Thème d'une conférence scientifique du PPS M'Barek Tafsi L'économie sociale et solidaire n'est pas une économie marginale. Elle n'est pas non plus une économie «des pauvres » ou « pour les pauvres », comme le laisse entendre le programme gouvernemental, qui la place dans le cadre de la lutte contre la pauvreté et la précarité, a souligné Abdelahad Fassi Fihri, ancien ministre et membre du bureau politique du Parti du Progrès et du Socialisme. Ce genre d'économie est à même de constituer un levier essentiel de développement et de jouer un rôle clé dans l'emploi, la commercialisation et l'intégration des personnes impliquées dans le tissu économique et social, a indiqué Abdelahad Fassi Fihri, lors d'une conférence scientifique organisée, samedi 27 avril au siège national du parti, à l'initiative de la Commission de l'économie sociale et solidaire, de l'artisanat et des petits commerçants du PPS autour du thème de «l'économie sociale et solidaire ». Pour y parvenir, il importe d'encourager l'économie sociale et solidaire à travers la législation, les méthodes de gestion, d'organisation et de direction, sans la conditionner à des procédures bureaucratiques qui peuvent la ligoter et réduire sa capacité à la création et à la créativité. Mieux encore, l'économie sociale et solidaire est à même de donner une dimension qualitative au développement car ce dernier n'est pas seulement des chiffres, mais il repose aussi sur deux dimensions culturelle et écologique essentielles. Pour sa part, la députée Nadia Touhami, également membre du Bureau politique du PPS et présidente de la Commission de l'économie sociale et solidaire, de l'artisanat et des petits commerçants du parti, a estimé que l'économie sociale et solidaire a un rôle important à jouer dans l'œuvre de développement du pays. Selon elle, cette économie a la particularité d'être résiliente et d'employer un grand nombre de personnes issues de milieux précaires. Elle contribue également à l'intégration des personnes sur le marché du travail et à la commercialisation des biens et des services produits. Nadia Touhami a toutefois rappelé que le nombre des institutions opérant au sein de ce secteur au Maroc reste faible, soulignant la nécessité pour les pouvoirs publics d'encourager les artisans, les professionnels, les petits commerçants et les particuliers à intégrer massivement les différentes structures de l'économie sociale et solidaire existantes, notamment dans le secteur coopératif, leurs fédérations et les organisations de la société civile. Après avoir passé en revue les problèmes les plus importants liés à l'économie sociale et solidaire, elle a souligné la nécessité de définir les priorités des acteurs économiques et sociaux dans le système de l'économie sociale et solidaire, de l'artisanat et des petits commerçants. Il importe aussi d'œuvrer, selon elle, pour l'intégration des travailleurs et des auto-employeurs dans le système de l'économie sociale et solidaire et la mise à jour des lois régissant les professions et les métiers et de faciliter l'application de leurs dispositions. Il est également nécessaire de réfléchir à la création d'annexes des administrations centrales proches des acteurs économiques et sociaux et des auto-employeurs et de faciliter les procédures de création des coopératives, de leurs fédérations et des associations actives. Nadia Touhami a insisté dans le même ordre d'idées sur la nécessité de créer une agence nationale de l'économie sociale et solidaire et de ses antennes régionales à travers la fusion de certains services relevant de l'Agence du développement économique, des offices du développement de la coopération, et l'implication des plateformes des jeunes du ministère de l'Intérieur dans le projet des agences régionales et provinciales du développement économique et social. Elle a mis l'accent aussi sur la création d'observatoires régionaux de l'économie sociale et solidaire et la mise en place de plateformes des structures de l'économie sociale et solidaire pour constituer la base de données des coopératives sectorielles et des secteurs des associations de la société civile. Pour sa part, Yassin Dinar, expert international en diagnostic stratégique, promotion et investissement et consultant agréé en entrepreneuriat, a examiné les mécanismes et les outils de l'économie sociale et solidaire, soulignant que l'objectif de ce type d'économie est de parvenir à un développement durable à travers ses dimensions sociales et environnementales. Ce genre d'économie repose sur l'encouragement de la participation, les valeurs de solidarité et d'entraide et le renforcement de la communication entre le gouvernement et la société civile. Yassin Dinar a souligné aussi la nécessité de mettre l'accent sur la dimension environnementale pour assurer la durabilité, rappelant dans ce contexte l'importance de la formation, de l'encadrement et de la couverture sanitaire dans la promotion de l'économie sociale et solidaire. Il a également insisté sur l'importance de l'élément humain et la nécessité de l'impliquer dans toute initiative, car ce qui est important, selon lui, n'est pas tant le profit que la question sociale des ressources humaines. Pour sa part, Mounir El Ghazoui, président du Réseau marocain de l'économie sociale et solidaire, a abordé les défis inhérents à la construction d'un modèle marocain d'économie sociale et solidaire en lien avec la dimension culturelle et sociale des différentes espaces territoriaux du pays, notant que ce type d'économie a l'avantage de contribuer à la répartition des richesses, à la lumière du conflit entre l'économie sociale et solidaire et l'économie privée libérale. Mounir Al-Ghazoui a attiré dans ce cadre l'attention sur le manque de formation et de financement dont souffre l'économie sociale et solidaire au Maroc ainsi que sur les lacunes du cadre législatif, qui nécessite sa mise à niveau pour la relance du secteur. Mounir El Ghazoui a appelé à accorder à l'économie sociale et solidaire les mêmes privilèges qu'à l'économie privée, à activer le principe de l'égalité d'accès et de participation aux marchés publics, et à mettre en place un laboratoire national d'évaluation et de réhabilitation de l'économie sociale et solidaire. Pour sa part, Salaheddine Azzouzi, formateur en entreprenariat, en agro-écologie et en tourisme rural, a abordé la question des coopératives sectorielles au Maroc et leur contribution au renforcement des structures de l'économie sociale et solidaire, tout en insistant sur les problèmes et les défis qui leur sont associés. Il s'est arrêté à cette occasion sur le retard que connait la promulgation de la loi-cadre organisant les structures de l'économie sociale et solidaire, précisant que ceci traduit le manque d'intérêt qu'accorde le gouvernement au secteur de l'économie sociale et solidaire et à la mise en œuvre du plan d'action du système de l'économie sociale et solidaire. Une telle approche montre aussi le faible contact avec les expériences internationales pour en tirer profit et l'absence de volonté de mise en œuvre des plans régionaux de promotion du système de l'économie sociale et solidaire et de l'emploi des chômeurs pour les intégrer dans des coopératives de production ou de services. Salaheddine Azzouzi a pointé aussi du doigt la faiblesse du financement des projets des coopératives sectorielles et de l'encouragement de la commercialisation internationale et nationale des produits du terroir ainsi que l'absence d'une vision claire dans l'identification des organismes impliqués dans le système de l'économie sociale et solidaire. Afin d'élaborer un plan d'action pour la relance de l'économie sociale et solidaire, Salaheddine Azzouzi souligne la nécessité d'encourager les artisans, les professionnels et les indépendants à s'engager fortement dans les structures de l'économie sociale et solidaire, en particulier les coopératives et leurs fédérations dans la plupart des villes marocaines, et de créer des commissions paritaires entre les acteurs administratifs pour suivre, accompagner et faciliter les démarches des acteurs économiques dans le système de l'économie sociale et solidaire. Il insisté de même sur la nécessité d'actualiser les lois régissant les professions et les métiers, de faciliter les procédures de création des coopératives et de leurs fédérations, et de créer une agence nationale de l'économie sociale et solidaire et de ses antennes régionales. Il est également nécessaire d'adopter une charte nationale de l'économie sociale et solidaire, de créer un logo/marque unifié spécifique à ce type d'économie avec une attestation de reconnaissance délivrée aux organisations opérant dans ce domaine. Salaheddine Azzouzi a expliqué que le développement que connait le domaine des coopératives sectorielles aux niveaux national et régional au cours des dernières années a contribué à la création d'emplois pour les adhérents et les employés, ainsi qu'au renforcement de leurs capacités dans le domaine de la gouvernance et de la gestion coopérative, ainsi qu'à l'acquisition de compétences dans le domaine de la qualité, de la commercialisation et de la promotion des produits du terroir et des services professionnels.