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Drogue, contrebande et terrorisme
Trois maux menacent la région sahélo-saharienne et inquiètent la communauté internationale
Publié dans L'opinion le 25 - 12 - 2009

La série d'enlèvements d'Occidentaux dans la région sahélo-saharienne, en liaison avec les différents trafics liés à la drogue et à la contrebande, devient une puissante source de financement pour les bandes criminelles et terroristes qui opèrent dans cette région vulnérable, aux frontières poreuses et à la jeunesse désoeuvrée, et une sérieuse menace pour la sécurité de la sous-région, notamment les pays du Maghreb.
Le désert, avec une faible densité démographique et des frontières incontrôlables, offre une large étendue pour tout genre d'actions inavouées et inquiète la Communauté internationale, selon les observateurs.
«On constate depuis plusieurs années une hybridation des mouvements terroristes (dans la région) qui versent et recrutent de plus en plus dans le milieu criminel de droit commun», a expliqué à la MAP une source diplomatique occidentale.
«Le développement du trafic de drogue en Afrique de l'ouest constitue une puissante source de financement et donc, un facteur aggravant des menaces pesant sur la sécurité des pays du Maghreb», a ajouté cette source.
Récemment, le directeur exécutif de l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), Antonio Maria Costa, tirait la sonnette d'alarme sur les répercussions de ce trafic dans la sous-région, surtout après la découverte en novembre dernier de débris d'un Boeing-727 près de Gao, dans le nord du Mali, une zone affectée par la rébellion et le terrorisme.
Répercussions «inévitables»
sur les pays du Maghreb
«Nous avons acquis des preuves que deux flux de drogues illicites - l'héroïne dans l'est de l'Afrique et la cocaïne dans l'ouest - se rejoignent désormais dans le Sahara, empruntant de nouveaux itinéraires à travers le Tchad, le Niger et le Mali», a déclaré le responsable de cet office basé à Vienne, avertissant contre les répercussions «inévitables» sur les pays voisins, «au Maghreb par exemple».
«Les drogues n'enrichissent pas seulement le crime organisé», a poursuivi M. Costa qui s'exprimait devant le conseil de Sécurité de l'ONU. «Les terroristes et les forces anti-gouvernementales» dans le Sahel puisent des ressources du trafic de drogue pour financer leurs opérations, acheter des équipements et payer leurs troupes», ajoute-t-il.
Plusieurs séries d'enlèvements d'Occidentaux opérés ces derniers mois dans la région, dont le dernier en date cette semaine, dans le sud-est mauritanien, viennent corroborer cette thèse du financement des opérations terroristes à travers des actes criminels et alarmer davantage la Communauté internationale. «Toute la région est confrontée à ce fléau et cela doit inciter les pays concernés à se souder, dans le cadre d'une stratégie cohérente et à mettre leurs actions en synergie, puisque le terrorisme n'a pas de frontière», a aussitôt réagi l'Union européenne, manifestant son inquiétude devant le développement des actions terroristes au nord et au sud du Sahara.
Car au-delà des activités illicites aux retombées pécuniaires incalculables, le lien entre ce»commerce» et le financement d'actes terroristes dirigés contre la stabilité d'Etats fragiles devient de plus en plus manifeste, comme ce fut le cas en Afghanistan et en Asie centrale.
Depuis cinq ans, les cartels de la drogue d'Amérique latine utilisent l'Afrique comme plaque tournante et base arrière de leur trafic de cocaïne vers l'Europe.
«Il apparaît, dès lors, de plus en plus clairement que le trafic de drogues, par son lien avec les réseaux illicites internationaux, met en péril la sécurité internationale au-delà de l'échelle régionale», soulignait dernièrement l'ambassadeur de France auprès de l'ONU, Gérard Araud.
Le dernier rapport de l'ONUDC sur le commerce de l'opium afghan «montre non seulement le rôle du trafic de drogues dans le financement de l'insurrection en Afghanistan, mais aussi de groupes extrémistes dans plusieurs pays d'Asie centrale. Les réseaux terroristes financent leurs activités en partie grâce au trafic de drogues», soulignait le diplomate français devant le Conseil de sécurité.
Pour le ministre burkinabé des Affaires étrangères, Bédouma Alain Yoda, dont le pays assure la présidence tournante du Conseil pour le mois de décembre, «la faiblesse de l'Etat de droit, la pauvreté ou la corruption sont des facteurs qui favorisent l'action des narcotrafiquants». C'est pourquoi, il appelle la Communauté internationale à porter une «attention particulière aux zones fragilisées par les rebellions, qui peuvent constituer des menaces pour la sécurité et la paix de l'Afrique de l'ouest».
Intégration régionale: nécessité vitale
Mais force est de constater que malgré les efforts de la Communauté internationale, les dangers posés par le trafic de drogues à la sécurité internationale sont plus forts que jamais.
Le terrorisme est une menace pour le Maghreb et la région du Sahel, avait mis en garde en novembre dernier, le chef du commandement militaire américain pour l'Afrique (Africom) William Ward, en visite dans la région.
Selon lui, «les activités terroristes et criminelles dans le Maghreb et la région du Sahel continuent d'être une menace pour toute la région et au delà de celle-ci».
Un avis partagé par l'ancien Envoyé personnel du Secrétaire général de l'ONU pour le Sahara, Erik Jensen, pour qui «la menace terroriste perçue par les Etats-Unis et l'Europe est +bien sérieuse+» dans cette région dont le tiers de la population a moins de 15 ans et qui, si elle est «désabusée et frustrée, peut constituer un terreau fertile pour les extrémistes».
Ce fin connaisseur de la région avait à maintes reprises préconisé que «dans l'intérêt de toute la région et du voisin européen que les Etats du Maghreb fassent preuve de volonté politique pour résoudre un conflit, qui plus qu'aucun autre, entrave le futur des peuples du Maghreb».
Experts, politiques, diplomates tout comme les stratèges s'accorderont à pointer du doigt la faiblesse des institutions, la porosité des frontières, mais aussi le fort taux de chômage des jeunes, la pauvreté endémique, le problème des réfugiés et des personnes déplacées, la persistance des conflits armés, en plus des tensions et divisions que connaît la région, autant de fléaux mis à profit par les bandes criminelles et terroristes aux desseins peu avouables.
Pour Erik Jensen, «le coût de la non intégration régionale est chèrement payée en Afrique du nord, une région, par ailleurs, aux ressources naturelles et humaines considérables, située dans un carrefour stratégique».
La solution résiderait, selon l'ambassadeur du Maroc auprès de l'ONU, Mohamed Loulichki, dans une triple démarche que la Communauté internationale devrait adopter, à savoir : la résolution des conflits et différends qui persistent dans cette région, la consolidation des pays sortant des conflits et leur accompagnement dans l'entreprise de reconstruction politique et économique et le renforcement de la coopération bilatérale, régionale et internationale pour éliminer ces trafics».
Mais au-delà de ces remèdes ponctuels, M. Loulichki estime que «le véritable rempart dans la lutte contre ces fléaux demeure le développement économique et social et la mise en place de la gouvernance économique et de l'Etat de droit».


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