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Habib El Malki : «L'USFP est un parti social-démocrate rénovateur»
Publié dans Aujourd'hui le Maroc le 29 - 06 - 2007

L'USFP s'engage à doubler le PIB par habitant sur les dix prochaines années et créer 2 millions d'emplois en cinq ans. Selon Habib El Malki, ce programme est celui d'un parti social-démocrate rénovateur.
ALM : Quels sont, d'après-vous, les points forts du programme de l'USFP pour les législatives de 2007 ?
Habib El Malki : Le programme est, d'abord, novateur par la vision et l'approche qu'il a sous-tendus. Il faut surtout se féliciter des nouvelles compétences qui se sont impliquées dans les étapes qui ont marqué le processus de préparation. En effet, nous avons opté pour une démarche participative, c'est-à-dire ouverte permettant aux nouveaux adhérents de s'impliquer dans la conception et l'élaboration de notre programme. Je saisis cette occasion pour rappeler que l'initiative portes ouvertes du parti a permis d'accueillir plus de 20.000 nouveaux adhérents. Résultat de ce travail, nous avons réalisé un programme ambitieux et réaliste qui répond aux attentes de toutes les couches sociales. Notre programme est celui d'un parti social-démocrate rénovateur. Il donne une vision d'avenir tout en tenant compte du contexte marocain.
Nous proposons des réformes pour accélérer le rythme de création de richesses et pour la justice sociale, en couvrant les chantiers de progrès culturels et sociaux destinés à protéger le pays contre toutes les tentatives de régression, comme nous avons indiqué les moyens politiques d'accompagnement indispensables à la mise en œuvre. Le programme n'est pas une fin en soi, le programme, est celui-ci plus particulièrement, dans sa substance, dans la manière de son élaboration, est conçu comme un outil pour réussir l'ouverture et la modernisation du parti.
Que proposez-vous surtout en ce qui concerne le volet économique ?
La social-démocratie que nous prônons défend une économie de marché humanisée, solidaire permettant l'accès de tous au processus de développement.
Notre parti lutte contre les injustices, sans se tromper de priorités, sans démagogie. Nous ne pouvons pas subvenir aux besoins sociaux si nous ne produisons pas les ressources nécessaires. La principale injustice est de ne pas permettre au citoyen de contribuer à la richesse nationale, ou de le freiner dans sa volonté d'entreprendre, de s'émanciper économiquement. Nous devons nous battre pour les libertés et pour les valeurs du mérite et de la confiance, et contre le système de rente, de clientélisme, contre les obstacles de toutes natures qui empêchent la transparence économique et créent des distorsions néfastes à l'investissement et à l'initiative. Beaucoup de Marocains, de femmes, de jeunes sont exclus de la société et du système économique. Parce qu'analphabètes, mal formés, peu qualifiés ou encore parce qu'ils ne voient pas leur place dans un système qui leur paraît verrouillé. L'Etat a un rôle à jouer pour remédier à cette situation : en créant les conditions de la croissance par la contribution de tous et en subvenant aux besoins de tous, en termes de formation, éducation, santé, logement…
Il doit veiller à la disponibilité des ressources, organiser les équilibres spatiaux et promouvoir la solidarité entre générations pour un développement durable.
Dans ce sens, nous nous engageons à doubler le PIB par habitant sur les dix prochaines années et créer 2 millions d'emplois en cinq ans. Ceci peut paraître ambitieux, mais c'est réalisable pour un parti qui a une double légitimité : une légitimité historique et une légitimité d'un parti de gouvernement responsable.
Le Maroc se développera avec la richesse produite par nos jeunes. Il faudrait donner à l'entreprise sa place dans le développement et la création d'opportunités d'emplois. Ceci peut se faire en finançant 100 projets de recherche portés par des chercheurs marocains par une fondation public/privé. De plus, le tissu économique est fait de 80% de PME, nous avons choisi un objectif réaliste et concret, celui de mettre à niveau 50.000 petites et moyennes entreprises dans un délai de 5 ans à travers la proposition et l'exécution après promulgation d'une loi spécifique aux PME « Small Business Act » et qui vise l'affectation de 20% des marchés publics aux moyennes entreprises ayant souscrit au programme de mise à niveau.
Vous avez retenu un projet dénommé "Amal Attalib". Quels en sont les contours et surtout les chances d'aboutissement ?
Nous plaçons le citoyen au centre de notre programme, de notre projet.
Aucune réussite économique ou financière ne peut durer si elle ne bénéficie pas à tous, si elle ne couvre pas les besoins et ne tient pas compte des aspirations du plus grand nombre. Nous vivons dans un monde de compétition et d'individualisme. Un monde où le système de formation, le système de soins, l'épanouissement de l'individu font la différence. Ils constituent les garanties de la réussite collective. Depuis le gouvernement d'alternance, des progrès ont été accomplis. Les indicateurs sur la scolarisation, la natalité, le recul de la pauvreté sont éloquents. Mais beaucoup reste à faire pour assurer le développement humain. Nous avons créé le pack « Amal Talib » qui va permettre à 10.000 étudiants de financer, sous garantie de l'Etat, la poursuite de leurs études supérieures.
Plusieurs partis politiques mettent en avant d'ambitieux programmes. Pour l'USFP, comment seraient financés les divers projets retenus par les socialistes ?
Notre programme électoral est porteur d'espoir parce que mobilisateur pour une stratégie de croissance accélérée. Les retombées positives de la dynamique des grands chantiers d'investissements notamment l'emploi et la poursuite de la réforme fiscale dans le sens d'une plus grande équité, une gouvernance transparente et rigoureuse à tous les niveaux et dans tous les domaines, la réforme du système d'octroi des agréments et des privilèges, ce sont là des moyens utiles et nécessaires qui permettent une mobilisation rationnel du potentiel de financement existant au Maroc.
On a évoqué l'éventualité d'un programme commun avec les autres partenaires de la Koutla. Qu'en est-il à quelques semaines de la date du scrutin ?
Je pense qu'il est nécessaire et constructif que chaque parti présente son propre programme électoral, le citoyen a besoin de comparer pour mieux évaluer le positionnement de chaque parti pris individuellement. Il convient d'aider le citoyen à se doter de la maturité politique nécessaire pour qu'il choisisse en connaissance de cause. C'est pour cela que nous avons voulu être conséquents à l'égard de tous les Marocains, c'est non seulement un engagement politique mais aussi un engagement moral. Éthique et politique doivent aller de pair. Ce n'est pas étonnant, dans ces conditions, que l'USFP soit le premier parti à dévoiler son programme. Ceci dit, nous sommes aussi, à l'écoute de ce que proposent les autres partis, et particulièrement nos alliés stratégiques et nous nous retrouvons sur quelques points communs tout en gardant notre identité. Dieu merci, nous nous retrouvons sur plusieurs points et nous serons respectueux des règles d'une compétition très loyale.
Pour ce qui vous concerne directement, avez-vous le sentiment du devoir accompli à la tête du ministère de l'Education nationale et de l'Enseignement supérieur ?
Un homme politique ne peut jamais être satisfait, parce que faire de la politique consiste à pousser toujours les frontières du possible plus loin.
La réforme est en train de devenir une réalité palpable, c'est un processus qui évolue dans le temps et par étapes. Si on voulait mesurer ce qui a été réalisé, il faut se référer à la charte qui constitue la feuille de route de la réforme. Si nous comparons la situation du système éducatif entre hier et aujourd'hui, plusieurs indicateurs, en termes de scolarisation, d'élaboration de nouveaux programmes et généralisation des technologies de l'information moderne, en termes de développement des réalisations avec l'environnement socioéconomique tant ceci est significatif des transformations qualitatives de notre système éducatif.
L'investissement dans le facteur humain s'inscrit dans la logique de la transformation de la société. Si nous considérons tous les cycles de l'enseignement primaire jusqu'à universitaire, nous comptons directement 7 millions d'élèves et étudiants et 300.000 fonctionnaires (la moitié de la fonction publique civile).
La noblesse de cette tâche nous a conduits à réunir les conditions d'une très forte adhésion : à coté de l'administration, les partenaires sociaux, les élus et la société civile. Grâce à cette démarche, nous avons respecté l'essentiel de la feuille de route, c'est ainsi qu'avec la rentrée scolaire et universitaire 2007/2008, la réforme sera parachevée.
Faut-il rappeler que dans le cadre du dialogue avec nos partenaires sociaux, nous avons alloué 12 milliards de dirhams destinés à la revalorisation du statut de l'enseignant ! Quant à la gouvernance, le secteur de l'enseignement joue un rôle de leader dans la décentralisation en renforçant l'autonomie des universités et des académies. La régionalisation existe dans notre vécu, ce n'est pas un slogan, c'est une réalité. Rappelons à titre d'illustration enfin, que la recherche scientifique a été dotée, pour la première fois, d'un plan stratégique 2020 et d'un plan d'action précis d'ici 2010.
Ce qui me tient à cœur, c'est la généralisation de l'enseignement puisque nous avons atteint un taux de 92%. C'est un indice de démocratisation de notre école et surtout dans le rural et concernant les jeunes filles.
Comment imaginez-vous la carte politique du Parlement après les élections du 7 septembre ?
Toute projection ne peut être rigoureuse que sur la base de données concrètes. Ne précipitons pas les choses, pour le moment, nous sommes mobilisés pour convaincre les citoyens. L'objectif est d'accroître le taux de participation des jeunes, des femmes et de tous les citoyens qui inspirent à un Maroc meilleur. Particulièrement, celles qui n'ont pas encore cueilli les fruits du développement dans lequel nous évoluons actuellement. Le partage des résultats des réformes reste déterminé par l'option socialiste qui est devenue, plus que jamais, une nécessité. Je rajoute qu'avoir un programme individuel est une condition pour que s'il y ait négociation, elle se fera de manière méthodologique et basée sur le programme de chacun.
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Bio express
Habib El Malki est ministre de l'Education nationale, de l'Enseignement supérieur, de la Formation des cadres et de la Recherche scientifique. M. El Malki est professeur d'économie à l'université de Rabat, président du Groupement d'études et de recherches sur la Méditerranée (GERM) et président du Centre marocain de conjoncture (CMC). Né le 15 mai 1946 à Boujâad, il a été élu député du Cercle de Boujâad dans la Province de Khouribga depuis 1992. Avant l'Education, il a occupé le poste de ministre de l'Agriculture, du Développement rural et de la Pêche. Depuis le 19 novembre 1992, il est membre de l'Académie du Royaume du Maroc.


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