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Autobiographie de 26 ans de bagne
Entretien avec Ali Atmane, auteur de « Prisonnier de guerre dans les bagnes de l'Algérie et du Polisario » :
Publié dans L'opinion le 28 - 01 - 2010

Ali Atmane, pilote de chasse des Forces Armées Royales de grade capitaine, est abattu à bord de son avion le 24 août 1977 par un missile Sam7 par le Polisario surarmé par l'Algérie. Ejecté de son appareil avant qu'il ne s'écrase au sol, il est fait prisonnier. Un état qu'il endurera dans les bagnes du Polisario et de l'Algérie durant 26 ans, puisqu'il ne sera libéré qu'en 2003. Il vient de publier un livre, premier du genre, autobiographique, écrit par un officier de l'armée de l'air marocain : « Prisonnier de guerre dans les bagne de l'Algérie et du Polisario ». Il est publié à compte d'auteur après avoir refusé par plusieurs éditeurs bien que ce texte referme beaucoup de qualité et constitue un témoignage fondamental. L'auteur y décrit avec force détails une vie de prisonnier où il a enduré, avec d'autres compatriotes et aussi des Mauritaniens, les pires tortures et humiliations en flagrante violation de la Convention de Genève de 1929 sur le droit de prisonniers de guerre. Entretien.
-Pensez-vous avoir apporté quelque chose de nouveau après d'autres témoignages depuis votre libération en 2003 ?
-A ma connaissance, mon livre est le premier témoignage écrit du genre émanant d'un ancien prisonnier des bagnes de l'Algérie et du Polisario. Il y a eu c'est vrai un témoignage, mais d'un civil, Lamani qui a fait l'objet d'un documentaire.
-Pourquoi vous avez choisi d'écrire ?
-Pour témoigner et permettre aux autres de savoir ce qu'on a pu endurer pour rester fidèle à notre patrie jusqu'au bout et à sa devise sacrée : Dieu, Patrie, Roi.
-L'idée d'écrire vous est-elle venue après votre libération ?
-Pas tout à fait. J'ai décidé d'écrire depuis que j'étais en détention. J'avais écrit des bouts de papiers que j'avais pu envoyer à ma femme au Maroc par l'intermédiaire de rares journalistes occidentaux ou délégations étrangère en visite aux camps. J'avais accumulé pas mal de notes. Au retour je me suis remis à écrire en reprenant mes vieilles notes.
-Comment vous avez procédé ?
-Je me suis laissé entraîner par les souvenirs en notant minutieusement les moments passés par le détail. Car l'essentiel pour moi c'est de montrer la souffrance de milliers de marocains et mauritaniens atrocement torturés parfois à mort dans les camps et complètement oubliés et insister surtout que tout ça n'est pas passé pour rien, que c'est pour la patrie qui a toujours défendu la bonne cause de son intégrité territoriale. J'ai été dans les prisons de Blida et d'Alger la capitale où le chef d'état major de l'armée algérienne Abdallah Belhouchate bras droit de Houari Boumediene, nous rendait visite en personne avec des officiers de renseignements qui cherchaient à nous extorquer sous la torture des données et nous employer dans la guerre de propagande contre le Maroc en nous passant à la radio, radio-Oran. Chaque fois on voyait bien que ce n'était pas le Polisario qui menait le jeu, que c'était un instrument entre les mains des Algériens. Il fallait être là pour le voir. Ça crevait les yeux. A Tindouf je voyais que même à la venue d'un simple lieutenant algérien les gradés du Polisario, y compris Abdelaziz, se levaient par respect ! Ils tremblaient littéralement !
-Est-ce que vous aviez l'espoir d'une libération ?
-Nous avions toujours nourri l'espoir d'une libération prochaine, le retour à la mère patrie était un rêve de tous les jours. En 1987 le Maroc a libéré des prisonniers algériens mais malheureusement le geste réciproque n'a pas eu lieu, puisque les Algériens n'ont pas libéré les détenus marocains comme on s'y attendait. C'était une immense déception. Beaucoup de prisonniers marocains environ trois mille. Un certains nombre mourront de mauvais traitements, manque de nourriture, manque de soins. Environ 2300 ne devaient être progressivement rapatriés que bien plus tard. Parmi les plus anciens il y en avait qui étaient capturés en 1975.
-L'attente vaine d'une libération a poussé beaucoup de prisonniers désespérés
à s'évader mais peu ont pu réussir ?
-Très rare en effet ceux qui ont pu réussir. Il faut disposer de toute une nuit de marche. Malheureusement on faisait l'appel des prisonniers très souvent et lorsqu'on constatait une absence on parvenait à rattraper l'évadé, les poursuivants étaient très forts pour retrouver les traces dans le désert. Une fois rattrapé l'évadé était torturé de manière atroce pour ne plus jamais recommencer. Pourtant l'un des mes sympathiques compagnons, un soldat deuxième classe, appelé Lahcen Assouaki dit Bibi, âgé de trente ans, malgré les tortures chaque fois quand l'occasion se présentait il s'enfuyait. La quatrième fois les geôliers en avaient assez : il a été froidement assassiné pour servir d'exemple. Une fois je lui avais demandé pourquoi il recommençait. Il m'a répondu que chaque fois il était sûr qu'il allait réussir. Je lui ai demandé ce qu'il allait faire une fois arrivé chez lui à Khénifra. Il m'a répondu qu'il allait marcher à pied de Khénifra à Meknès. Je lui ai demandé pourquoi il ne prendrait pas un taxi ou l'autocar. Il m'a répondu qu'il voulait faire une longue marche avec la conviction ferme que personne ne le poursuivait. Ça m'a paru si bien dit, plein de philosophie pour un soldat illettré.
-Les mauvais traitements c'était aussi de la mauvaise nourriture.
-On mangeait des lentilles à midi et des pâtes alimentaires le soir. Il nous arrivait de rester 4 à 5 ans sans manger de protéine animale. Lors de leur fête nationale du 27 février ils nous exposaient à la presse internationale. A cette occasion il arrivait qu'on égorge entre 30 à 40 dromadaires, mais on n'en recevait pas le moindre morceau. A moins d'en voler !
Quant aux dons alimentaires pour les refugiés ils faisaient l'objet de trafics. On les détournait pour les revendre.
-Durant votre longue détention vous aviez constamment le souci de votre petite
famille ?
-Oui j'ai laissé ma femme avec un fils âgé d'un an et une fille âgée de 15 jours. Je me souciais de leur avenir. Il y a une solidarité dans la société marocaine dont mes enfants ont éprouvé l'efficacité. Mes enfants avaient des copains de classe qui ont appris ce qu'il en était de ma captivité alors leur famille par compassion ont aidés mes enfants chaque fois qu'il le fallait.
Pour sa part ma femme avait souffert le martyr. Au début j'avais peur, l'idée de la situation de ma femme et de mes deux enfants me rendait moralement malade. En fait je me suis rendu compte que je sous-estimais les femmes marocaines. Nous devons être fiers de nos filles et de nos femmes. Ma femme s'était battue admirablement pour élever les enfants. Elle a eu un héritage et elle a tout vendu pour passer ces années. A mon retour j'ai découvert une maison vide.
Par contre des enfants bien éduqués et formés et que j'ai retrouvés 26 ans après.
-Vous aviez des déceptions d'un genre particulier.
-Par exemple une idée me passait souvent par la tête quand nous avons eu, les dernières années de notre captivité, droit de regarder la télé : jamais dans les prières de vendredi les prédicateurs n'évoquaient notre situation. On priait pour Gaza, pour les prisonniers Palestiniens, pour la tragédie des Irakiens mais jamais une petite pensée pour nous comme si on n'existait pas !
Mais pour moi je ne me soucie plus de rien aujourd'hui. Malgré toutes ces souffrances dues essentiellement à une haine incroyable et gratuite de nos voisins algériens, il y a quand même un réconfort, c'est que nous avons souffert pour une cause très juste, pour notre patrie. Il ne reste qu'une chose c'est la récupération totale des terres marocaines spoliées, c'est ça qui sera positif.
A cette occasion je rends un grand hommage à mes amis de captivité qui ont su gardé leur identité et sont restés fidèles à leur devise « Dieu Patrie Roi » grand hommage à leur combat et résistance malgré les mauvais traitements, la torture en violation des droits de prisonniers de guerre, ainsi que ceux qui sont morts dignement. Mon vœu le plus cher c'est qu'on rapatrie les dépouilles disséminées dans le territoire du désert et les enterrer à proximité de la résidence de leurs proches. J'ai une pensée aussi aux soldats marocains blessés dans les combats et achevés froidement par les mercenaires parce que les Algériens ne voulaient pas perdre du temps et de l'argent pour soigner des blessés.
Encore une fois je rends hommage aux familles des prisonniers qui ont tant souffert dans le silence. J'ai essayé de les évoquer dans mon livre. Mais je pense que ça mérite l'écriture d'un autre livre pour rendre hommage avec plus de justice aux familles des prisonniers du Polisario et de l'Algérie qui avaient enduré le martyre.
Je n'oublie pas non plus les prisonniers mauritaniens nos alliés. On les a oublié j'ai essayé de les évoquer aussi.
-Quel a été votre sentiment à votre retour au pays ?
-Quand je suis revenu au pays après ma libération j'ai découvert que tout était changé. J'étais comme les 7 dormants Ahl Lkahf. Moi aussi j'avais beaucoup changé. Les villes sont devenues tentaculaires où je ne reconnaissais à peine que les vieux quartiers. Tout avait changé. Mais contre toute attente la campagne avait changé autant que la ville. J'ai constaté que dans ma région de Midelt la forêt de cèdre et de chêne verts avait reculé de plusieurs kilomètres, Dayat Awa n'était plus qu'une petite flaque d'eau à cause de la sécheresse et au lac Aguelmane Sidi Ali aussi l'eau avait baissé de plusieurs mètres, le poisson se fait rare alors que les eaux étaient poissonneuses dans les années 70. A Agadir j'ai retrouvé avec surprise des fruits exotiques que je n'avais jamais vu alors qu'ils font aujourd'hui partie du paysage pour le commun des mortel. Les prix avaient grimpé j'avais laissé la viande de mouton à 12,50 Dh le kg !
-Est-ce que c'était facile de publier votre livre une fois écrit ?
-Pas du tout. J'ai d'abord proposé le texte à un éditeur français qui a accepté au début avant de se raviser. Il s'inquiétait en se demandant si le livre pourrait être distribué au Maroc car, disait-il, s'il y a censure et si ce n'est vendu au Maroc ça risque d'être un fiasco pour lui, commercialement parlant. Du coup j'ai galéré depuis 2005 pour chercher un éditeur. J'ai contacté pas mal d'éditeurs en vue à Casablanca et Rabat mais aucun n'a accepté de me publier. Je ne me suis pas laissé abattre. J'ai décidé de publier à mon compte en contactant un imprimeur Najah El Jadida à Casablanca. Ce qui m'a encouragé le plus c'est que j'ai pensé que ça valait le coup de faire sortir ce livre coûte que coûte. Je me disais que si les gens n'étaient pas au courant de ce qui s'était passé réellement aux camps, j'aurais failli à un de mes devoirs.
-Que faites-vous actuellement ?
Je m'occupe de lire et d'écrire. C'est d'ailleurs ce que j'ai fait depuis mon retour au pays. Je me suis intéressé à la grammaire berbère et j'ai publié un ouvrage en 2005 que j'ai intitulé « Grammaire de la langue berbère » et où je défends un point de vue qui veut que le berbère peut s'écrire en caractère latin. En 2008, j'ai publié un ouvrage qui me tenait à cœur sur les noms de villes marocaines et où je défends, arguments à l'appui, l'origine berbère de beaucoup de noms de villes marocaines dont Fès, Mogador etc. En prison je passais de longs moments de solitude à réfléchir à ces choses et cela m'est resté. C'est comme si j'avais écrit un long brouillon que j'ai récupéré par la suite.
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« Prisonnier de guerre dans les bagnes de l'Algérie et du Polisario », de Ali Atmane, 350 pages, distribué par Sochpress.


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