A Madrid, le personnel administratif est prié de vérifier les documents d'identité des étrangers qui réclament une prise en charge médicale, au grand dam des migrants mineurs et des femmes enceintes, estime une ONG. Visiblement, il n'y a pas qu'en France que l'accueil des migrants laisse à désirer. En Espagne, le collectif Yo Sí Sanidad Universal fait état d'instructions adressées par le gouvernement de la Communauté de Madrid aux fonctionnaires, les enjoignant d'établir une distinction, sur la base de la vérification du passeport ou du visa, entre un migrant en situation irrégulière et un touriste, rapporte le journal en ligne El Diario. Ces consignes conduisent à l'exclusion du système de santé des femmes enceintes et des mineurs sans papiers qui séjournent en Espagne depuis moins de 90 jours. Exclusion de l'assistance médicale gratuite En 2012, l'exécutif central avait pourtant approuvé un décret-loi royal qui excluait des services d'assistance sanitaire les personnes en situation irrégulière, à l'exception des femmes enceintes, des mineurs et des situations d'urgence. Une mesure qui n'avait pas empêché plusieurs gouvernements régionaux, dont celui de la Communauté de Madrid, d'émettre des instructions en interne pour assurer des soins médicaux à tous, peu importe la situation administrative des patients. Pourtant, entre janvier et mars 2018, des membres du collectif Yo Sí Sanidad Universal ont dit avoir reçu plusieurs femmes enceintes et mineurs ayant essuyé des refus d'accès aux soins médicaux de base, et d'autres plus spécialisés, dans des établissements de la Communauté madrilène. «Je suis enceinte de deux mois et je me suis vu refuser une assistance médicale dans un centre de santé, c'est pourquoi je n'ai pu passer aucun examen», a notamment déploré une Costaricaine de 19 ans dans un mail adressé au collectif. Probablement beaucoup d'autres refus Ainsi, tous les migrants dont le séjour en Espagne n'excède pas 90 jours seront considérés comme des touristes et, par conséquent, exclus de l'assistance médicale gratuite, a expliqué au personnel administratif le ministère de la Santé de la Communauté de Madrid, dans une présentation Power Point lors d'une session de formation. Le protocole défini par la région requiert la vérification du cachet tamponné sur le passeport ou le visa, la date de sortie du territoire ou, si le demandeur possède seulement une carte d'identité d'un pays membre de l'Union européenne, «l'exigence d'un certificat d'enregistrement à la mairie». Si le ministère de la Santé du gouvernement autonome a confirmé à El Diario la tenue de ces sessions de formation, il a toutefois nié les faits signalés par le collectif Yo Sí Sanidad Universal. Ces instructions «n'empêchent pas l'aide médicale aux femmes enceintes et aux mineurs. Ces cours expliquent simplement la documentation qui doit être fournie aux personnes qui sont en Espagne depuis moins de 90 jours, comme c'est le cas pour tout touriste qui y passe moins de 90 jours», fait-on savoir au sein du gouvernement. «L'augmentation du nombre de femmes enceintes et de mineurs auxquels le personnel administratif a empêché l'accès aux soins a coïncidé avec la formation dispensée par la Communauté de Madrid», relève toutefois l'ONG. «Ce ne sont là que les cas dont nous avons eu connaissance», a-t-elle ajouté, craignant qu'il y en ait «beaucoup d'autres».