moyen le plus sûr n'est-il pas d'être conscient qu'il y a de tout sur le Net et que « cette conviction doit pousser tout un chacun à filtrer sagement ce qu'il découvre», comme le note un lycéen de la région d'El Menzah.


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