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Le Maroc, pionnier de la souveraineté génomique africaine
Publié dans L'opinion le 10 - 11 - 2025

La souveraineté génomique africaine désigne la capacité des pays du continent à produire, analyser, stocker et protéger leurs propres données génétiques, sans dépendre des laboratoires ou plateformes étrangères. Elle implique la création d'infrastructures locales de séquençage, la formation d'experts africains en bio-informatique, la mise en place de cadres éthiques et juridiques pour préserver la confidentialité des données, et le développement d'une recherche adaptée aux réalités sanitaires du continent. Cette souveraineté est à la fois scientifique, économique et stratégique, car elle permet à l'Afrique de mieux comprendre ses populations, d'anticiper les maladies génétiques, de développer des traitements sur mesure et de défendre sa dignité biologique face aux enjeux mondiaux de la biotechnologie et du commerce des données.
Du 13 au 15 novembre 2025, Rabat sera le théâtre d'un rendez-vous scientifique inédit : le 1er Congrès Marocain de Génétique Médicale.
Un moment clé qui dépasse le cadre académique pour poser une ambition nationale : faire de la génétique un levier stratégique de développement et de souveraineté.
Car derrière les microscopes et les séquenceurs, se joue une bataille mondiale — celle de la maîtrise du code de la vie.
Une économie en pleine mutation
Le marché planétaire de la génomique a atteint 32,6 milliards de dollars en 2023.
D'ici 2030, il devrait tripler, flirtant avec les 95 milliards.
Le séquençage ADN, véritable cœur battant de cette industrie, pèse déjà plus de 12 milliards et pourrait quadrupler avant la fin de la décennie.
Dans la région Moyen-Orient et Afrique, la dynamique est également forte : plus de 4,5 milliards de dollars de valeur attendue à l'horizon 2033.
Un signe clair que la médecine de précision et la biologie numérique sont désormais les piliers d'une nouvelle économie mondiale.
Le Maroc à un tournant stratégique
Le Royaume n'est pas en reste.
Ses universités progressent, ses centres hospitaliers universitaires montent en puissance, et une génération de jeunes chercheurs fait preuve d'un dynamisme remarquable.
Mais, comme le souligne le Pr Karim Ouldim, président de la Société Marocaine de Génétique Médicale (SMGM), « le Maroc doit passer du statut d'utilisateur à celui d'acteur de la génétique médicale. La génomique est la clé de notre souveraineté scientifique et sanitaire. »
Pour cela, le pays doit bâtir une infrastructure nationale de séquençage et de stockage sécurisé des données biologiques.
Car chaque échantillon envoyé à l'étranger représente un retard, un coût, et surtout une perte de données stratégiques sur la santé des Marocains.
Comprendre pour mieux prévenir
Les maladies génétiques dites "rares" constituent un défi silencieux mais majeur au Maroc.
Souvent liées à la consanguinité et à l'absence de dépistage systématique, elles touchent des milliers d'enfants chaque année.
Un programme national de prévention génétique, fondé sur le dépistage prénatal, néonatal et familial, permettrait de réduire considérablement ce fardeau.
La génétique ne doit plus être un luxe réservé à quelques hôpitaux spécialisés dans le monde, mais un droit collectif au même titre que la vaccination ou le dépistage du cancer.
Un congrès fondateur pour une vision nationale
Le congrès de Rabat ne sera pas une simple succession de communications scientifiques.
Il incarne la naissance d'une vision nationale partagée, où médecins, chercheurs, biologistes, économistes et décideurs conjuguent leurs efforts.
Objectif : sortir la génétique de la marginalité pour en faire un pilier du développement marocain, à la fois scientifique, économique et humain.
L'ADN, le code identitaire d'un pays
Dans un monde où la santé est devenue une arme géopolitique, maîtriser son ADN, c'est maîtriser son destin.
L'ADN n'est plus seulement une molécule : c'est le code identitaire d'un pays, la clé de sa santé, de sa sécurité et de sa dignité.
Le Maroc entre dans cette nouvelle ère, conscient que la richesse d'une nation se mesure aussi à sa capacité à comprendre et protéger son propre code de vie.


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